‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 159 sur 242 · Voir Letierce, Étude, t. II, p · texte numérisé non relu

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2. Il est regardé par les Jésuites comme un des hommes qui ont le plus fait pour la Compagnie, et spécialement pour lui infuser l'esprit de saint Ignace en matière d'oraison et de spiritualité.

se désignant par le mot « quelqu'un » [quidam ) : « Ayant eu le sentiment que le Christ enverrait son cœur au cœur de -son serviteur (missurum Christum cor suum ad ejus cor), il se demandait avec crainte si cette pensée ne lui était pas inspirée par une illusion présomptueuse (arroganter per illusionem). Il sentit alors que le Christ lui donnait plus encore (ou plus d'une chose, plura) : que non seulement il lui avait envoyé son cœur de chair, c'est-à-dire son amour créé, mais aussi son cœur incréé et infini; et il ne pouvait se livrer tout entier à cette pensée (nec haec poterat plene cogitare) sans sentir en son cœur une grande émotion (motionem) et je ne sais quelle force, qui le faisait comme tomber en défaillance (et vim quamdam, in cordis quasi defectionem cogentem) {. »

Un peu plus loin : « Monte vers Dieu en esprit et en pensée (spirîtu et mente) ; que ton cœur trouve sa force dans le cœur du Christ, dans le monde céleste (consistât vis cordis tui in corde Christ? in cœlestibus) : de là tu verras Dieu avec le cœur; de là une connaissance de Dieu toute douce2. »

Toutes les pages de ces notes spirituelles respirent une grande union de cœur avec Jésus, une intimité affectueuse avec lui, l'oubli de soi pour lui et pour ses intérêts, un certain goût de l'humiliation et du

1. Epislolae P. Hieronymi Nadal, t. IV : Selecta Natalis monumenfa in ejus Epistolis commémora la; opusc. 70 : Orationis observationes,p. 701, Madrid, 1905; dans la collection des Monumenta historica socielatis Jesu. Je dois la connaissance de ce texte à l'obligeante érudition du P. Al. Brou.

sacrifice pour lui et avec lui, la vie en lui et comme une douce participation à son esprit : tous les traits qui font les vrais dévots du Sacré-Cœur.

Si nous joignons à ces faits ceux que nous avons relevés plus haut, c. ni, § 4, de saint Alphonse Rodiiguez, du P. Balthasar Alvarez, de saint Louis de Gonzague, du P. Nigri mourant, avec les textes de Fr. Decoster, de Salmeron, deTolet, de Suarez, de Ribadeneira, et, sans doute, quelques autres encore (en y ajoutant ce que nous dirons tout à l'heure de l'image), nous aurons les principaux exemples de dévotion au Sacré-Cœur signalés jusqu'ici, durant le xvie siècle, dans la Compagnie de Jésus1.

Au xvne siècle, faits et textes se multiplient avec

1. Le P. de Franciosi en indique quelques autres, que j'omets comme trop peu explicites, ou trop peu garantis : le B. Pierre Lefèvre (1503-1546) le premier et l'un des plus chers compagnons de saint Ignace, voyant dans le sang qui sort du côté percé de Jésus le symbole de la bonté qui comble de ses grâces ceux qui l'oiTensent (col. 302); Simon Rodriguez, un autre compagnon de saint Ignace, « gravant sur sa poitrine la blessure du côté de Jésus » (col, 320); le B. Alphonse Pacheco, compagnon de martyre du B. Rodolphe Aquaviva, qui, blessé à la poitrine, priait Jésus, par la blessure de son cœur, de pardonner à ses bourreaux (col. 323); Jean Lopez de Salazar, qui. près de mourir, collait ses lèvres à la blessure du côté de Jésus, priant le divin Maître, par ses plaies sacrées, de ne pas l'abandonner à ce moment suprême, et en recevait l'assurance de son salut (coi. 332); le P. Paul d'Azevedo, qui, dans ses souffrances, baisait sans cesse les plaies du crucifix (col. 332) ; le Yen. Joseph Ancliieîa, qui aurait fait bâtir, au Brésil, en 1585, une église dédiée au Sacré-Cœur, et aurait composé, dès 1562, une prière, en distiques latins, à la plaie du côté, par où l'on va au cœur de Jésus, Quapatetad Christicor via lato, pium; demandant d'entrer par là pour vivre dans ce cœur sacré, Da mihi ut ingrediar per apertum cuspide pectus, Ut possim in Domini vivere corde mei (col. 334).

une extrême abondance. Les faits mystiques n'ont rien de bien saillant; mais les textes ascétiques sur la dévotion prennent une étendue et une importance qui méritent la plus sérieuse attention de l'historien .

