Lettre 533, dans Œuvres complètes, édit. Migne, coL
dances et des communications mutuelles qui se passent entre lui et son Père. C'est la pièce d'élite que le cœur du Fils de Dieu ; c'est la pierre précieuse du cabinet de Jésus, c'est le trésor de Dieu même où il verse tous ses dons et communique toutes ses grâces... C'est en ce cœur sacré et en cet adorable intérieur que se sont premièrement opérés tous les mystères, et c'est dans les saints que Dieu y applique plus particulièrement que se passent ses communications plus intimes et que s'expriment le plus parfaitement tous ses divins mystères1. » Il écrivait encore : (Que dire de la gloire) « que la grandeur de Dieu reçoit du cœur de Jésus-Christ tout seul, qui rend plus de respects et de louanges à Dieu que tous les saints ensemble, puisque tous les anges et tous les saints ne sont faits que pour exprimer les sentiments intérieurs qui sont renfermés dans le cœur de Jésus? 0 magnifique cœur... qui contient tous les amours, tous les respects, toutes les louanges de tous les saints ensemble2. »
Parmi les dames qui, aux débuts duxvu0 siècle, édifièrent le grand monde par leur piété, P.Imo de Neuvillars (1571-1616), se signale à nous par sa dévotion au cœur do Jésus. Suzanne Je la Pomélie, dame de Neuvillars, était née dans le calvinisme. Convertie à vingt-trois ans, elle txq vécut
1. Lettres, n, 598. D'après M. H. Joly, Le B. P. Eudes, 1909, p. 173. Voir aussi Pensées choisies de M. Olier, éditées par M. Letourneau, p. 10, 12. etc.
2. Cité par Mer Perraud, Le Second centenaire et le jubilé de la B. Marguerite-Marie^ Autun (1890), p. 185.
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que pour Dieu et fut favorisée de grâces insignes, parmi lesquelles la manifestation et le don du Sacré-Cœur : « Pensant aux péchés de ma vie passée, écrit-elle, et me voulant cacher sous terre. . . N tre-Seigneur me présenta son côté ouvert, et me dit que c'était le lieu où il voulait me voir me cacher et demeurer cachée toute ma vie. Je m'y jetai aussitôt avec grand plaisir, et j'ai taché de m'y tenir toujours depuis, le mieux que j'ai pu. » En janvier 1615, après la sainte communion, il lui montra encore l'ouverture de son côté sacré et lui commanda d'y appliquer la bouche. « Et je le fis, dit-elle, et j'y portai encore mon cœur, que je n'en retirai pas; mais il y fut retenu, avec promesse de Notre-Seigneur qu'une autre fois il me donnerait le sien, ce qui me rendit toute confuse... Et il me sollicita souvent de faire cette demande, avec assurance que je ne serais pas refusée. » Malgré tout, elle n'osait faire la demande. « Enfin, raconte-t-elle, m'étant un jour prosternée aux pieds de Notre-Seigneur, et faisant avec sa Majesté des colloques pleins d'affection, en les lui baisant tendrement, il me fit reproche de mon peu de confiance, en ces propres termes : // n'y a personne qui n'eût accepté mon cœur, si je le lui eusse offert aussi bien quà vous. Et toutefois je n'eus pas encore le courage de lui faire cette requête, que j'estimais trop incivile, à cause de mon indignité. » Enfin, le 15 juin 1615, « Notre- Seigneur, dit-elle, se présente soudain devant mes yeux, et répondant à mes pensées : Je vois bien,
me dit-il, que tu te plains de moi. Mais tu ne le feras plus désormais. Voilà mon cœur que je t'avais promis; tu y trouveras abondamment tout ce que tu rais désirer. » — « Je ne veux point ici rechercher, dit l'historien, en quelle façon se fit cet admirable commerce de cœur à cœur... Je me contenterai de dire que... la suite montra qu'il s'était passé de grands changements dans l'âme de cette servante de Dieu. » Un autre jour, vers la iin de sa vie, « Notre-Seigneur lui découvrant à nu les ouvertures de ses plaies sacrées, et faisant sortir de son côté comme un torrent de flammes divines, elle qui en brûlait toute, et qui voyait que c'était là son élément et son séjour naturel, s'élança à plusieurs reprises avec une ferveur admirable au milieu de ces flammes, ne pouvant espérer de lieu plus propre à entretenir son amour que cette fournaise d'amour1. »
La dévotion pénétrait jusqu'à la cour de Louis XIII, sous des influences diverses, parmi lesquelles on peut indiquer celle d'une Carmélite. Le Garmel de la rue Saint-Jacques était très souvent visité par les dames de la cour; la reine ellemême y venait parfois; la duchesse de Longueville y était sans cesse. Tout ce grand monde aimait à respirer le parfum du cloître austère. Parmi les
1. La Vie de Mm° de NeuvUlars, miroir de perj<. les femmes ma; lies et pour les âmes dévotes, par le P. Nicolas du Saalt, s. j. Paris, 1649, 1. 3, c. 7. Réimprimé à Nantes, 1889, p. 152-158, mais avec retouches de style. Le P. Alet, 1. c. p. 2*14- 216. garde \p texte original : c'est lui que je suis, sauf pour les d<àux premiers passages, qu'il n'a pas transcrits.
