‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 133 sur 242 · Ibid. 1. 6, c.9, n. 2, p. 626; Franciosi, col · texte numérisé non relu

Ibid. 1. 6, c.9, n. 2, p. 626; Franciosi, col

2. La cité mystique de Dieu. 2e partie, 1. 6, c. 24, n. 1440 et 1451. Traduction Croset; Franciosi, col. 412.

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a salutation et prière du matin au cœur de Jésus » : « Je loue, je bénis, je glorifie et salue votre très doux et très bénin cœur, ô Jésus-Christ, mon fidèle ami, vous rendant grâces pour la fidèle garde dont vous m'avez entouré pendant cette nuit, et pour la paternelle et immense bonté avec laquelle, parmi tant d'autres, vous me supportez encore et me conservez, moi, le plus misérable de tous les pécheurs, et même me visitez quelquefois par l'inspiration de votre grâce. Et maintenant, je vous en prie, ô unique ami, par la vertu de • divin cœur, purifiez-moi, votre suppliant, de toute souillure; daignez ausej me garder miséricordieusement de tout danger, et m'accorder la grâce de persévérer fidèlement et heureusement jui la fin de ma vie dans votre saint service et votre amour.

« 0 eeeur très doux de Jésus, où se trouve I bien, organe de la toujours adorable Trinité, à vous je me confie, en vous je me remets tout entier, en vous je jette toute sollicitude, tout ce qui me pèse ; à vous je m'offre humblement pour être purifié des souillures de mes péchés; à vous je m'en remets en toute confiance pour que vous suppléiez à toutes mes propres insuffisances. En vous est tout mon espoir et ma consolation, en vous mon repos et ma demeure. Qu'il coule, qu'il coule par vous sur moi une gouttelette de sang du côté ouvert de mon Seigneur Jésus, pour effacer toutes mes souillures, et pour enflammer mon cœur du divin amour. O cœur de Jésus, cœur

tout amour, soyez pour moi le refuge dans la tentation, la consolation dans la peine, l'abri dans la mort; que je me repose et que je m'endorme en vous, jusqu'à ce que je goûte et je sente combien suave est Jésus, l'époux de l'âme qui aime, le Dieu béni par dessus tout à jamais. Amen1. »

Le pieux auteur n'indique pas où il a pris cette prière. Les premières lignes sont la salutation matinale de sainte Mechtilde. Je n'ai pas identifié le tout; mais certaines idées, certaines expressions sont de Louis de Blois; les autres se ressentent d'Eschius et de Lansperge.

La Hollande et la Belgique nous offrent encore deux écrivains ascétiques, entre beaucoup d'autres sans doute, Jacques Marchant et dom Benoit Haeften.

Dom Benoît Haeften, abbé d'Afflighem (1587- 1648), dans son livre intitulé L Ecole du cœur (1629), parle de la plaie du côté cb termes touchants, où se résume toute la pensée traditionnelle. Lui aussi trouve le cœur à travers la plaie : « Approche-toi (mon âme) du Dieu de ton cœur, du cœur de ton Dieu : pose là ta tente, fais-y ta demeure. Là, joins ton cœur au cœur de ton amour ; non pas ton doigt, ni ta main : c'est ton cœur qu'il

1. Diurnalepielatis, Antverpiae, 1616, 1. 1, p. 153-154. J'ai traduit sur le texte latin, tel que l'ont copié pour moi deux amis obligeants, les PP. Alb. PonceletBollandiste (+ 1912). et H. Pinard. C'est à eux que je dois, en outre, sinon la première connaissance du pieux Nicolas de Montmorency (car une partie de cette prière avait été traduite en français et m'était tombée sous les yeux), au moins tous les détails sûrs et précis sur le livre et sur les nombreuses mentions qui s'y trouvent du Sacré-Cœur.

