‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 110 sur 242 · I.Amor di caritate, 1. c. p · texte numérisé non relu

I.Amor di caritate, 1. c. p

tionné), quand l'esprit de la dévotion anime si visiblement ces strophes enflammées?

Il y aurait beaucoup à glaner non seulement sur la plaie du côté, mais même sur le Sacré-Cœur, dans les sermons qui circulent sous le nom de saint Antoine de Padoue (1195-1231). Contentons-nous de quelques citations, d'après le P. Henri de Grèzes, qui, sans garantir les éditions dont il se sert, s'est, nous dit-il, « préalablement assuré que les passages indiqués » par lui se trouvent « dans le texte authentique des œuvres du saint1 ».

« Il a donné pour toi son cœur sur la croix c'est pour cela qu'il a voulu avoir le cœur ouvert : Cor snum dédit in consummationem operum. » 52. — « lia ouvert à sa colombe son côté et son cœur pour qu'elle s'y cache. En se retirant dans les profondeurs de la pierre, la colombe se met à couvert des poursuites de l'oiseau ravisseur; en même temps, ellese ménage une demeure tranquille, où elle repose doucement, où elle roucoule en paix. Et Tâine religieuse trouvera dans le cœur de Jésus, avec un asile assuré contre toutes les machinations de Satan, une délicieuse retraite. Ne restons donc pas à l'entrée de la grotte, allons au plus profond. A l'entrée de la grotte, aux lèvres de la plaie, nous trouvons, il est vrai, le sang qui nous a rachetés... Mais là ne doit pas s'arrêter l'âme reli-

1. L. c. p. 48. Les textes que nous citons sont disséminés dans les pages 52-62 du P. Henri. Autant que possible, nous avons préféré ceux dont le texte latin nous a été accessible soit dans le P. Henri, soit dans Franciosi, col. 180-182.

gieuse... Qu'elle aille jusqu'à la source de laquelle il découle, au plus intime du cœur de Jésus. Là elle trouvera la lumière, les consolations, la paix, des délices ineffables. Et dans le creux le plus profond de la pierre, soyez comme la colombe qui bâtit son nid... Avec quoi construirons-nous notre demeure dans le cœur de- Jésus? » 56-57. — « Il y a deux choses à considérer dans le Christ, qui nous tirent des larmes : l'amour dans son cœur, la douleur dans son corps... L'autel d'or, c'est la charité dans le cœur du Christ. » 62. Tous ces textes ne peuvent être donnés comme étant certainement de saint Antoine. Mais ils nous ouvrent des jours sur la dévotion des Franciscains au cœur de Jésus, et sur la façon dont ils la prêchaient1.

C'est également comme des témoignages de la dévotion franciscaine qu'il faut rappeler quelques passages du Stimulus amoris, longtemps attribué à saint Bonaventure et où l'on trouve souvent ses idées et même ses expressions, mais qui certainement n'est pas de lui2. LA aussi d'ailleurs, c'est la blessure du côté qui attire surtout l'attention; le cœurn'est pas loin de la pensée, mais ce n'est qu'en passant qu'il en est fait mention explicite : « Je veux faire trois tentes, une en ses mains, une en ses pieds, mais surtout une qui soit fixe en son côté.. .

1. A côté de la note du P. Henri de Grèzes sur les Œuvres de saint Antoine, il faut consulter l'appendice 2 de M. Lepitre, 8. Antoine de Padove, Paris, 1901, p. 204-203.

-.1. Voir .S'. Bonaventurss Opéra omnia, Quaracchi, 1898, t. VIII, Prolegomena, c. m, art. 2, p. exi; cf. p. xciv. Il serait du F. Jacques de Milan (seconde moitié du xiti" siècle).

Là je parlerai à son cœur et j'obtiendrai de lui tout ce que je voudrai1. » 1, 1, 63i. — « Dans l'excès de son amour, il s'est ouvert le côté, afiu de te donner son cœur. » 1, 1, 635. — « Si tu t'es fondue (liçuefacta) en entendant sa voix, comment n'as-tu pis été perdue en lui (absorpta) , quand tu entres par ses blessures... jusqu'à son cœur? » 2,8, 672. — « Si tu médites bien sa pas-i« n, et si tu entres profondément dans son côté, vite tu viendras à son cœur. Heureux le cœur, qui s'unit ainsi tendrement au cœur du Christ. » 3, 1, 677. — « Approchons-nous de ce cœur profond, et plongeons-nous tout entiers dans cette profondeur de l'infinie bonté. Approchons-nous avec confiance du côté de Jésus; entrons-y. » 1, 14, 657. — ■ « ïl a voulu montrer l'amour de son cœur par l'ouverture de son côté. » 3, IV, 690.

Cette dernière expression est, nous l'avons v formule fondamentale de la dévotion a u Sacré-Cœur.

Nous la retrouvons dans un poème du moyen âge, intitulé Philomena (forme populaire de Philomela)y que l'on attribue également à saint Bonaventure, mais qui ne paraît pas non plus être de lui2. « Enfin, il t'a découvert son cœur si tendre, pour te faire connaître combien il t'a aimé :

1. Je traduis moi-même sur le texte latin, édition Vives. Paris, 1868, t. XII. Cf. Aiguillon d'amour..* traduit en français par le P. Ubald d'Alençon, 1910, c. xiv, p 83 et 86; c. iv, :

c. xin, p. 75. Le P. Ubald suit l'édition de Quaraechi, où manquent le 3e et le 5* texte.

2. Voir 5. Bonwenlurse Opéra onmia. Quaracchi, 1898, t. VIII. Prolegomena, c. n, art. 1, S 7, n. 2, p. civ-cv, cf. p. 6ti0, note 3,

Demum suum dulce cor tibi denudavit, Ut sic innotesceret quantum te amavit1. »

Au mouvement franciscain, nous devons rattacher sainte Marguerite de Cortone (1242-1297), la grande pécheresse qui devint tertiaire de Saint- François; la B. Angèle de Foligno (1248-1309); la B. Baptiste Varani, Clarisse (1458-1527). On pourrait joindre sainte Françoise Romaine (1384-1440), qui fut tertiaire de Saint-François avant de devenir fiile de Saint-Benoit, dans un monastère qu'elle avait fondé; la B. Jeanne de France (1464-1505), qui fut du tiers-ordre de Saint-François avant de fonder les Annonciades; mais celles-ci viendront mieux ailleurs.

Notre-Seigneur apparut un jour à sainte Marguerite de Cortone (1247-1297), et lui dit : « Mets tes mains sur les plaies de mes mains. Elle n'osait, et lui disait : Non, Seigneur. Soudain s'ouvrit la blessure du côté, et, dans cette ouverture, elle vit le cœur de son Sauveur. Dans ce transport (in çuû excessu), elle embrassait son Seigneur crucifié, et était enlevée par lui au ciel2. »

1. Strophe 67, Édition de Quaracchi, t. VIII, p. 672: édition Vives, t. XIV, p. 165. On pourrait citer aussi les strophes suivantes, surtout la seconde :

Cor ignavi siquidem minime perpendit Ad quid Christus optimum suum cor ostendit Super alas positum crucis; nec attendit Quod reclinatorii vices hoc praetendit.

L'idée du cœur de Jésus comme reclinatorium (couchette?) e trouve dès le xi* siècle. Elle se rattache à saint Jean reposant sur la poitrine du Sauveur. Le texte latin de Tauler nous offre, dans le même sens, le mot puivinar (oreiller, coussin).

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