saintes Carme ites qui s'y trouvaient, la V. Mère Madeleine de Saint-Joseph (1578-1637) avait un don merveilleux de pousser à la piété. Or, très dévote elle-même au cœur de Jésus, elle s'efforçait d'inspirer aux autres la même dévotion. C'est le témoignage que lui rend la duchesse de Longueville dans sa déposition : « Elle m'a quelquefois parlé en particulier d'honorer le cœur de Notre- Seigneur Jésus-Christ, de lui demander qu'il sanctifiât tous les mouvements du mien par ceux du sien très ssint et divin, et j'ai connu, par tout ce qu'elle m'en a dit, qu'elle avait une dévotion et très particulière application à. ce très sacré c di! Fils de Dieu1. »
Une autre Carmélite, la « Carmélite deBeaune », comme on la désigma couramment, exerçait, de son Carmel, une action semblable, qui s'étendil toute la France. La V. Marguerite du Saint-Sacrement (1619-16'*8) est surtout célèbre pour sa dévotion à la Sainte Enfance; mais le Sacré-Cœur tient aussi une place considérable dans sa vie. Nôtre-Seigneur, dit le P. Àmelote, son historien, « lui fit paraître son cœur comme une vaste et immense fournaise d'amour, et l'y enferma les jours et les nuits, l'espace de trois semaines ou d'un mois. Là, elle puisa toutes sortes de grâces dans leur source, et... ses progrès parurent plus grands
1. Déposition autographe de M"*' de Loagueville (pour Je procès de béatification de la V. Mère Madeleine de Saint- Joseph), dans V. Cousin, La jeunesse de Madame de Longueville, Paris, 1853, p. 437.
en un seul jour qu'ils n'avaient été auparavant en des années entières. Tantôt ce cœur divin la brûlant toute comme un feu très vif, consumait en elle ses imperfections; tantôt elle y était plongée comme dans un abime de charité... Tantôt elle y était lavée comme dans une fontaine de pureté... Elle remarqua ce double mouvement d'élévation et de compression qui a été connu dans le cœur de Jésus-Christ par d'autres saints, et elle comprit que ce cœur se resserrait afin de se remplir du divin Esprit pour soi-même, pour aimer en son propre nom Dieu le Père, pour s'offrir à lui en sacrifice, pour s'anéantir devant sa Majesté, pour s'unir à toutes ses adorables perfections, pour lui rendre tous ses propres devoirs; et qu'il -se dilatait afin d'épandre son esprit dans tous ses membres, et de communiquer à son Église, qui est son corps, la chaleur vitale qu'il avait produite pour soimême. Elle aperçut dans ce cœur un océan sans fond et sans rives d'amour envers Dieu le Père, une possession et une jouissance de sa divine bonté, un repos en son infinie béatitude, un calme et une paix qui surpassaient toute intelligence, un trésor incompréhensible de toutes les vertus... Toutefois, parmi tant de richesses et de bonheur, elle vit que ce cœur aimable avait été noyé dans des abîmes profonds de douleurs et d'amertumes. . . Mais... elle reconnut en ce cœur un si admirable transport d'amour pour ceux qui lui avaient causé tant de maux, que son courage surpassait de beaucoup sa crainte... Elle vit ce cœur admi-
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rable comme le palais sacré où étaient nées et où avaient été nourries toutes les affections de Jésus- Christ, tous ses désirs, toutes ses dévotions, toutes ses joies, toutes ses tristesses... Elle ne prenait presque point de nourriture, mais, en revanche, elle trouvait dans ce cœur sacré de Jésus-Christ un supplément surnaturel, qui la soutenait sans manger, et qui, plus noblement que n'eût fait le fruit de vie, rétablissait toutes ses forces. Il lui semblait parfois qu'il s'écoulait de ce cœur divin une sacrée liqueur dans tout son corps, taniôt en forme d'huile douce et pénétrante, tantôt comme un lait très pur, tantôt comme un baume plein d'odeur céleste, tantôt comme un suc animé, tantôt comme une manne agréable, qui ne fortifiait pas seulement son corps, mais qui produisait aussi dans son âme des effets merveilleux. Quelquefois Jésus- Christ lui disait, la tenant cachée dans ce cœur : « Je te lave de pureté », etc.1. « Un jour, Notre- Seigneur lui témoigna qu'il voulait prendre son âme pour son jardin de délices, et qu'il aurait soin de le cultiver lui-même... Il commença donc à répandre dans son âme de nouvelles vertus... Quelque temps après, il lui ouvrit son cœur divin et en fit sortir un ruisseau d'eau vive, dont il arrosa son âme. Et en même temps elle sentit une
1. Vie de Sœur Marguerite du Saint- Sacrement, 3* édition, 1. 3, c. 6, n. 2, p. 110-113, d'après Franciosi, 375-376 Le môme texte est cité par le B. Jean Eudes, Le Cœur admirable, 1. 12, c. 19: Œuvres complètes, t. VIII, p. 23^-303. Variantes sans, importance.
nouvelle vigueur d'esprit qui lui fit embrasser ces vertus avec un ravissement de joie1. »
On sait que la France attribua pour une part la naissance de Louis XIV aux prières de l'humble Carmélite. On sait moins qu'elle eut, à ce propos, une manifestation spéciale du Sacré-Cœur. « Un jour, Nôtre-Seigneur l'encouragea à lui demander de grandes grâces pour les âmes, au nom de son Enfance divine et lui donna l'espérance qu'elb s lui seraient accordées. Alors il lui fit naître une pensée très forte de le priée... qu'il lui plût de donner un Dauphin à ce royaume... Le saint Znfant se mit entre ses bras, petit comme il ét;»it au moment qu'il vint au monde, et lui ouvrant son cœur divin : « Puise, lui dit-il, ce que tu voudras dans mon cœur, rien ne te sera refusé. Je t'accorde le Dauphin que tu demandes2. »
La Vénérable Louise de iMarillac (Mlle Legras), fondatrice des Filles de la Charité (f 1659), semble avoir été, elle aussi, une dévote du Sacré-Cœur. On conserve, à la maison-mère, rue du Bac, un