‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 115 sur 242 · L. IV, c. 24. Franciosi, col · texte numérisé non relu

L. IV, c. 24. Franciosi, col

marqué chez lui, la mention du cœur est fréquente comme siège des sentiments et des vertus du divin Maître, comme centre de sa vie intime et particulièrement de son amour, comme lieu de repos pour l'ame contemplative et d'union intime avec Jésus, comme principe amoureux de tous les travaux et souffrances du Christ.

Saint Bernardin (1383- U46) est plus près de notre dévotion, à en juger par certains passages de ses sermons : « 0 amour, qui faites fondre toute chose, dans quel état, pour notre rançon, vous avez laissé notre Ami? Pour que le déluge d'amour inondât tout, les grands abimes ont rompu leurs digues, je veux dire les profondeurs du cœur de Jésus : la lance cruelle a pénétré jusqu'au fond, sans rien épargner. L'ouverture du côté nous fait connaître l'amour du cœur de Jésus jusqu'à sa mort, et nous invite à marcher vers cet amour ineffable qui l'a fait venir à nous (adillum ineffabilem amorem ingrediamur, quo ille ad nos processif). Allons donc à son cœur, cœur profond, cœur secret, cœur qui pense à tout, cœur qui sait tout, cœur qui aime, ou plutôt qui brûle d'amour. La porte est ouverte : comprenons par là la vivacité de son amour * ; et, le cœur conforme au sien, entrons dans ce secret, caché jusque-là et dévoilé, pour ainsi dire, à sa mort, par l'ouverture du côté 2. »

1. Le texte latin est obscnr : Apertam portant ùUeUigwnius saltem in amoris vehemêntia.

2. Serm., 51, pour le vendredi saint, p. 2, édition de Venise 1745, t. P', p. 26S; art. 2, c. m; dans Franciosi, coi. 270-271. U

Il disait, un peu auparavant, dans le même sermon : « Jésus en croix était tout brûlant «l'amou: pour nous... et il s'occupait de notre salut... vait-il pas dit : L'homme de bien tire le bien du bon trésor de son cœur. Donc, du bon trésor de son cœur, qui est l'amour, il avait toujours tiré le bien, mais il prodigua l'excellent, quand, par amour pour nous, il était suspendu en croix. Là il montra que son cœur était une fournaise de la plus ardente charité, pour enflammer, pour embraser pleinement, efficacement le monde entier'. » Dans un autre sermon, il s'exprimait ainsi : « Le cœur de Jésus, à cause de son ardent amour, à quoi peut-on mieux le comparer qu'à un encensoir plein de charbons enflammés 2? »

Le grand mystique Henri de Herp (Harphius), qui mourut vers 1478, ne fait guère que répéter, et souvent dans les mêmes termes, ce qu'avaient écrit ses devanciers sur la plaie du côté, les sacrements qui en sortent, etc. Ce qu'il dit du Sacré- Cœur coïncide à peu près, pensée et expression,

détail de la pensée est obscur, dans le texte tel que nous l'avons, et je ne me flatte pas d'avoir tout compris. Chose curieuse, ce texte se trouve presque mot pour mot, ainsi que tout le développement dont il fait partie, dans VOpusin Quatuor Evangelia du B. Simon de Cascia, que nous citerons bientôt. Voir Franciosi, col. 339-341. Le sens est plus clair dans le texte de Simon : El per apertam portam fiamus saitem in amoris vehementia cordiformes et mente intremus ad secretum... Peut-être Bernardin ne veut-il pas dire autre chose.