Pour les faits, le P. de Franciosi a recueilli, avec les traits de dévotion au Sacré-Cœur qu'il a trouvés dans les Méno loges ou les histoires de la Compagnie de Jésus, les exemples de faveurs accordées à des Jésuites dévots au Cœur divin. Je me contente de signaler quelques cas.

Le P. Jérôme Dias (1575-1624) aimait à s'fenfermer tour à tour dans chacune des plaies de Jésus. Au cœur il demandait surtout ti d'être toujours loyal avec lui ». Le P. Arnold Cath (1586- 1630) recourait souvent à Marie par le cœur de son Fils. Le P. Jean Suffren (1565-16V6) avait fait sienne la pratique tant recommandée par Loirs de Blois, et tous les jours, après sa messe, il disait : « Bon Jésus, soyez miséricordieux pour nui, pauvre pécheur. Je remets en rOti* très doux cœur le sacrifice que je viens d'offrir avec tant de tiédeur et de distractions : daignez le corriger et le perfectionner, etc. » Le P. Jean Rigoleue (1595- 1658) demandait sans cesse à Notre-Seigneur de lui changer le cœur et de lui en donner un nouveau, un cœur large, libre et magnanime. On ne dit pas expressément qu'il demandât soit le cœur de Jésus, soit un cœur semblable au cœur de Jésus, mais on devine qu'il en devait être ainsi. Ce qui le montre encore mieux, c'est la dévotion qu'il

portait aux saints dont Notre-Seigneur avait changé 1p cœur, en le transformant au sien. Le P. Antoine de Padilla(153i-1612) disait, en mourant, à Notre-Seigneur : « Qu'ai-je à craindre puisque vous m'avez dit que vous me gardez dans votre cœur? Puisque vous me gardez en votre cœur, allons où vous voudrez, il n'y a rien à craindre. » Le P Jérôme Ansaldi (1598-1652) fut vu, pendant qu'il célébrait la messe, entouré d'une nuée lumineuse, où était Notre-Seigneur, mettant son cœur dans celui de son serviteur1.

Les faits particuliers, on le voit, n'ont rien de bien baillant. C'est donc surtout dans la prédication et les écrits qu'apparaît le rôle de la Compagnie de Jésus dans l'histoire de la dévotion avant Marguerite-Marie : c'est un rôle d'apostolat et de propagande. Tel sera également le caractère de la mission que Notre-Seigneur lui donnera par la Bienheureuse Marguerite-Marie. Mais avant de parler des écrits, un mot sur les images.

Ce n'est pas un mot qu'il y faudrait; une longue étude ne serait pas de trop. On en a une première ébauche dans Desjardins2, dans Grimoiiard de Saint-Laurent3, surtout dans Letierce4. En attendant un travail, dont les éléments, je le sais, ont

1. Voit' Franciosi, col. 489-495, Clients et privilégiés du Sacré- Cœur dans la Compagnie de Jésus.

3. Deuxième période, c. 2-5, p. 40-114, passim. M. de Saint- I eurent ne traite pas à part l'iconographie du Sacré-Cœur dans la Compagnie de Jésus.

4. T. II, Notes et pièces justificatives. Le cœur de Jésus dans

EFFORTS SPECIAUX POUR ORGANISER LA DEVOTION o93

été recueillis déjà, je dois me contenter d'une indication générale.

