‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 141 sur 242 · Vie, ibid.,c. 18, p. 513-515; Franciosi · texte numérisé non relu

Vie, ibid.,c. 18, p. 513-515; Franciosi

un refuge. Et vous me tendez la main vous-même afin d'y faire entrermon âme fatiguée de son vol... Votre cœur est encore un rocher mystérieux qu'il me suffit de frapper un peu avec le bois de la croix pour en faire sortir une eau vive qui étanche à jamais la soif de mon âme... Oh! que Ton dort doucement sur ce rocher, au bruit des eaux célestes, au souffle rafraîchissant des divines consolations! Oh! comme du haut de ce rocher vous chantez doucement ces paroles : « Viens, ma co- « lombe, la porte de mon cœur est ouverte pour « toi. Tu es mon cœur et je suis le tien; j'ai mis « mon cœur dans le tien et j'ai enfermé le tien « dans le mien, et nous n'avons tous deux qu'une « même volonté. Je te porte écrite dans mon cœur « ouvert. Tu es là comme une perle d'un prix « inestimable comme la perle du saint amour. » 0 mon Sauveur! enfermez-moi dans la citadelle de votre cœur. Placez des gardes à la porte, afin que mon âme n'y soit point troublée, mais qu'elle y jouisse de votre félicité dans la paix et le repos ' . »

Dans la famille bénédictine, la France nous fournit deux ou trois grandes abbessestrès dévotes au cœur de Jésus.

A Sainte-Croix de Poitiers, Flandrine de Nassau (1579-1640) fait représenter le Sacré-Cœur

1. P. Henri de (xrèzes, p. 887. Les mêmes textes avec quelques différences, sans importance pour la question présente, éaas Franc iosi, col. 428-431, d'après la Vie de la Véaérable par le P. Bède Weber, traduction Charles Sainte-Foi.

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sur les livres manuscrits de son monastère1. Dans la vie de Mme Françoise deNérestang, morte en 1652, abbesse de La Bénissondieu, écrite parle P. Chérubin de Marcigny, Récoliet, et imprimée à Lyon, en 1653 - , où sont recueillis quelques écrits de la pieuse abbesse, on trouve, au cours d'une élévation sur l'Eucharistie, une belle prière au Sacré-Cœur : « Comme je suis très assurée d'avoir accès dans votre cœur, puisque la charité que vous avez pour nous y loge, permettez-moi d'y faire ma retraite et mon séjour. Permettezmoi que j'entre dans ce généreux et pitoyable cœur, comme au lieu de mon refuge, pour fuir et me sauver de mes cruels ennemis... Mon doux Sauveur, vous avez voulu que votre sacré flanc fût ouvert afin de nous tenir une porte libre pour entrer chez vous. Vous avez fait que l'amour plus que la lance l'ait percé, afin que nous puissions y loger, et y être à couvert de tous les périls et persécutions du monde et de l'enfer. Je vais donc avec confiance et respect entrer dans ce favorable cœur pour n'en sortir jamais... C'est laque je veux considérer, examiner et pleurer mes péchés et en

1. Barbier de Montault, Paysages et Monuments du Poitou, Paris, 1890, t. I, p. 167.

2. C'est la date que donne M. Cucherat, à qui j'emprunte ce texte, p. 168. Voici le titre précis de l'ouvrage, tel que me le communique M. de La Bégassière, d'après Œttinger, Bibliographie biographique (au mot Nérestany) : Le Palais de la sagesse, ou le Miroir de la vie religieuse, trouvée dans la vie de la Mère de Xérestang, première abbesse de l'abbaye royale de La Bénissondieu, par le P. Chérubin de Marcigny. In-4°, Lyon, 1656. Remarquer qu'Œttinger dit : 1656. Est-ce une seconde édition, ou y a-t-il erreur de côté ou d'autre?