1. Serin. 51, p. 2, art. 1er. Edition de Venise, t. Itr, p. 252 Dans Franciosi, col. 270.

2. Serm. 56, In Parasceve, 3e p. art. 2, c. m; éd. de Venise, 1745, t. II, p. 370; Franciosi. 272.

avec Ludolpïie le Chartreux, soit que Harphius ait copié Ludolphe, soit que les deux aient puisé à la mémo source. Il a pourtant quelques traits à lai : « Que la volonté de Dieu nous soit agréable en tout et par dessus tout, puisque le cœur du Christ a été blessé pour nous d'une blessure d'amour, pour que, par un retour d'amour, nous puissions par la porte du côté entrer jusqu'à son cœur, et là unir tout notre amour à son divin amour. Et comme des métaux divers fondus au feu et unis ensemble passent en une autre substance unique, ainsi l'homme doit fidèlement fondre tous ses désirs dans l'amour du Christ ( , et les ordonner vers Dieu... Apprends, àme fidèle, de quel amour brûlait Jésus, puisque l'ample enceinte ducœursest (rouvre trop étroite, et que la flamme de l'amour a du s'échapper par les plaies béantes du corps 2. »

A ces textes et à ces faits il faut joindre un mot sur ce que la famille franciscaine a fait par l'image pour familiariser les âmes avec le Sacré-Cœur. On sait comment on s'habitua peu à peu à représenter la plaie du côté par une image du cœur, et comment autour de cette image du cœur, on groupa,

1. Il y a dans le texte : amore Christi fv.ndare, qui, au premier abord, ne donne pas tout à fait le même sens; mais en y regardant de près, il me semble qu'il y a la une idée de fusion. Peut-être faudrait-il lire fundere, ou entendre fundare au même sens.

2. Theoiogia mystica, 1. I, c. xvm, édition de Brescia, 1601, p. 50 et 51 ; dans Franciosi, col. 280. Voir ci-dessous, S 5, Ludolphe le Chartreux.

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de mille façons ingénieuses, les autres plaies A. Ainsi l'attention était de plu en pus concentrée sur le cœur blessé. En propageant ia dévotion aux cinq plaies et les multiples images, ils préparaient le terrain à notre dévotion 2.

Les Dominicains.

Sainte Catherine de Sienne. Tauler et les écrits taulé Le B. Henri Suso. Dominicaines de Cohn&r. La B*' C Une de Stommeln. Domini nsteinbach.

L'office des cinq plaies et de la plaie du côté.

Saus revenir ici sur sainte Catherine de Sienne, dont ii a déjà été parlé, nous trouvons, chez les uns et chez les mystiques dominicains, bien des traits sur le Sacré-Cœur.

Jean Tauler (12ÏH-1361) en a souvent fait mention dans ses sermons. On cite sous son nom d';>utres textes, plus touchants encore que ceux sermons, mais ils sont tirés des Exercices su vie et la passion de Noire Sauveur Jésus-Chrislj qui, d'après le P. Denitle, ne seraient pas de lui. Expliquant, dans un sermon, comment toute la vie du chrétien doit être pleine "de la pensée de Jésus, il veut qu'on s'endorme sur ce cœur i

1. Voir Grimouarcl de Saint-Laurent, Les images du Sacré- Cœur, p. 40 et suivantes.

2. Voir, outre Grimouard de Saint-Laurent, 1. c, le P. Henri de Grèzes, p. 292 et suivantes.

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glant : Si dormit, super cor illius cruenturn sese reclinetK; et que ce cœur nous soit comme un oreiller, corque suavissimum pùlvinar2. Il fait dire à Notre-Seigneur : « Il eût été plus cruel à mon cœur que ma mort si dure, s'il était resté dans mon cœur ne fût-ce qu'une gouttelette de sang et d'eau que je n'eusse versée de ce cœur embrasé pour le salut de l'homme. Car de même que le sceau met sa forme sui la cire, ainsi la force de l'amour doat j'ai aimé l'homme a imprimé en moi, dans mes mains et dans mes pieds, dans mon cœur même, l'image de l'homme, de sorte que je ne puis cesser de pensera lui3. » Il veut que le disciple du Christ « se retire tout entier dans le cœur amoureux et très doux de Jésus, dans la chambre délicieuse de l'Époux (qu'il a ouverte lui-même à tous ceux qui veulent bien lui donner leur cœur pour les y embrasser des bras... de son amour...), et que là il apprenne à se renoncer de toute façon... comme le Seigneur voudra et comme il plaira à son divin cœur 4. »