Rien ne montre mieux que la profusion de l'image du cœur de Jésus, la généralité du mouvement qui, dès le xvie siècle, entraînait les Jésuites vers la dévotion au Sacré-Cœur. Ce fut une tendance très répandue, et qui semble se rattacher au B. Pierre Canisius, de regarder le cœur de Jésus comme faisant partie, avec le monogramme IHS, des armes de la Compagnie. Aussi le trouvet-on partout, avec le monogramme, sur leurs livres, sur leurs édifices, dans leurs églises et oratoires1. Le plus souvent, il est percé d'une lance, et combiné de façons diverses avec les trois clous, suivant la manière devenue commune, au xvie et au xvn* siècle, de représenter les cinq plaies en les groupant autour de la plai^ du cœur; quelquefois il est isolé, ou joint au cœur de Marie.

les armes de la Compagnie, p. 505-510 (d'après les notes d'un Jésuite, que le P. Letierce ne nomme pas, et qui est, si je ne me trompe, le P. Salmon).

1. Pour donner un exemple entre des centaines, j'ai sous les yeux la reproduction d'une belle gravure mise en tète d'un livre du P. Jérôme Nadal, imprimé à Anvers en 1593, et dont un exemplaire, entre autres, se voit à la Bibliothèque royale de Bruxelles. Le livre est intitulé : Evangelicx historiée imagines. La gravure représente Notre-Seigneur étendant les mains et disant : Venite ad me omnes qui laboratis et onerati cstis, et c<jo reficiam vos. Au-dessus, dans le panneau qui sert de fronton au magnifique rétable, dont les colonnes encadrent l'image de Notre-Seigneur, deux anges à genoux tiennent un cadre ovai auréolé; au milieu du cadre, le monogramme IHS, surmonté, comme d'ordinaire, de la croix posée sur la barre de l'H ; audessous du monogramme, un cœur avec trois clous fichés dans l'aorte et convergeant vers le centre.

Dans tel ou tel cas particulier, il n'est pas facile de décider si c'est directement le cœur de Jésus qui est représenté, ou si c'est le cœur du fidèle. Mais souvent c'est certainement le cœur de Jésus. Même quand il est combiné avec les clous, cV>; le cœur que l'on veut représenter, bien plus que les plaies. A plus forte raison, quand il est isolé. On le trouve même pleinement dégagé, comme cœur tout aimant et tout aimable, sans rien qui rappelle même la plaie du côté.

Pour nous borner à un cas, faisons une visite à l'église de leur ancien collège, à Poitiers (aujourd'hui; le Lycée), qui est d'environ 1610. Nous y trouvons au moins quatre fois le cœur de Jésus. Tout d'abord, dans la première chapelle latérale, du côté de l'Évangile. Des deux côtés de l'autel, deux cartouches semblables; ils contiennent, dans un cadre oval auréolé, le monogramme IHS et, au-dessous, un cœur, de forme conventionnelle; des flammes s'échappent de l'aorte, et une aigrette de flammes se dégage de chaque côté. Le cœur tient ici la place des clous dans les représentations ordinaires du chiffre de la Compagnie; c'est certainement le cœur de Jésus, au tympan intérieur de la grande porte d'entrée, sur un cartouche agrémenté de palmes et de feuillage d'olivier, la même image, monogramme et cœur; mais le cœur sans les deux aigrettes latérales. Sur la porte du tabernacle, en cuivre ciselé sur écailles, un cartouche rond, le même monogramme surmontant un cœur, sans flammes ni aigrettes, mais avec

trois clous fichés dans l'aorte1. Images analogues sur les boiseries de la sacristie.

Nous insisterons davantage sur les écrits. L ascètes et les mystiques de la Compagnie de Jésus, au xvir siècle, en marchant dans les voies tra par saint Ignace dans les Exercices spirituels, découvrent comme naturellement le cœur de Jésus et le signalent aux fidèles de toutes les façons : dans la prédication et la direction des âmes, par le livre et par l'image.

