‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 160 sur 242 · L. c, 2e principe, saetion 1, c. 3, art. 4, S 3, p. G · texte numérisé non relu

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exact, traduit sur la traduction latine littérale qu'en ont bien voulu faire pour moi deux Jésuites de la Province de Hongrie : « Petit livre pour la dévotion des cœurs qui aiment le cœur de Jésus. Il consiste en images pieuses [cordialibus imaginibus) et en explications des images sous forme de méditations et de prières. Où toute àme fidèle peut apprendre son double état, honteux et dangereux avant sa justification, beau et sublime après ; et aussi le mode et le mouvement (fluxum) de toute la justification », etc. ' Comme on le voit, texte et images se rapportent au cœur du fidèle. Cependant le cœur de Jésus n'est pas complètement absent du livie. D'abord, il apparaît au début même du titre. De plus, il contient au moins une méditation, la première, sur le cœur de Jésus. Elle est intitulée : « Du cœur le plus noble qui soit au monde ou du cœur de Jésus embrasé d'amour. » On y lit : « Monte, ô mon àme, monte au ciel, auprès de ton Sauveur... et souviens-toi de l'ardent amour qu'il a pour son Père et pour toi... Réfléchis, ô mon âme, sur la nature du feu dont brûle ce divin cœur : il tend au ciel, et il y élève

1. C'est le titre de la première édition, tel que le donne Sommervogel, Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, t. IV, p. 27, au mot Hainal. Celui de la seconde n'en diffère que par un mot synonyme (illustratus au lieu de declaratus) et par l'orthographe (non fixée encore). Une troisième édition, Vienne 1644, a pour titre : Cor sacrum Jesu, cum imaginibus, hymnis et precibus, ce qui peut s'entendre (en hongrois, je pense, comme en latin) soit du cœur sacré de Jésus, soit du cœur consacré à Jésus. Tout semble indiquer que le second sens est le vrai : c'est le seul qui réponde au sujet du livre et au titre des précédentes éditions.

les cœurs qu'il consume. Aussi le cœur de Jésus, toujours embrasé de ce feu, se tient toujours en présence de son Père céleste. N'oublie pas, ô mon âme, que notre cœur brûlerait aussi du même feu, s'il ne s'était pas éteint dans le cœur de nos premiers parents. N'oublie pas que, rallumé par le nouvel Adam aux flammes de son propre cœur, il te consumerait encore, si ton propre péché nY vait pas étouffé ses ardeurs. 0 mon âme, ne tYloigne plus de ce foyer d'amour; plonge-toi dans ce divin cœur, et, avec lui, envo!e-toi au ciel. » La prière répond à ces pieuses réflexions : « Seigneur Jésus, l'image de votre cœur embrasé d'amour est bien faite pour réchauffer nos cœurs indifférents et coupables... Je vous en supplie, ô bon Jésus, daignez rallumer dans mon triste cœur la flamme de votre pur amour; daignez me mettre au rang de ceux que je vois, dans cette image, embrasser avec tant de zèle la cause de votre divin

1. J'emprunte ce texte au P. Letiercc, Étude, t. V\ p. 69-70. Le P. Letierce n'est pas un modèle d'exactitude. Je crois même qu'il y a des choses inexactes dans les pages qu'il consacre au P. Hajnal. Mais il est visible qu'il a eu des renseignements précis. Il ne dit pas de quelle édition il parle (lre ou 2e), ni ù les deux se ressemblent. En fait, c'est la seconde qui a été utilisée par celui auquel il doit ses renseignements; car elle est paginée, tandis que la première ne parait pas l'avoir été. Il y a, je crois, erreur quand on traduit le titre courant des 128 premières pages par : « Méditations sur le Sacré-Cœur de Jésus -, (n'est-ce pas « le cœur dévot à Jésus » qu'il faudrait lire, d'après le sens du titre, ad devolionem cordium cor Jesu amantium?) Mais il faut voirie cœur de Jésus dans le cœur entouré de flammes qu'on a mis au revers du frontispice de la seconde édition, comme le montrent les derniers mots de la prièie