S'il est beaucoup parlé du Sacré-Cœur dans les Sermons de Tauler, c'est peut-être plus et mieux

1. InDominic. iv Adventus sermo 2. Voir D.i. Thaxderi clarissimi atque illuminati Ttieologi sermones... reîiquaque... opéra omnioL, Paris, 1623, p. 39. Dans Franciosi, col. 242. d'après l'édition de Venise, 1556. Cf. Noël, Œuvres complètes, t. Ier, p. 292,

2. In Dominie. xv post Trinii. Sermo l. Ibid. p. 449; Franciosi, 1. c; Noël, t. IV, p. 83.

3. InS.Pauli comme moratione. Ibid. p. 570; dans Franciosi, coL 243; Noël, t. V, p. 137.

4. In Asmmïjtione. Ibid. p. 593; dans Franciosi, col. 243, Noël, t. V, p. 201.

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encore dans des Exercices sur la vie et la passion de Notre Sauveur Jésus-Christ. Après avoir dit le mystère de l'eau et du sang sortis du côté percé, l'auteur ajoute : « Le côté du Christ a été percé non loin du cœur, pour nous ouvrir l'entrée de ce cœur... On voit son amour incompréhensible : ii se donne tout entier pour nous : il ne garde rien dans son cœur qu'il ne nous le donne. Qu'a-t-il pu faire davantage pour nous? Son cœur même, il nous Ta ouvert, comme sa chambre secrète, pour nous y introduire, comme son épouse de choix... Il nous a donné son cœur cruellement blessé, pour y faire notre demeure, jusqu'à ce que pl< ment purifiés, sans tache, conformes à son cœur. nous soyons capables et dignes d'être emmenés avec lui dans le cœur divin du Père. Il nous donne son cœur pour notre demeure, et en retour il nous demande le nôtre pour s'y reposer1. » Il s'agit ici du cœur de chair, du cœur blessé; mais il est considéré symboliquement, comme le montre le rapprochement avec le cœur de Dieu. Nous sommes donc bien ici en face de la dévotion au Sacré- Cœur. La suite est très belle, dans le même sens. Surius a mis, à la suite des œuvres de Tauler, un opuscule anonyme, intitulé De decem cœcita-

1. Exercïtia de vita et pussione Salvatoris Nostri J.-C; dans Franciosi, col. 244-247, édition de Cologne, 1706. — Le P. Jacques Talon, de l'Oratoire, traduisit ces Exercices en 1669 (approbation de Bossuet). J'ai eu sous les yeux la 3° édition de cette traduction, 1693. Le passage traduit, c. lui, se trouve à la p. 385. Le P. Noël en a donné une traduction nouvelle, Œuvres complètes de Jean Tauler, t. VI et VII, 1912, 1913. Voir t. VII, p. 181.

TROTSIÈME PARTIE. — CRAPTTRE II

tibtts, Des dix aveuglements. L'œuvre n'est sans doute pas du grand mystique lui-même, mais elle e^ suivant sa manière et pleine de son esprit, nu traité des principaux obstacles à la perfection de l'âme et à son union avec Dieu. Or, à la tin du traité, c. xx, il y a, comme en épilogue, un « triple exercice divinement révélé, qui contient en bref toute la perfection de la sainteté ». Le premierrevient à la pratique parfaite du devoir d'état, en y mettant l'esprit intérieur; le second, à l'examen attentif de sa conscience avec contrition et ferme propos; le troisième à la dévotion dans le service de Dion, suivant son bon plaisir. Ici, le grand -a est de rhédi le et la passion du Christ,