Le P. Jacques Alvarez de Paz (1560-1620), dans son monumental traité De inguisitione pacis stve .studio oratiorùs, arrive dans la seconde partie du quatrième livre, aux « affections qui servent pour le progrès dans le Lien ». Tout naturellement, il rencontre sur sa route Noire-Seigneur, et ramène tout à revêtir Jésus, c'est-à-dire à nous refaire sur le divin modèle. Le premier exercice s'occupe des puissances de l'àme pour les réformer sur l'âme de Jésus; le second a pour objet les affections de notre cœur, pour les composer à la ressemblance de Jésus. « Vous vous exercerez à réformer votre cœur, à retrancher et à mortifier tout ce qui pourrait vous empêcher de vous fondre en lui par l'amour, et de vous attacher à votre Créateur pâi l'esprit et par le sentiment. Le moyen sera l'élude et l'imitation du divin Gceur. Tout le passage

1. Renseignements dus à l'obligeance de M. Bcdet, Directeur au Grand Séminaire. M. Maurice Fouliot, de Poitiers, me signale à ce propos une maison de Toulon, 7, rue Étienitfl Petabon, sans doute un vieux couvent, dont la porte est surmontée d'un cœur avec trois aigrettes et flammes; au-dessus, le monogramme IHS. Date 1G80. Voir aussi Appendice 111.

est très beau, mais trop long pour être reproduit ici en entier. Quelques extraits en donneront l'idée : « Vous vous efforcerez d'entrer dans le cœur du Seigneur Jésus et de l'étudier pour former votre cœur sur ce modèle. Ce cœur très saint est la voie qui nous mène à l'éternelle demeure, qui est la divinité du Christ... Il est la porte par où nous entrons dans la contemplation de la divinité... Pour donc que vous puissiez monter jusqu'à la contemplation et l'amour de la divinité, vous aurez soin de pénétrer, par une considération attentive, dans le cœur du Maître, le plus saint ei le plus pur de tous les cœurs, pour tâcher, par vos aspirations dans la prière, par vos efforts dans l'action, d'avoir vous aussi un cœur semblable. En fixant ainsi les yeux de votre âme sur le cœur même du Maître, vous le venez tout pur de douze sortes de puretés. Il a été pur : i° de tout amour des biens temporels; 2° de toute obliquité d'intention; 3° de tout attrait mondain; k° de tout désir de plaire aux hommes; 5° de toute pensée inutile; 6° de tout soin superflu; 7° de toute amertume malfaisante ; 8° de toute vaine complaisance ; 99 de toute recherche de consolation bumaine; 10° de tout scrupule ou crainte inquiète; 11° de toute agitation d'impatience ; 12° de toute tache de volonté propre. De cette multiple pureté de son cœur vous louerez votre Seigneur Jésus; vous la désirerez pour vous-même, vous la demanderez par des aspirations enflammées, vous travaillerez avec entrain à l'atteindre, et ainsi vous réformerez

votre cœur. » Suit une belle prière pour obtenir de connaître et d'imiter la perfection du divin Cœur : « 0 Sauveur des hommes, Christ Jésus, dont l'œuvre est notre rédemption, dont la connaissance est le commencement de notre salut, dont l'imitation est toute la perfection, ouvrezmoi, je vous en prie, votre très saint cœur, porte de la vie et source d'eau vive, afin que par là j'arrive à vous connaître, et que là je boive les eaux de la véritable vertu, qui étanchent toute soif des biens temporels. Vous avez dit : « Le cœur de V homme est tortueux et insondable y qui le connaîtra? Moi, le Seigneur. Et moi je dis : Saint et pur est votre cœur, mais impénétrable, et qui le connaîtra? Vous, Seigneur et, pour une part, celui à qui vous voudrez bien le révéler. Ouvrez donc mes yeux, illuminez-les, pour que je voie la perfection de votre cœur, pour que je tâche, en imitant vos perfections, à rejeter les immortifications de mon cœur; pour que je repousse sans cesse ce qui n'est pas vous, ce que vous ne voulez pas, ce que vous n'aimez pas, et pour que je vous recherche avec soin, vous tout seul, ce que vous voulez, ce que vous aimez, dans la mesure où vous me commandez ou me conseillez de l'aimer. » Viennent alors douze élévations sur les douze puretés du cœur de Jésus. Suffisamment variées pour les détails et pour l'expression, elles sont symétriques dans les grandes lignes, étant toutes sur le plan marqué dans l'avis préliminaire : louange pour la qualité que l'on considère et que l'on