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demander pardon à votre divine Majesté dans ce cœur amoureux qui autre ibis en a conçu un regret inexprimable, et en a été percé d'une extrême douleur. C'est dans ce cœur sacré, infiniment saint et merveilleusement pur, et qui a en horreur les moindres imperfections, que je veux haïr toutes les miennes jusqu'aux plus légères; que je veux combattre toutes mes passions déréglées, et résister courageusement aux assauts de tous mes ennemis, espérant d'en remporter une glorieuse victoire à la faveur de cette inexpugnable forteresse. Ce sera dans ce divin cœur, qui a été affligé pour moi, que je vivrai contente dans mes mortifications et pénitences, et dans tous mes déplaisirs, afflictions, aridités, ennuis et contradictions. Ce sera là même que je souffrirai sans me plaindre les douleurs de la mort, en me ressouvenant que ce généreux cœur fut, pour l'amour de moi, accablé d'ennuis et de tristesses, au temps de son amère passion sans murmurer. C'est dans ce cœur sacré que je renouvelle l'absolue donation que je vous ai faite de moi-même, mon cher Maître, de mon âme, de mon corps, et de toutes leurs facultés et opérations ; et que je m'abandonne absolument à vous, mon adorable Rédempteur, dans une entière dé-^ pendance de tout ce que je suis et de tout ce que je puis : protestant de vouloir éternellement agir selon les inclinations de votre cœur, suivre ses conseils, me conformer à ses désirs, entrer dans tous ses intérêts et me transformeren ses affections l. » 1. D'après Cucherat, Histoire populaire de La B. Marguerite-

LA DÉVOTION AU XVIIe SIÈCLE

La Mère Mechtilde du Saint-Sacrement (1614- 1698), fondatrice des Bénédictines de l'Adoration perpétuelle, vit un jour la Sainte Vierge qui lui présentait son Fils tout blessé, le cœur ouve; qui l'invitait à chercher refuge en ce cœur. C'était vers 1637. Plus tard, dans le petit livre sur Le véritable esprit des Religieuses adoratrices , r< vers 1660, elle disait à ses religieuses : « Courons donc, mes sœurs, courons au très Saint Sacrement. Allons rassasier les désirs infinis de ce cœur adorable; communions pour le contenter. Jetons-nous à corps perdu à ses pieds sacrés, et lui disons avec un réciproque amour, le plus ardent qu'il m>us sera possible : 0 cœur divin! 0 cœur aimable! 0 cœur dont 1 excellence et la I spriment

point! Contentez vos désirs en moi, attirez-moi toute à vous pour rassasier vos désirs, nourrissezvous en votre manière, afin que je sois substantée de vous, et que vos désirs trouvent leur assouvissement entier. Communiquez à mon âme une petite parcelle de vos plus ardents désirs, et que je puissedire d'un même cœur et d'un même amour, par l'épanchement de vos sacrés désirs en moi, en communiant tous les jours : Desiderio desideravi 1. »

l Alacoque, 2e édition, Grenoble 1870, t. Vr, 1. 3, n. 1 , p. 169-170. — Le P. de la Colombie; e entrera, en 16 ports avec La Bènissondieu, et fera l'oraison funèbre de çoise II de Nérestang, ni^ce de celle-ci; il y Jettera ensui premières semences de la dévotion au Sacré-Cojur reçue de la B. Marguerite-Marie. On voit que le terrain devait êtrepr

1. Le véritable esprit des religieuses adoratrices perpétuelles du très saint Sacrement de l'autel, c. 8. p. 130-131, réédition

On remarquera dans cette belle prière, l'adresse directe au cœur de Jésus. C'était chose assez rare, bien que nous en ayons vu des exemples. On remarquera aussi cette idée, que nous croirions toute moderne, ou du moins toute dépendante des visions de Paray, de la communion quotidienne regardée comme une réponse aux désirs du Sacré- Cœur. Bien d'autres traits, dans les lettres de ia pieuse fondatrice, font mention du cœur de Jésus, et montrent une vraie dévotion 1. Rien d'étonnant que les efforts du B. Jean Eudes aient trouvé là le meilleur accueil.

Il est probable que, en étudiant la vie de Mme de Lorraine, abbesse de Mon!martre,on trouveraitdes traits semblables; car là aussi le P. Eudes trouva le meilleur accueil, et son Office du Cœur de Jésus y fut reçu dès 1668 ou 1669, avec l'approbation du Cardinal de Vendôme. Nous en dirons un mot en étudiant Faction du B. Jean Eudes.

Les différentes familles religieuses connues sous le nom général d'Ursulines nous fournissent aussi des traits intéressants.