406 TROISIÈME PAPTIE. — CHAPITRE V

Le P. Pierre Marie (1589-16V5) publiait, en 1642, un petit livre intitulé La science du Crucifix, où il est souvent question du Sacré-Cœur. Il dit à la reine, mère du roi, dans son Épître lédicatoire, que, dans son ouvrage, il s'en va « ouvrant les plaies et découvrant les mouvements du cœur et les desseins de JVsus-Christcruciiïé ». La neuvième « considération » de la lre partie a pour titre : « Le Crucifix nous apprend de quel amour le cœur de Jésus-Christ brûlait pour nous, et à quelle revanche d'amour nous sommes obligés '. »

Dans la tj Réflexion contenant les causes qui ont pu obliger Jésus-Christ à nous aimer », il est dît, page lOi, que « comme il y avait deux natuen lui;, divine et humaine, il y avait deux volontés et deux cœurs, pour dire ainsi, le cœur et la volonté de Dieu et celle de l'homme et de

ici traduite. Il y a erreur quand, dans l'image du cœur enflammé qui s'adapte à clique méditation, on croit trouver le cœur de Jésus. Mais ces erreurs d'interprétation n'autorisent pas à tout rejeter en bloc. Le P. Hattîer a donc été trop loin quand, dans sa réponse du 1er décem bre 1878 à M. de Grimouard de Saint-Laurent, il disait « qu'il n'était pas question du cœur de Jésus dans tout l'ouvrage ». {Les images du S.-C, p. S'S. Kattler est une faute d'impression). Quelques-uns ont cru que 1 ouvrage de 1629 n'était qu'un album, s'appuyant, je pense, sur l'indication bibliographique, 8*, ff 16, donnée par Sommervogel, l. c; mais cette indication signifie que l'ouvrage se compose de 16 feuilles in-8° d'impression, soit 25G pages (la seconde édition a 260 pages in-12). Le titre indique clairement que l'ouvrage contenait images et texte; ceux qui l'ont vu le supposent aussi. Dans la traduction latine du titre donnée dans la Bibliothèque, L c, il s'est glissé une erreur : Adaestimationem, au lieu de Ad devoiionem.

1. Page 97, 4» édition Paris, 1672. Il y a 1662 sur la feuille des titres, mais le privilège indique nettement 1672.

l'humanité » ; et que « le coeur du Verbe, le cœur de Dieu, allait déclarant, insinuant et imprimant dans le cœur et la volonté de l'homme, l'amour admirable qu'il avait pour les hommes, afin que le cœur de l'homme et de l'humanité en prit les impressions » comme la cire prend c< la figure » du sceau. Suivent, p. 105-108, de beaux développements sur l'amour « du cœur de Jésus » pour nous, cet amour « que le cœur de Dieu allumait dans le cœur de l'homme en Jésus-Christ l ».

Le symbolisme du cœur est bien effacé, ici comme chez le P. Joseph, comme chez le P. Le Gaudieret en maint autre endroit, où le mot cœur nous présente une métaphore plutôt qu'un symbole. Cependant il n'e^t pas tout à fait absent, et il suffit d'une occasion pour qu'il se ravive. C'est une remarque qu'il faudrait renouveler à chaque instant, si l'on ne supposait que le lecteur l'a toujours présente à l'esprit.

Le P. Vincent Caraffa (1585-1649), qui mourut général de la Compagnie de Jésus, a laissé divers ouvrages de piété, où il montre beaucoup de dévotion au cœur de Jésus. Dans son livre intitulé

1. Le P. Brucker fait remarquer que l'édition de 1733, comme celles qui l'ont suivie, ne dit plus rien du cœur de Jésus. Voir Eludes, 20 mai 1900, t. LXXXIII, p. 551. Elle est d'ailleurs tellement remaniée, fond et forme, que c'est à peine ie même livre. Le passage dont nous n'avons donné que de courts extraits, avait déjà été cité in extenso dans un ouvrage intitulé La dévotion ne Sacré-Cœur de Jésus-Christ, publié à Rouen en 1694, que l'on donne comme de la More d>> Bourqueny, alors Supérieure au premier monastère delà Visitation, à Rouen. Voir la réédition de Montreuil-sur-mer, 1899, p. 142-147. Y fut-il inséré dès la première édition?