admire dans le cœur de Jésus, soupirs, regrets, aspirations, désirs, demande pour soi-même; résolution de se mettre à l'œuvre, en s'attacha nt à .iésus et travaillant à l'imiter dans telle sorte de pureté. Voici la première élévation : par elle on se fera une idée des autres, « Je vous rends gloire, auteur de toute sainteté, pour la première pureté de votre cœur, qui le rendit pur de tout amour des biens temporels. Vous n'avez eu d'attache pour rien de temporel, mais rejetant tout superflu, avec une grande simplicité de cœur, vous avez pris ce qui était nécessaire à votre humanité pauvrement {parce), petitement {anguste), à peine assez pour vous soutenir. Oh! si j'apprenais enfin à laisser les biens temporels, à mépriser les choses visibles, à ne pas m'attacher de cœur à ce qui passe! Oh! si d'un cœur calme, je m'en remettais de ces biens à votre bon plaisir, et si, soit que vous me les donniez, soit que vous me les ôtiez, avec eux ou sans eux, je savais toujours rester paisible et tranquille! Donnez-moi, je vous en prie, par votre très saint dénuement (nuditatem) d'aimer le dénuement {nuditatem... amem) de toutes les choses visibles, de laisser tout superflu, de rejeter tout ce qui est de luxe {curiosa) et qui n est pas selon mon état; quant aux choses nécessaires, indispensables à la vie, ou conformes à mon état, pour éviter la singularité, que je m'en serve sans attache excessive de cœur, sans m'y asservir. Et même cela, puissé-je m'efforcer de n'en avoir que dégoût, pour devenir plus conforme

a votre dénuement et prendre plus parfaitement mon vol vers mon modèle. » Les onze autres élévations se suivent sans interruption. A la fin, une prière, qui répond à peu près à celle du début : « De l'infinie pureté (mundi lia et pnri tate) de votre cœur béni, j'ai recueilli ces douze ruisseaux de pureté que j'ai appelés les douze puretés de votre cœur. Accordez-moi, je vous prie, de vous les demander toujours, d'en avoir toujours soif, d'agir toujours dans le sens de ma demande et de mes désirs. Faites que je règle ma vie en ce sens, que je m'efforce de purifier mon cœur de ses attraits déréglés. Imprimez votre cœur sur mon cœur, et rendez le mien semblable au vôtre [istud liùi assimila); nepei mettez pas que, faisant état dV-ire votre imitateur, j'aie un cœur qui ne se soucie pas de vous imiter1. » On ne saurait exagérer, ce me semble, la portée ascétique d'un tel exercice, ni la grande part qu'il tait au cœur de Jésus dans la poursuite de la perfection chrétienne. Marguerite-Marie ne procédera pas autrement; et, d'autre part, ceux qui sont familiers avec les Exercices de saint Ignace et avec sa spiritualité n'auront aucune peine à voir la continuité des belles pages d'Alvarez de Paz avec les principes et la manière du fondateur de la Compagnie de Jésus. Le livre où se trouvait cet exercice fut imprimé à Lyon en 1608, et réédité à brefs intervalles. Quoique écrit

1. De Inquisition» pacis... 1. IV, p. 2. Exercitium 2. Edition Vives, Paris, 1876, t. VI, p. 192-197. L'exercice tout entier est donné par Nilles, t. II, p. 212-219.

en latin, il est permis de conjecturer qu'il ne fut pas sans influence sur le développement ascétique de la dévotion au Sacré-Cœur, ou, si l'on préfère, sur la paît faite à cette dévotion dans l'ascétique du temps. Peut-être en saisirons-nous quelque trace au cours de cette étude.

Ce n'est pas le seul endroit de son grand ouvrage où le P. Alvarez de Paz ait fait mention du : ici- -Cœur. Il a quelque part cette belle prière : * Je vous en prie par le très ardent amour de votre cœur divin et par votre cœur humain transpercé, et par ses innombrables angoisses, imprimez mon cœur sur votre cœur transpercé... » Et à la fin de la prière : « De ces saintes vertus fortifiez mon cœur, et affenoissez-le par la transfixion de votre très saint cœur1. »

Le cinquième exercice de cette seconde partie a pour objet le désir et la demande des vertus. A la suite de Van Esch, l'auteur les rattache aux cinq plaies de J sus. La prière au Cœur divin est textuellement celle de Van Esch, que nous avons donnée ci-dessus 2.