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y faut jeter1. » Il voit dans le cœur divin le modèle de ce que doit être son cœur : « Ce que doivent être les pensées de mon cœur, je le trouve écrit dans ce cœur. Car- votre cœur est la rèe-le... des cœurs humains : ils doivent être ré votre cœur. J'irai donc à ce cœur profond, au cœur de mon Dieu, et je regarderai ses perfections pour, avec l'aide de sa grâce, les transporter dans mon cœur. Votre cœur, ô Dieu de mon cœur, a été pur de tout attrait humain, de tout amour pour ce qui passe... Daignez, Seigneur, ami de nos cœurs, répandre tout cela dans le cœur de votre serviteur, afin que son cœur soit parfait avec vous. . . Eh! donc. Seigneur, mettez-moi près de votre cœur, pour que je le regarde, et que sur ce dèle je rectifie mon cœur. Regardez-ii aussi, et ayez pitié de moi, Seigneur; de ce miroir brûlant de votre cœur2 envoyez des rayons de feu dans mon cœur pour le brûler et le rendre conforme à votre cœur3. »

1. Schola eordis, sive a Deo aversi eordis ad eumdem reduclio ; auctore D. Beuedicto Haefteno, O. S. B. Anvers, 1663, p. texte latin dans Franciosi, 379. M. Grimotiard de Saint-Laurent cite aussi quelques extraits, d'après l'édition d'Anvers, 1629 loc. eit.y p. 56.

2. L'auteur, un peu plus haut, p. 541, a comparé le cœur de Jésus au fameux miroir concave d'Archimède, qui brûla la flotte ennemie.

3. Ibid. p. 544 et 546; Franciosi, col. 380. Autre passât p beau, cité par le P. Dufau, Trésor, t. VII, p. 393-395, à propo? du texte Vulnerasti cor meu/n : « Si vous restâtes attaché à la croix, ce fut bien plus par les liens de votre amour que par les clous de fer... C'est bien par l'amour que je dois être uni à votre cœur. Et comment ne pas vous aimer?... Vous avoz

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Il dit, dans un autre ouvrage : « Contemplons maintenant le cœur du Christ, très pur réservoir (receptaculum) de la douceur divine. De quelle douceur il déborde!... Qui nous ouvrira la porre de ce cœur, pour «jue nous puissions voir les trésors qui y sont cachés? » Et le pieux auteur contemple tour à tour i'intentien de ce cœur, les désirs de ce cœur, les pensées de ce cœur, l'amour de ce cœur pour nous. « Mais quoi? ajoute-t-il, il a voulu que son cœur fût ouvert par la lance du soldat, afin qu'il fût pour les coupables une cité de refuge, un asile de paix, le nid où la colombe médite, le cellier à vin et la couche de l'épouse, le repos de F âme et le saint des saints. Que dire enfin? Le cœur de l'homme ne saurait concevoir quelle abondance de douceur se cache dans le cœur du Fils de l'homme1. »

Jacques Marchant (en 16i8), dans son Hortus Pastorum, invite la colombe mystique à entrer dans le côté percé de Jésus : « Tu ne pourras trouver de repos, lui dit-il, que dans le cœur du Sauveur. C'est là qu'il a voulu te préparer une demeure. Son cœur brûlant d'amour est le jardin fleuri où tu peux trouver tes délices et t'écrier : // nous est bon d'être ici. Si donc tu sens parfois que ton cœur est pauvre, ou tiède, ou dur, tourne

été blessé par moi, ô mon Jésus : rendez-moi blessure pour blessure- » Libr. 4, lect 12, p. 519.

1. R. D. Hcef:eni Venallo sacra, 1. 11, c. 3, p. 455 (marquée l ar erreur 456), Anvers, 1650. A la lin de la Préface, un cœur percé de trois clous, surmonté du monogramme IHS, avec ano ereix sur ^a barre de l'H.

