Voir Franciosi, col
3. Je ne saurais dire par qui fut faite l'insertion, éditeur ou traducteur.
Dit- FUSION DU CULTE 279
commença par être franciscain, il devint bénédictin, et mourut cistercien; Ludolphe le Chartreux fut d'abord dominicain. Que de liens, invisibles parfois, mais qui existaient, et que nous devons supposer!
Nous pouvons même discerner certains centres de communications, et quelques zones d'influence. Signalons notamment la Chartreuse de Cologne. En attendant les détails, qui viendront au chapitre suivant, recueillons quelques faits caractéristiques. Bloemenvenna y avait traduit Harphius, le mystique franciscain; Lahsperge fit imprimer sainte Mechtilde cl sainte Gerlrude, les mystiques cisterciennes ; Surius mettait en latin Suso et Tauler, les mystiques dominicains, sans parler de Ruysbroek et de mainte vie de saints ou saintes mystiques; un peu plus tard, Bruno Loër y rééditait les œuvres mystiques de Harphius et les dédiait à Ignace de Loyola. Van Esch (Eschius), très dévot lui aussi au cœur de Jésus, était en rapports intimes avec Lansperge et les Chartreux de Cologne, auxquels il amena Surius, l'un de ses élèves. Un autre disciple du même maître, Pierre Canisius, condisciple et ami de Surius, était aussi des familiers de la Chartreuse. Il avait publié, en 1543, une édition de Tauler, dans le texte original allemand, qui servit de base à la traduction de Surius1. Est-ce dans ses rapports avec son pieux maître et avec ses amis que Canisius puisa cette tendre dévotion
1. Ce « certain Pierre Noviomagus », dont parle le P. Noël dans son Introduction à sa traduction française de Tauler, t. I, p. 87, n'est autre que Canisius, né à Niruègue; le P. Noël Ta reconnu dans les volumes suivants.
au cœur de Jésus qui en ont fait un des précurseurs de sainte Marguerite-Marie? Enfin, les Chartreux de Cologne publiaient, en 1541, chez Jaspar Gennepaeus, un petit volume de 88 feuillets, intitulé Hortulus devotionis. C'est un recueil de prières et de pratiques pieuses, où il est à chaque iostant question du Sacré-Cœur. Pour les péchés du cœur, on y offre à Dieu le cœur de Jésus. Il s'y trouve nombre d'exercices en l'honneur des cinq plaies. Les prières à la plaie du cœur — c'est toujours l'expression employée — sont particulièrement pieuses et touchantes.
D'autre part, Louis de Blois était attentif à ce mouvement de piété. Il connaît et utilise Lansperge, il est rempli de Tauler, il cite Harph'ius et Ruysbroek, il butine chez les mystiques d'Helfta. Sa dévotion au Sacré-Cœur est riche de celle dupasse1.
Préciser davantage serait long; sur bien des points, ce serait téméraire dans l'état actuel de nos connaissances. Les indications qui précèdent suffisent pour nous faire entrevoir, non seulement combien la dévotion était répandue vers la fin du xve siècle et les débuts du xvie, mais aussi par quelles voies et de quelle façon elle se répandait, et, tout en restant une dévotion privée, tendait de plus en plus à entrer dans le domaine public. Voyons-la maintenant qui prend corps, pour ainsi dire, en dévotion distincte et en pratiques qui lui sont propres.
1. Pour plusieurs de ces détails, voir dom Boutrais, p. 44- 50; d'autres sont empruntés à Hurler, Nomenclator litterarius, t. IV, Innsbruck 1899, aux noms de Harphius, Tauler, Suso, et 1. 1, 1892, aux noms de Blosius et de Surius.