‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 126 sur 242 · Log. àt., p · texte numérisé non relu

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cœur selon votre cœur, façonnez-le à votre gré.

« Ah ! Seigneur mon Dieu, mon Sauveur et mon Rédempteur, ôtez-moi mes péchés et tout ce qui vous déplaît en moi; tout ce qui vous plait, versez-le en moi de votre cœur très saint. Changezmoi et possédez-moi tout entier. Que je ht vive que pour vous plaire, ô Dieu très saint, et pour aimer. Faites que mon cœur s'unisse à votre cu-ur, ma volonté à votre volonté : que je ne veuille jamais rien, que je ne puisse jamais vouloir que ce que vous voulez, que ce qui vous plaie. Que je vous aime, ô doux Jésus, mon Dieu, de tout mon cœur, en tout et par dessus tout. Amen1. »

Je ne pensé pas qu'il y ait maintenant eûcore rien de plus pieux en l'honneur du Sacré-Cœur, rien de plus pénétrant, que ces prières et ces aspirations de Lansperge. Ce sont vraiment des flèches d'amour.

Louis de Blois nous conseille de nous réfugier dans le cœur de Jésus par la plaie ouverte de son côté, dans les tentations, les afflictions, les misères delà vie, pour y trouver force et miséricorde, pour y puiser la consolation et la joie2. Il nous recommande sans cesse « d'offrir nos bonnes œuvres au

1. Pharetra, loc. cit., p. 198. Avec cette différence que le dernier paragraphe s'y trouve avant le premier. J'ai suivi l'ordre ancien. Beaucoup d'autres textes dans Franciosi, 294-

2. Margaritum spirUuafe, pars 3», c. xix. Opéra, in-fol. Edition d'ingolstadt, 1726, p. 403. Les mots mêmes sont ceux des Exercitia taulériens. — J'ai sous les yeux, pour cette 4,; édition, D. Ludovici Blosii,.. opéra... accurate recognila. Cologne, 1615. Le chapitre indiqué se trouve p. 604-607.

très doux et très sacré cœur de Jésus-Christ, afin qu'il les purifie et les perfectionne. * » Il a pour cet usage des formules très belles, celle-ci, par exemple : « Je vous otfre, ô Père céleste, l'amour embrasé et les désirs ardents du cœur de Jésus, votre Fils bien-aimé, pour suppléer à l'aridité et à la froideur de mon chétif cœur2. » Il a, pour saluer le cœur, des mots d'une tendresse exquise : « Salut, cœur très aimant, très bon, très doux (mellitissimum), blessé pour moi. Salut, trésor (gazophylacium) incomparable de tout bien et de toute béatitude. De grâce (eia), soyez pour moi un agréable abri (umbraculum) à la mort, et, après la mort, ma demeure éternelle3. » Il nous recommande de nous approprier les intentions du Sacré- Cœur et d'offrir toutes nos prières, ' actions et peines en union avec lui, pour la gloire de Dieu et le salut de son Église4. C'est la pratique que ÏApostolat de la prière devait vulgariser un jour à travers le monde.

1. Conclave animae fidelis, pars 1, Spéculum spirituelle, c. vu, S 4, n. 4, 1. c, p. 450. Édition de 1615, p. 59.

2. Conclave, pars 4, Scriniolum, $ 5, 1. c, p. 507. Éd. 1615, p. 135.

3. Institutio spiritualis, Appendix in, endologia 6, p. 272. Éd. 1615, p. 473.

4. Institutio spiritual**, c. ix, p. 253. Éd. 1615, p. 447. Pour plus amples -détails, on peut voir Franciosi, col. 310-312.

Influence de Lansperge ei des Chartreux.

Eschius, Canisius, les Chartreux.

Lansperge et Louis de Blois semblent avoir eu un rôle à part dans notre dévotion pour l'organiser et la propager. Leurs écrits la firent connaître et pratiquer au loin. A côté de Lansperge et, en partie du moins, sous son influence, nous la voyons pratiquée par Eschius, par Canisius, par les Chartreux.

Eschius ou Van Esch (1507-1578), le maître de Pierre Canisius et de Surius, fut, nous l'avons dit, l'ami de Lansperge et de la Chartreuse de Cologne. Nous avons de lui des exercices très touchants de dévotion au Sacré-Cœur : « 0 très doux Seigneur Jésus-Christ, je vous en prie, par l'ardent amour de votre cœur divin, par votre cœur humain transpercé et par ses angoisses, imprimez mon cœur dans votre cœur transpercé, et remplissez-le de la charité parfaite qui déracine en moi tout amour personnel envers moi-même et les créatures. Que la flèche de votre amour ardent me blesse et m'emflamme, de sorte que je puisse vous aimer parfaitement, de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de toutes mes forces, purement pour votre bonté, sans vue aucune de retour. Puissé-je, par amour pour vous, beaucoup quitter,

beaucoup agir et souffrir, sans jamais me relâcher ! Puissé-je, par mes désirs brûlants et sans bornes, par mes prières pour obtenir le parfait renoncement à moi-même et l'union amoureuse avec vous, aspirer sans cesse vers vous, crier, frapper à la porte. Puissé-je penser à vous, parler de vous, avoir faim et soif de vous, vous chercher et vous trouver.jusqu'àceque, tout transformé en vous, je devienne un seul esprit avec vous, moi demeurant toujours en vous et vous en moi! Donnez-moi aussi d'aimer du même amour mon prochain en vous et pour vous, comme moi-même1. a

