Supplément à la Vie, c. u, n. 14, p. 495; Franciosi
4. Il faut entendre ici les douleurs extérieures et corporelles.
donc qui désire goûter la passion du Christ ne doit pas se contenter de promener sa langue sur le bord extérieur du vase, c'est-à-dire les plaies et le sang qui adhèrent à ce vase sacré de l'humanité du Christ... Qu'il entre dans le vase même, j'entends le cœur du Christ béni, et là il sera rassasié, au-delà même de ses désirs... Tout esprit n'est pas apte à naviguer sur cet océan. . . Mais Dieu en rend capable celui qui le désire et le cherche en vérité1. »
Les mystiques franciscaines finissent, on le voit, vers la fin du xve siècle ou les commencements du xvie, par nous introduire en pleine dévotion au cœur de Jésus. Quelques prédicateurs, dont nous avons les écrits, en ont également parlé. Les deux principaux sont frère Ubertin de Casai, l'ardent chef des Spirituels vers la fin du xme siècle, et saint Bernardin de Sienne, l'aimable apôtre de la dévotion au nom de Jésus. Dans son livre sur la Passion, écrit en 1305, qu'il intitule Arbor vitœ, Ubertin parle souvent des douleurs cordiales, cordiales dolores, de Jésus. Il aime à étudier les souffrances intimes du cœur divin. 11 raconte que lui-même, dans ses méditations sur la Passion, buvait l'eau qui coulait de la source ouverte de ce cœur, et comment « l'Esprit de Jésus l'occupa pendant quatorze ans de l'extérieur de Jésus, circa forinseca Jesu ». avant de l'introduire « aux perfections profondes de son âme, et aux douleurs inestimables de son cœur ». 11 aimait « à se ploD-
1. Révélations, n. 21, Acta Sanctorum, 1. c. p. 492; Franciosi, coi. 294. Comtesse de Rambuteau, p. 103.
DVYOTIO* AU S.-C. 16
ger danscetabîme des souffrances du cœur divin ». Il nous dit, en termes fort semblables à ceux de la B. Marguerite-Marie, « la douleur amoureuse du divin coeur durant toute sa vif1, comment il reçut la croix dès le sein de sa mère et la porta toujours dans son cœur ». Plus que l'étude de la vie extérieure de Jésus, il g-oûte celle de sa vie intime, et le don spécial du Saint-Esprit « à ceux dans la ferveur d'un amour séraphique, sont introduits aux sentiments cordiaux de la perfection du cœur de Jésus ». Il nous décrit Jésus allant au calvaire « plein d'amour, le cœur brûlant d'ardeur pour accomplir le mystère de la rédemption, que pendant trente-trois ans... il avait accompli dans son cœur, et exprimant par des signes extérieurs l'amour intima de son cœur ». Les paroles de Jésus en croix « venaient de l'abondance de son cœur... Il y avait, dans ce cœur, une ardeur d'amour inextinguible, une douleur d'amertume incompréhensible, une vigueur dt courage indomptable *. »
Le P. Henri de Gr^zes, p. 112, interprète ainsi la doctrine de frère Ubertin :
« La vie de Jésus-Christ se résume en ces deux mots : amour et sacrifice. Il m'a aimé, dit l'Apôtre, et, par amour, il s'est sacrifié pour moi : Dilexit ?ne et tradidit. Le sacrifice apparaît dans toute la vie extérieure du Sauveur, et son expression la plus
1. L. IV, c. 19. col. 2. Texte latin dans le P. Henri de Grèzes, p. 124. Les autres textes, ibii., p. 110-124. Cf. Frédc^rand Callaev. Études ■ itr Ubertin de Ca*al, dans Recueil de travaux... publié par FUniversité de Louvain, 28» fascicule, p. 87-90. Paris,
haute fut l'immolation du Calvaire. Mais ce sacrifice n'était que le Sacrement, c'est-à-dire, le signa visible et sacré du sacrifice invisible qui s'était iplict ne cessait de s'acco nplir dans le Cœur de Jésus tout brûlant d'amour. C'est donc ; auguste sanctuaire qu'il nous faut aller, si nous voulons avoir l'intelligence de la vie immolée du Sauveur et de ses mérites infinis. Nous ne comprendrons le martyre du corps de m'en étudiant affectueusement le martyre de son Cœur. »
J'ai peur que l'interprète n'ait un peu mis du sien, au moins dans l'expression, et n'ait modernisé son auteur. Mais le fond re4e exnct, comme le montrent les textes que nous avons cités. Ajoutons celui-ci, où l'a me dévote est invitée à taire comme Marie : « La lance salutaire... a fait un trou dans la pierre, une retraite dans la muraille, comme un séjour de colon: i donc.
Vierge bienheureuse, seule et unique colombe I belle du bieiwûmé Jésus; fais ton nii à l'ouverture du trou, dans le cœur ouvert et le côté de ton Christ... Et toi, fils dévot de la Vierge Mère, entre avec la Vierge toute dévote dans les secrets du cœur de Jésus, que la lance t'a cruellement ouvert, et là complète ce qui manque à la passion du Christ, en goût -mt avec la Vierge les douleurs des blessures do Sauveur \ » ■
Ne prêtons pas à frère Libertin plus qu'il n'en a dit. Si le symbolisme du cœur n'est pas très