en y étudiant l'immense amour qui s'y manifeste, et agissant en conséquence; puis on apprend à vivre en Dieu par la foi, l'espérance et la cbarité. Cette vie amoureuse en Dieu se pratique excellemment par l'exercice des cinq plaies, qui nous fait passer par l'humanité pour aller à la divinité. Dans la plaie des pieds on jette toutes ses misères pour que ce soit fini du péché ; à la plaie des mains, on se jette en Dieu, et on reçoit Dieu en soi, méditant combien Dieu nous a aimés et ce qu'il a fait pour nous, à' efforçant de répondre à son amour et à ses bienfaits par un amour dépouillé, par un amourpur, par un amour vif et efficace quiramène ; lût à la gloire du divin Ami. « Paré de ce triple amour, plein d'une charité ardente, vous vous recueillerez, et vous irez au cœur de Jésus : c'est un trésor immense, une source de bonté et de cha-

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rite infinie. Vous y entrerez par les quatre exercices que voici. » Le premier est l'offrande totale i-même, la remise en Dieu, ce que nous appelons maintenant la consécration au Sacré-Cœur. Le second est la demande de toutes sortes de grâces, surtout de Dieu même. Le troisième, le désir de lui devenir conforme dans ses s: utlrances et ses humiliations, dans ses vertus, surtout dans son amour, pour se transformer aimi en lui. Le quatrième est l'union, avec désir et prière pour que cette union devienne toujours plus étroite et plus pleine. c< Ainsi uni à lui, vous irez à la divinité même... et vous vous plongerez si profondément 2ii votre Dieu si doux, que les créatures ne vous letrouvent pas comme créature, et là vous <! •erez être absorbé en lui et à votre tour l'absorber lui-même* puisqu'il n'est (ju'une montagne ou jne mer immense d'amour et de bonté... Et si, rendant que vous êtes ainsi dans le cœur de Jésus, a divinité vous absorbe, vous serez heureux. » Bt c'est, conclut l'auteur, « ce qui est arrivé, il n'v i pas longtemps, à un ami caché de Dieu1 », qui i fait ce triple exercice. Le cœur de Jésus n'est lommé que deux fois dans cet exercice. Mais il y ient plus de place qu'il ne semblerait d'abord, .'union à Dieu est le but suprême; mais Jésus est a voie. En s'attachant à lui, en se plongeant dans es plaies de ses pieds et de ses mains, on se prépare à l'union intime avec lui ; mais c'est dans la

Ï.D.L Thavleri... sermones .. . ; ■ eliquaque... o^era omnia. Paris, 623, p. 806-905.; Noël, t. VII, p. 504 sqq.

plaie du côté, c'est dans le cœur qu'elle s'achève. Et voici que cette union avec le Dieu fait homme conduit l'âme plus haut encore, dans l'intime de la divinité : du cœur de l'Homme-Dieu nous arrivons comme au cœur de Dieu. C'est la voie souvent indiquée par les ascètes et les mystiques du moyen âge, et nous avons pu en saisir les traces dans notre revue trop rapide. L'auteur que nous venons d'analyser en a hien marqué les étapes, et insinué l'importance spéciale de la halte dans le cœur de Jésus. Or, ce qu'il dit revient à ce que nous avaient fait entendre les premiers textes précis sur la dévotion au Sacré-Cœur, celui notamment de Guillaume de Saint-Thierry, quand il- nous présentait le cœur de Jésus comme le Saint des saints où Dieu reposait, comme l'urne d'or qui contenait la manne de la divinité1. Et c'est dans le même sens que la B. Marguerite-Marie entendait la dévotion quand elle écrivait à la Mère Greyfié : « Il m'a donné à connaître que son sacré Cœur est le Saint des saints, le Saint d'amour, qu'il voulait qu'il fût connu à présent pour être le médiateur entre Dieu et les hommes 2. » Ainsi le mouvement de la dévotion est toujours et partout le même. C'est ce qui se dégage de toute cette étude. Mais il était peut-être utile de nous arrêter un moment dans notre course hâtive pour le faire remarquer.

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