Non moins pieuse est une autre prière d'Eschius « pour entrer par les blessures jusqu'au cœur et à la divinité 'e Jésus, pour s'y cacher contre les distractions et tentations de toute sorte » : « Seigneur Jésus-Christ, crucifié pour les pécheurs, recevez ce pécheur qui se réfugie vers vous, et protégez-moi sous l'ombre de vos ailes, que vous étendez sur la croix, dans les bras de votre amour. Qu'il sorte de vos blessures sacrées et qu'il tombe sur moi des rayons â'hun ilité, de pauvreté, d'obéissance, de patience et de charité. De la blessure de votre cœur et de votre côté, c'est-à-dire de la blessure de votre amour, blessez mon cœur, transpercezle, pour que je brûle vraiment et que je languisse

1. Exercitium cruciforme ad Vulnera Domim Jesu. gxercit'mra vu in oralionis foyynv.lam pr&ctice redactum... Ad cor Jesu. En appendice aux ExercUia taulériens, Lyon, 1556, p. 496-497. Texte latin dans Francien, 320. Le P. Talon a joint à sa traduction des ExercUia taulériens. celle des ExercUia d"Eschius ; veir ci-dessus, c. 2, $ 4. Le passage ici traduit se trouve p. 479.

dans les soupirs de mon âme (in desiderio animœ . et que, illuminé par la lumière de votre mort, je comprenne vraiment les douleurs et les souffrances que vous avez endurées dans vos mains et vos pieds, dans votre tête, dans votre corps, votre cœur et clans votre âme1. »

D'Eschius ne séparons pas son disciple, le B. Pierre Ganisius (1521-1597), ami et familier, comme lui, des Chartreux de Cologne, et qui, devenu Jésuite, se rappelait avec tant de reconnaissance, son saint maître et ses jours de pieuse jeunesse. Le jour de ses vœux solennels, qu'il tifc à Rome dans la Basilique Vatican©, entre les maini de saint Ignace, presque au moment de les prononcer, il était tout entier au sentiment profond de sa misère et de sa pauvreté, quand le Sacré- Cœur voulut bien suppléer à tout. « Vous m'ouvrites alors, dit-il à Jésus dans son Mémorial, le cœur de votre corps sacré, et il me semblait le voir tout près ; et vous me dites de boire à cette source, m'invitant ainsi à puiser les eaux de mon salut à vos sources, ô mon Sauveur. Et moi je désirais tant que vinssent de là jusqu'à moi des flots de d'espérance et de cha.iité... Et quand j'eus osé aller à votre cœur très doux et y étancher ma soif, vous me promettiez une robe tissée de trois parties2. »

1. Margarita evangelica, 1. 4 (Appendix) c. 6, 2a editiolatina, Dilingae, 1610. Traduit sur une copie latine, obligeamment communiquée par M. J. Brucker.

2. Beati Pétri Canisii Epilufœet Acta, par Otto Braunsbefger. t. 1, p. 55, Fribourg-en-Brisgau, 1896.

Il y a mainte autre trace de sa dévotion au Sacré-Cœur.

Dans un manuscrit écrit de sa main, on trouve, entre autres prières qu'il avait composées ou recueillies, une Prière pour saluer le cœur du Christ le matin, qui est celle même de sainte Mechtilde : « Je vous loue, je vous bénis, je vous glorifie et je vous salue, ô très doux et très bon cœur de Jésus-Christ mon fidèle ami, vous rendant grâces pour votre vigilance à me garder pendant la nuit, et pour votre attention continuelle à louer et remercier pour moi Dieu le Père et à lui rendre tous les devoirs en ma place. Et maintenant, ô mon unique ami, je vous offre mon cœur comme une rose de printemps, dont la grâce attire toute la journée vos yeux, et dont le parfum charme votre divin cœur, etc.1. » Il y a là également une gracieuse prière pour le moment du coucher, où il s'unit à la reconnaissance dont tous les saints trouvent la source dans le Sacré-Cœur pour louer Dieu; et de même à l'esprit doraisoa qui du divin Cœur s'est répandu dans tous les saints, etc 2. Il écrivait dans le même cahier : « Le cœur de Jésus brûle pour nous d'un tel amour que ce Fils de Dieu et de la Vierge est prêt, que dis-je? c'est son désir, de souffrir pour vous seul toutes les amertumes intérieures et extérieures qu'il a souffertes pour le monde entier, plutôt que de permettre

1, Ibid. p. 58. Cf. Révélations mechtildiame, pars tertia, c. 17, p. 217.

2. Ibid. p. 59. Inspiré de Sainte Mechtilde, ibid., c. 34,p.238

votre perte, ou la ruine d'une seule âme1. » Enfin dans ses Exhortations domestiques, adressées à ses frères en religion, il leur recommandait « d'unir leur volonté avec le cœur de Jésus » ; « comme il nous a donné son cœur, ils doivent lui donner le leur » ; « qu'ils imitent la libéralité avec laquelle il nous a donné à boire le sang de son cœur » ; « en union avec la gratitude que les saints puisent dans le cœur de Jésus, qu'ils remercient des dons reçus » ; « qu'ils fassent leur nid dans les trous de la pierre, et, en toute tentation, qu'ils se réfugient dans l'aimable cœur du Christ- ».

La dévotion au Sacré-Cœur, avec ses multiples exercices, n'était pas propre à la Chartreuse de Cologne. D'autres Chartreux se rencontrent partout, non moins dévots, non moins pieux dans l'expression de leur dévotion. Dom Boutrais, dans son Mois du Sacré-Cœur par d'anciens Chartreux , nous donne de belles pages de Jean de Torralba, prieur de la Cour-Dieu, 1578; d'Antoine Volmar, prieur d'Astheim, né vers 1550; de dom Jean Michel de Vesly, 4V général des Chartreux, qui publia à Lyon, en 1598, un Manuel d'exercices </'* piété pour l'usage quotidien des Chartreux, où il est question du Sacré-Cœur à chaque page3, sans parler ici de ceux qui appartiennent au xvne siècle.

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