Le chemin du ciel, 2e partie, il enseigne au serviteur de iMarie la pieuse pratique d'unir son cœur au cœur de Jésus tous les jours de la semaine, pour rendre hommage à la Mère de Dieu et lui demander quelque vertu4. Mais c'est surtout dans Le bouquet de myrrhe, ou Considérations diverses sur les plaies du Christ, qu'il est naturellement amené à parler du Sacré-Cœur, et il en parle beaucoup. Voici quelques passages, empruntés à la traduction française donnée par le P. Jacques Nouet en 1653. « Premier livre, xxxic Considération. Les plaies de'Jésus-Christ, le nid de l'amour divin... Demandez à changer de cœur. 0 mon Jésus, donnez- moi votre cœur. Oh! qu'il serait bien mieux dans ma poitrine que celui qui l'anime! S'il y était, comment vous aimerait-il, vous qui êtes si aimable, puisque étant dans la vôtre, il m'aime, moi qui ne mérite que votre haine.

« 3. Vivez désormais... privé de votre propre cœur, de ce cœur qui ne tient que de l'homme et de la terre, plein du cœur de Jésus-Christ, d'un cœur tout ardent et divin. 0 l'heureux changement, ô le bienheureux sort! Mais souvenez-vous que le cœur qu'on vous donne est un cœur blessé, pour vous disposer à une vie toute semblable 2. »

« Second livre, xli6 Considération. La plaie du côté de Jésus-Christ, le propitiatoire de l'arche... 0 cœur amoureux de Jésus-Christ, principe de tout notre mérite, dans lequel nous avons été sanc-

1. Letierce, t. Ier, p. 58. Cette partie fut mise à l'Index, jusqu'à correction. — 2. Page 94-95.

EFFORTS SPÉCIAUX POUR ORGANISER LA DEVOîlOIf 409

tifiés, je vous révère, je vous adore, et je confesse hautement que c'est de vous que j'ai la vie \ »

« Troisième livre, xxiv* Considération. Qu'on entre dans le cœur de Jésus-Christ parla plaie du côté.

« 1. Le côté de Jésus-Christ ouvert d'un coup de lance est la porte par où l'on entre dans son très aimable cœur2. »

« 2. Mais ce domicile du cœur de Jésus-Christ ne demande que votre cœur pour le loger : Mon fils, donnez-moi votre cœur, pour le mettre dans le mien. Heureuse union, agréable possession, très heureuse demeure dans le cœur de Jésus-Christ! Certainement, notre cœur toujours famélique et travaillé d'inquiétude, ne peut contenter sa faim, ni trouver son repos que dans le cœur de Jésus- Christ, qui est comme son centre. Il faut donc qu'il y ait de la proportion entre ces deux cœurs, comme entre le lieu et le corps qui l'occupe. Or, le cœur de Jésus-Christ, comme dit saint Bernard, fut blessé deux fois. Premièrement par l'amour, et puis par la douleur; la première fois spirituellement; la seconde corporellement... En la même façon, afin que votre cœur soit cligne du cœur de Jésus-Christ, il le faut ouvrir de deux plaies, d'amour et de douleur 3. »

1. Page 269-270. - 2. Page 356. - 3. Page 357-358. Je dois ces textes à une obligeante communication de M. R. de La Bégassière, qui les a copiés et soigneusement compares avec l'édition italienne de 1638. Le dernier, celui du livre m, est cité aussi par le P. Dufau, Trésor du Sacré-Cœur, t. VI, p 3% Le

