Elle s'appelait Camille de son nom de baptême
Et vous m'avez présenté ce spectacle, parce que je ne pouvais comprendre que vous eussiez pour moi un tel amour ; et vous vous excusiez en disant que vous n'y poaviez rien, parce que vous me portiez écrite dans votre cœur ; et, relevant votre bras glorieux, vous me faisiez lire les mots que j'ai dits. » De là, chez elle, un désir ardent « de se perdre dans la mer immense des peines où fut noyé le cœur de Jésus... Ce désir la tint deux ans dans la prière et la méditation... jusqu'à ce qu'elle fut admise enfin in sacerrimum llialamum myrrhati cordisJesu Chris ti, vert solique maris amarissimi, omni tam angelico quam hitmano iniellectui innavigabilis*. » Elle entend par cette « chambre sacrée du cœur embaumé de myrrhe », par cette « mer d'amertume que ne saurait traverser aucune intelligence ni augélique ni humaine », les douleurs immenses et sans bornes du Sacré-Cœur. Nous sommes en plein, on le voit, dans le monde où se meut la pensée de sainte Marguerite-Marie. Ce sont presque les mêmes termes. Ce qui suit rappelle également telle lettre de la bienheureuse Visitandine au P. Croisée. « Une révélation merveilleuse que je veux que vous demandiez à Dieu (elle écrit à son fils spirituel), c'est qu'il vous fasse connaître ce que vous êtes, ce que vous pouvez, ce que vous savez, ce que vous méritez ; car sans cette révélation nul ne peut atteindre la perfection. Ce
1. Vie, par elle-même, c. iv, n. 29 et 30, Aela sanctorum, t. XX, mai, t. VII ad diem 31, p. 478; dans Franciosi, col. 202. Cf. comtesse de Rambuteau, p. 75-77.
secret ne s'apprend pas ailleurs que dans la sacrée poitrine du Christ Jésus; et il ne le dit pas à tous1... Veillez donc, âme chérie, avec tout le soin possible, à être humble de cœur (humilis ex animo), charitable, pieux, doux, les yeux fixés, comme sur un miroir, sur le cœur très pur du doux Jésus, et vous y rendant semblable, si vous désirez sa très douce familiarité et son amitié si honorable. C'est dans ce cœur, dans cette poitrine sacrée, que votre mère- a puisé tout ce qu'elle a de bien, tant au dehors qu'au dedans. La douce poitrine de ce tout aimant Jésus a été son école : c'est là qu'elle a appris, car c'est là qu'elle a étudié. Là on ne lit que vérité, mansuétude, compassion, douceur, joie du cœur et bonheur intime; là on "ne trouve qu'amour et charité pour le prochain. 0 cœur divin ! je ne puis m'empêcher de vous nommer, car elle s'est vue écrite en vous, en lettres d'or, éclatantes et belles. Entrez là, ô âme, si vous voulez être bientôt parfaite. C'est là la route courte, cachée, sûre et infaillible, par laquelle marche et a marché votre mère: suivez-la donc3. » « Il y a, disait-elle encore, la même différence entre celui qui s'exerce à méditer les douleurs intimes (mentalibus) du Christ et celui qui s'arrête à celles de sa seule humanité4, qu'il y en a entre le miel ou le baume qui est dans le vase, et les quelques gouttelettes qui humectent le vase au dehors. Celui
1. Supplément à la Vie. c. n, n. 10, p. 494; Franciosi, 293. •2. C'est elle-même que la Bienheureuse désigne ainsi.