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toi vers le Dieu de ton cœur... Par cette large porte du côté,., l'entrée t'est ouverte jusqu'au cœur. Là, joins ton cœur à son- nœur, pour y prendre la lumière, la vie, la flamme... Sa blessure n'est pas tant celle de la lance que celle de l'amour; elle est à la fois, si vous l'aimez mieux, celle de la lance et de l'amour. Voilà pourquoi il dit deux fois : Vous avez blessé mon cœur, 6 mon épouse, vous avez blessé mon cœur. Réponds-lui de ton coté : Blessez mon cœur, ô mon Époux, blessez mon cœur. Blessez-le de compassion, blessez-le d'amour1. » C'est aux pays flamands que se rattache également Jeanne de Cambry (1581-1639), d'abord religieuse augustine, puis recluse à Lille. Ce fut une grande dévote de la plaie du côté; et plus d'une fois, dans la plaie du coté elle rencontra le divin cœur. Dans ce sacré côté, elle trouvait « deux chambres nuptiales », comme elle dit, « l'une, le cœur de chair et de sang, représentant son humanité ; l'autre, le cœur d'or, représentant sa divinité ». « Puissiez-vous, écrivait-elle à son directeur, posséder tellement ces deux chambres que vous n'en sortiez jamais2. » Dans son grand ouvrage spirituel, elle représente le cœur de Jésus comme « le lit nuptial où reposent l'Époux avec l'Épouse, l'âme avec Dieu ». La couche, dit-elle, « ce sera le divin cœur de Jésus, oui ce sera ce cœur plein d'amour du doux Jésus, où l'âme se reposera,

1. Horlus Pastorum, 1. 1, tract. 2, lect. 21. De vulnere lateris. Texte latin dans Franciosi, 692-693.

2. Vie admirable de Jeanne de Cambry, par le P. Saintrain, Ç. SS. R. Tournai 1898, 3e partie, c. 6: cf. Franciosi, 365-366,

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où l'âme sera unie, et de deux cœurs n'en sera fait qu'un par union d'amour... Si nous aimons Dieu, il faut que notre amour retourne à Dieu, à ce cœur amoureux de Jésus, qui par amour a voulu naitre d'une Vierge, et endurer mort et passion, pour nous montrer son brûlant amour; à ce cœur qui a été percé d'une lance pour nous, et le tout par ce feu d'amour. 0 cœur divin, qu'y a-t-il en cette méchante créature et ingrate que vous l'aimez de telle sorte? Mais c'est votre poignant et brûlant amour qui vous fait ainsi aimer votre œuvre!... Et puisque Dieu aime ce qu'il a fait et créé, quoi, ingrats que nous sommes, n'aimerons-nous pas celui qui nous a créés1? »

Dans les mêmes régions, l'ordre de Saint-Benoit nous fournit encore une dévote du Sacré-Cœur, que dom Bruno Destrée a révélée dernièrement au public, la Mère Jeanne de Saint-Mathieu Delelôe. Née en 160k, à Fauquembergues, dans le diocèse d'Arras, elle entra chez les Bénédictines de sa ville natale et suivit sa communauté à Poperinghe, quand elles furent obligées de s'y transporter. Elle y mourut en 1660. Toute sa vie ne fut qu'une suite de communications intimes avec le cœur de Jésus2.

1. Trotté de la ruine de l'amour-propre, etc., 1. 4, c. 26. Les Œuvres spirituelles de Sœur Jeanne-Marie de la Présentation... Tournai, 1665. Frar.ciosi, col. 368. Voir dans la Vie admirabh de Jeanne de Cambry, par le P. H. Saintrain, C. SS. R. Tournai et Paris (Casterman, 1899), la 3e partie, c. 6, la dévotion de Jeanne au Sacré-Cœur, p. 320-337.

2. Une mystique inconnue du xvne siècle, par dom Bruno Des trée, Bruges, 1905.

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Enfin, avant d'entrer en France pour n'en presque plus sortir, signalons un grand saint de Tordre de Saint-François, saint Fidèle de Sigmaringen, capucin (1577-1662). Parmi ses pratiques de dévotion, on en signale une en l'honneur du cœur de Jésus. La prière commence ainsi : « Je vous rends grâce, ô très aimable Jésus, pour l'amour infini et pour l'infinie douleur de votre très doux cœur. » Il s'y remet tout entier et conclut : « Pendant toute ma vie et particulièrement à l'heure de ma mort, il y a pour moi un refuge assuré dans cette blessure de votre cœur très fidèle1. »

Diffusion en France.