La Vénérable Mère Anne de Xainctonge, fon-

de Paris 1900. Cette réédition paraît être la reproduction exacte de la première, dont les approbations sont de 1681 et

1. La lettre enflammée à M"* la comtesse de Chateauvieux, tirée à part par les Bénédictines de la rue Tournefort, avec l'indication trop sommaire, t. III, p. 445, ne parle pas expressément du Sacré-Cœur ; mais elle pourrait prendre place, sans désavantage, parmi les plus belles de la B. Marguerite-Marie, à coté, par exemple, de celle à sœttr de la Barge, dont nous avons donné des extraits, p. 64-C5.

datrice des religieuses de Sainte-Ursule de la très Sainte-Vierge (1567-1621), quand elle assistait à la Messe « pratiquait avec le Sauveur, dit le P. Binet, l'un de ses biographes, une sainte familiarité, s' avançant en esprit jusque sur l'autel, y baisant la précieuse plaie de son côté, et faisant un vol, pour employer ses propres paroles, bien avant dans son cœur, pour unir étroitement son âme à lui... protestant de n'en vouloir jamais sortir, qu'il ne lui eût dit de s'en aller avec l'assurance qu'il l'aimait et bénissait1. »

Parmi les Ursulinrs de Sainte-Angèle Merici. les Chroniques de l'Ordre nous indiquent bien des cas de dévotion au Cœur de Jésus. Voici ceux qu'a recueillis le P. de Franciosi.

La Mère Anne de Beauvais, de Bordeaux (1587- 1620), disait à son directeur, le P. Loy rot, jésuite, que Notre-Seigneur lui avait ôté son cœur et lui en avait donné un autre 2.

Sœur Charlotte Rouault, d'Abbeville (1618-

1. La vie parfaitement humble et courageuse d'Anne de Xainctonge, par le R. P. Binet de la Compagnie de Jésus, p. £0r du manuscrit, qui est d'environ 1635. Je dois ces indications à l'obligeance des religieuses de Sainte-Ursule de la très Sainte- Vierge (dites, à Tours, les dames de Lignac), actuellement à Sainte-Marie d'Haverloo, Bruges. Le mot auquel le P. Binet fait allusion se trouve dans les Instructions qus la V.M. Anne de X. a laissées écrites de sa main. p. 78-79, Besançon, 1747. Le texte de la Vénérable ne porte pas le mot cœur: mais la chose y est : « Je m'en vais faire un vol au côté de Notre-Seigneur, considérant pourquoi il l'a laissé ouvert. C'est afin de me témoigner son amour, et aussi pour me convier de m'y nller reposer, afin de m'unir et conjoindre étroitement avec lui. »

2. Chroniques de l'Ordre des Ursulines. Paris, 1673, 3* partie, 2* traité, p. 448; Franciosi, 382.

16H), ne désirait et ne demandait presque autre chose que d'être logée dans le cœur de Jésus. Elle y puisait des forces pour d'effrayantes austérités. Quelques jours après sa mort, une de ses sœurs la vit « attachée à ce cœur divin1 ».

La iMère Marie-Germaine Tiercelin, de Pontoisê (f 1649), vit un jour Notre-Seigneur qui lui découvrait « son côté ouvert et son cœur brûlant d'amour pour elle, lui faisant en même temps entendre que son cœur divin et le sien étaient si unis qu'ils ne faisaient plus qu'un cœur2 ».

La sœur Étiennette Guyot, de Beaune (1626- 164-2), vit uu jour Notre -Seigneur. « Il m'a dit, raconta-t-elle : Aime-moi, marche ajo'ès moi. Approche ta bouche, ma fille bien-aimée, et la~ sur la plaie de mon cœur, bois et en suce les divines liqueurs, tant que je te le permettrai3. »

La Mère de Jasse, d'Ussel (16H-1656), vit Notre- Seigneur qui changeait de cœur avec elle. « Il me plaît, lui dit-il, de prendre le tien, c'est un de mes trésors. » Puis il lui donna le sien, en lui recommandant de le conserver4.

Grâces analogues à sœur Antoinette Miette, de Roanne (1592-1657), que le P. Coton avait en grande estime : échange des cœurs, application au divin cœur pour y boire une douceur indicible5.

1. Chroniques, ibid. 3° partie, p. 114-116; Franciosi, 382-383.

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