Il y a aussi quelques mentions du Sacré-Cœur dans l'ouvrage célèbre du P. Le Gaudier (1562-

1. T. III, 1. 4, 2e partie, exercice 5. Nous avons déjà rencontré les premières phrases de cette prière dans Nicolas Van E>ch (Eschius). Voir ci-dessus, c. m, $3, p. 293. Tout à l'heure, quand le P. Alvarez de Paz parlait en son propre nom, il disait : Imprime sanclissimum cor tuum in cor meum. Ici, il dit avec Van Esch : Imprime cor meum in transfixum cor tuum. La pensée est la même de part et d'autre.

2. Avec quelques variantes, sans importance à notre point de vue actuel. Ibid. ExerciUum 5, S 3, p. 207. Voir ci-dessus, p. 293.

1622) sur La perfection de la vie spirituelle. Mais ce ne sont guère que des mentions en passant. La principale est celle-ci, dans un des chapitres sur la communion : « Son cœur (et sa volonté), plein du trésor de mérites formé de tant d'actes... à la gloire de Dieu..., brûlant comme une fournaise du plus ardent a mour pour Dieu et pour nous, s'applique à notre cœur (et à notre volonté), soit afin de consumer nos péchés, soit afin de lui donner la mesure de sa plénitude, pour aimer Dieu et le prochain en rejetant tout amour-propre, de façon que notre cœur vive de son cœur et participe à ses divines qualités à ses joies et à ses délices, et que notre volonté passe en sa volonté, et qu'ainsi nous devenions avec lui et en lui un seul cœur et une seule âme, et que nous puissions dire : Je vis, non plus moi, mais c'est le Christ qui vit en moi '. » Le V. P. Louis du Pont (da Puente), (1545-1624) au dire de son biographe, avait fait sienne la pratique, tant recommandée par Louis de Blois, d'offrir toutes ses actions et toutes ses peines à Dieu en union avec celles de Jésus, priant le divin cœur de suppléer à tout ce qui leur manquait. Dans ses Méditations, il recueille pieusement tout l'enseignement traditionnel sur la plaie du côté, et la blessure d'amour dont elle est le symbole. C'est toute la dévotion au Sacré-Cœur, idée et pratique2.

1. De perfeclione vitse spirilualis, part 5, sect. 10, c. 2. Edition de Paris, 1857, t. II, p. 542. Récemment traduit en français.

2. Méditations sur les mystères de notre sainte foi, V partie, 53* méditation. Editions innombrables.

DÉTOT10N AU S.-C. 26

Le P. Louis Laîlemant, f 1635, n'a, que je sache, rien publié ; mais il a exercé une graude influence, soit par ses exemples et ses instructions, soit par le livre de sa Doctrine spirituelle, où ses disciples recueillirent et coordonnèrent ses enseignements. Le P. Champion, qui édita l'ouvrage, dit, dans la notice qu'il mit en tête du volume : « L'esprit d'anéantissement du Fils de Dieu dans l'incarnation était îe modèle d'humilité qu'il se proposait et le Sacré-Cœur du Verbe incarné était l'école où il s'instruisait de cette vertu. C'est dans cette école et c'est de ce divin Maître qu'il avait appris cette sublime leçon d'humilité de s'oublier soi-même et de demeurer enseveli dans son néant *. »

Dans le livre, il est plus d'une fois question du Sacré-Cœur : « Nous devons consulter Notre -Seigneur sur toutes les choses qui se présentent à notre choix, et considérer quel prix elles ont dans son cœur; car il faut bannir de notre cœur tout ce que nous trouverons qui n'a point de lieu dans le cœur de Jésus. 2 »

Pour apprendre à porter les croix, il veut que nous les regardions « dans le cœur de Jésus-Christ, qui les a choisies pour nous et qui nous les présente3 ». Recommandant l'amour et le désir du mépris, il disait : « Pour avoir cet amour et ce désir du mépris, il faut l'aller puiser dans le

1. La doctrine spirituelle du P. L> Laîlemant, Paris, 1822, p. 5.

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