Lee. cit., p. 159 sq. et
là que la dévotion apparaît : « Mais puisque nous sommes venus au cœur très doux de Jésus, et quii est bon d'y rester, ne nous en éloignons pas facilement... Nous nous approcherons donc de vous et nous nous réjouirons en vous, au souvenir de votre cœur. Gomme il est bon, comme il est doux d'ha- ] iter en ce cœur ! Le bon trésor, la perle exquise que votre cœur, 6 bon Jésus! Qui ne voudrait de cette perle? Bien plutôt, je donnerai tout le reste, c donnerai en échange toutes mes pensées et toutes les affections de mon âme, jetant toute ma pensée dans le cœur du bon Jésus. » Ne sont-ce pas là des exercices de dévotion envers le Sacré- Cœur : y demeurer, se l'approprier, etc. La suite est plus claire encore en ce sens : « J'irai prier dans ce temple, dans ce Saint des saints, près do cette arche du Testament. David disait : J'ai trouvé mon cœur pour prier mon Dieu, Moi aussi j'ai trouvé le cœur du Seigneur, mon roi, mon frère et mon ami, le bon Jésus. Etneprierai-jepas? Oui, je prierai. Car son cœur est à moi, je le dis hardiment. » Suit la preuve. On conclut : « Il est do.ic bien à moi. Et voici que j'ai un seul cœur avec Jésus... Ayant donc ainsi trouvé votre cœur, ô Jésus, et mon cœur, je vous prierai comme mon Dieu. Accueillez mes prières dans le sanctuaire où vous exaucez; ou plutôt tirez-moi moi-même tout entier en votre cœur. » La prière se poursuit, belle et touchante, pour que l'âme purifîép par Jésus puisse s'approcher de lui, demeurer toujours dans son cœur, voir et faire toujours sa volonté.
Il faut encore citer textuellement la suite; car on ne trouvera pas mieux pour exprimer la dévotion : « Votre côté a été percé : c'est pour que, à l'abri de tous les orages du dehors, nons puissions demeurer en cette vigne (in ista vite). Pourquoi encore blessé? Pour que par la blessure visible nousvoyions la blessure invisible de l'amour... Comment mieux montrer cet amour ardent, qu'enlaîssant blesser non seulement le corps, mais aussi le cœur? La blessure de la chair montre la blessure spirituelle. » Suit le texte Vulnerasli cor meum, avec un beau développement sur l'amour de l'Époux, qui finit ainsi : « Je t'aime à l'extrême, comme une fiancée; d'amour chaste, comme une sœur. Voilà pourquoi mon cœur a été blessé pour toi. » La conclusion est celle qu'il fallait attendre, celle de la dévotion au Sacré-Cœur : « Qui n'aimerait ce cœur blessé? Qui ne l'aimerait en retour, lui qui aime tant? Qui n'embrasserait un Époux si chaste?... Nous donc..., autant que possible, rendons amour pour amour; embrassons notre cher blessé..., et prions pour qu'il enlace du lien de son amour notre cœur dur encore et impénitent, pour qu'il le blesse d'une flèche d'amour1. » Ce texte nous donne bien la dévotion au Sacré-Cœur. Tout y est : le double objet dans l'unité du symbolisme, la fin, l'esprit et l'acte propre, plusieurs des exercices de la dévotion.
1. Vilis myslica, c. m, toc. cit.. p. 163-164; texte un peu différent dans Migne, P. L. t. CLXXXIV, col. 641-6-14.
Même si la Vigne mystique n'est pas de saint Bonaventure, nous trouvons, dans des œuvres qui sont certainement de lui, des traces de dévotion au Sacré-Coeur. Ainsi, au chapitre vi du livre de la vie parfaite, il recommande en termes pénétrants à l'âme religieuse d'entretenir sa dévotion en méditant la passion, en puisant les eaux de la grâce aux sources du Christ, c'est-à-dire à ses blessures : « Va donc, lui dit-il, va de cœur à Jésus blessé, à Jésus couronné M'épines, à Jésus pendu en croix: et avec le bienheureux apôtre Thomas ne regarde pas seulement les traces des clous à ses mains, ne mets pas seulement la main dans son côté, mais entre tout entière par la porte de son côté, jusqu'au cœur même de Jésus, toute transformée en Jésus-Christ par l'ardent amour du crucifié1. »
Dans la Vigne mystique, la dévotion existe; mais les exercices ne sont qu'indiqués. Dans les œuvres de sainte Mechtilde (f 1298) et de sainte Gertrude (f vers 1303), nous voyons la dévotion vivante et, pour ainsi dire, en acte dans une foule d'exercices, et dans les relations les plus familières avec Jésus.
Mechtilde, sur l'invitation même de Jésus, entre pour y reposer dans le Sacré-Cœur2. Jésus lui donne son cœur en gage d'alliance éternelle 3 ; elle
1. De perfectione vitae ad soreres. Opéra, t. XII, Paris 1868, p. 221.
2. Livre de la d race spéciale, traduction française, Paris 1878, livre II, c. xvu, p. 1S3. Je renvoie à la traduction française, niais je traduis moi-même sur le texte latin.