Bérulle, Olier,Mme deNeuvillars, Mère Madeleine de Saint- Joseph, la Carmélite de Beaune, Louise de Marillac, la bonne Armelle; Mm9 d'Herculais et les milieux jansénistes.

En France, nous rencontrons partout la dévotion, dans le monde, et même à la cour, comme dans les cloîtres; elle s'allie aux tendances de spiritualité les plus diverses, à celles de Bérulle ou de M. Olier comme à celles des Jésuites; on la trouve jusque chez les Jansénistes; elle est si familière aux âmes que Bossuet pour donner la formule de

1. Signalé par M. R. de La Bégassière, d'après le Compendio storico... delta divozione al SSmo Cuor di Gesù. Ediz. 2". Roma, 1822, p. 34, S 14. La prière n'est pas, je crois, du saint luimême. Voir ci-dessus Louis de Blois et Nicolas de Montmorency.

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la perfection chrétienne rencontre comme natu rellement la formule même de la dévotion au Sacré- Cœur.

En tête du mouvement, apparaît saint François de Sales, l'un des hommes dont la spiritualité est le plus imprégnée o'e la pensée du Sacré-Cœur. On a depuis longtemps signalé les principaux passages où il parie de ce cœur divin. C'est dans ses lettres surtout que sa dévotion s'exprime avec une tendresse de piété qui ravit toujours les âmes dévotes. Nous aurons à y revenir quand nous chercherons à la Visitation les premières traces de la dévotion au cœur de Jésus.

Le cardinal de Bérulle (1575-1629) a quelques réflexions, subtiles mais pénétrantes, sur le cœur de Jésus. « Saint Jean seul, comme bien-aimé disciple, fait mention de la blessure dont le coté et le cœur de Jésus ont été ouverts. D'autant que c'est une blessure d'amour, il était convenable qu'elle fût rapportée par le disciple du cœur et de i amour de Jésus. Remarquons que le cœur vivant de Jésus est assez navré d'amour; c'est pourquoi cette navrore de la lance est réservée à son cœur mort, coaioie si, avant la mort, ce fer ne l'eût pu navrer davantage, tant il était navré d'amour. Soncœarest éternellement ouvert, éternellement navr :>ire note point cette plaie, car c'est

une plaie d'amour; cette navrure de la lance n'est qu'une marque de la vraie et intérieure navrure de son cœur... Rendons grâces au Père éternel qui.., lui a destiné cette plaie... pour no us loger... en son

cœur dans l'éternité1. » Il écrivait à une personne éprouvée et, tentée : « Souvenez-vous que le Fils de Dieu, parles douleurs et plaies de son cœur, nous a préparé une retraite en icelui, en nos peines et tentations; et lui rendez grâces de ce soin et amour sien vers nous, et de ce refuge sacré qu'il veut que nous ayons et trouvions en lui... Mais vous êtes indigne2 d'y être logée, vous étant ce que vous êtes, et lui étant ce qu'il est. et ce n'est pas à vous de vous y loger, ni vous ne le devez pas entreprendre. Souvenez- vous donc que, lui étant ce qu'il est, vous n'y oseriez penser ; mais aussi lui étant ce qu'il vous est. par sa grâce et miséricorde, par ce qu'il a daigné être aux pécheurs et à vous, et parce qu'il a voulu être navré en son cœur de douleurs et de cetfe plaie; pour cet effet, priez-le avec vraie humilité qu'il lui plaise de vous loger lui-même en cette sainte retraite, parmi l'orage qui vous porte... et, durant icelui, soyez toute retirée et de toute votre puissance, dans ce saint cœur du Fils de Dieu, navré de douleur pour votre salut3. »

De son côié, M. (Hier écrivait à une dame pieuse : « Perdez-vous mille fois le jour dans son admirable cœur, où vous vous sentez si puissamment attirée. C'est là où vous entrerez dans la jouissance de tout ce qu'il est, et même des correspon-

1. Opuscules Jivers de piété', n. 69, Dans Œuvres complètes, édition Migne, 1856, col. 1048.

2. Il y a « digne » dans Migne ; je pense que c'est une faute d'impression.

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