ilO THOISTÈME PA1TÎE. — CHAPITRE V

Le P. Paul deBarry (1585-1661) est peut-être plus explicite encore. Dans Le Paradis ouvert à Philayic, il indique comme dévotion, pour le 25 novembre, l'offrande du cœur de Jésus à Marie comme le présent le plus précieux qu'on puisse lui faire, et qui lui agrée le plus; et, à ce propos, il suggère à sa PhiLgie une belle prière et un louchant éloge du Sacré-Cœur. Écoutons-le luimême : « Philagie, vous n'avez point encore fait aucune offrande à vutre chère Dame qui vaille celle-ci; oftrez-lui donc ce jourcThui le cœur de son cher Fils Jésus-Christ en satisfaction de vos ingratitudes et lâchetés à son service... et tenez pour assuré que c'est une riche offrande. Je viens de vous en tracer le sujet : agencez-le tout à votre mode, et surtout faites que le cœur parle. Ne pensez pas que ce soit une dévotion de mon invention : c'est une leçon donnée du ciel à sainte Gertrude... En suite, elle offrit à la sainte Vierge le cœur de s.>n Fils... Je vois bien, Pnilagie, que vous attendez, pour vous délivrer de peine, que je vous donne une prière dont je viens de vous marquer le sujet. J'ensuis content. La voici, et dites-la de bon cœur et plus que d'une fois en votre vie. » Suit la prière : a Reine du ciel et de la terre... me voici a deux genoux en présence de votre sacrée Majesté pour vous offrir un présent qui n'eut jamais son pareil. Ce que je vous offre, c'est le

texte de saint Bernard auquel on renvoie ici est celui de la Yltls mystica qui a été donné plus haut. L'ouvrage de Nouet a été réédité en 1858, chez Casterman.

EFFORTS SPÊCïArx POUR ORGANISER LA DÉVOTION 411

co \\v amoureux de Jésus, votre aimable Fils et mon adorable Rédempteur. N'est-ce pas le plus riche présent qui puisse vous être offert sur la terre? Ce cœur tout seul vaut mieux que quinze cent millions de mondes, quand bien tous cemondes ne seraient remplis que de Séraphins. Ce cœur tout seul vaut plus que tous les chœurs des Anges et des saints qui pourraient être, si Dieu les faisait sortir du sein <!e sa toute-puissance. Ce cœur, c'est le cœur des cœurs, le cœur tout cœur et le cœur quasi semblable au cœur de la 1res auguste Trinité; et c'est le cœur, source vivante de toutes les meilleures bénédictions et le plus bel objet de toutes vos plus chères délices, cVst ce cœur que je veux offrir, c'est le présent que je vous donne. » Il prie Marie d'agréer celte offrande, et il conclut : « Cestle bonheur que j'attends du cœur de Jésus1. »

Dans « La sainte Faveur » il indique parmi les dévotions qui nous concilient la laveur divine, une spéciale « affection à la sacrée plaie du côté de Jésus-Christ crucifié2 » ; il indique plus explicitement encore une « singulière affection au cœur de Jésus-Christ3 ». Il rappelle, à ce propos, les

1. Le Paradis ouvert à Philaqi? par cent de'votions à lu Mère de Dieu,., par ie R. P. Paul de Lî.irry. Huitième édition, Lyon. 1640, c. 12 (novembre). Dévotion v (pour le 25 novembre) p. 365-370.

2. La sainte faveur auprès de Jésus par cent dévotions au y sacrés mystères de sa sainte vie, etc. par le R. P. Paul de Barrv, 3» édition, Lyon, 1641, c. 2, n° 13, p. 171-176.

3. Ch. 5, n. S, p. 415-4^4. Cf. Un précurseur, p. 333-33:). Un précurseur d Paray-le- Montai, Le P. Paul de Barry, rw le P. Joseph Zelle, Lille et Paris ; 1000), p. 299.

doctrines traditionnelles sur le cœur de Jésus « demeure de ses amis », « asile et maison de refuge », « place d'armes, tour d'abondance », « livre des prédestinés ». Mais, fidèle à sa manière, il insiste avant tout sur la pratique : « Nos cœurs étant donc ce qu'ils sont, et le sien le cœur des cœurs... que sauvions-nous faire de plus glorieux et cordial que, donnant cœur pour cœur, lui offrir nos cœurs et aimer de cœur ce cœur tout aimable et digne des plus grands et assidus services de toutes les créatures? » « Je rapporte, ajoute-t-il, ce grand amour que nous lui devons témoigner, a quatre chefs. » Il commence par le doux souvenir « de cette fournaise d'amour et de ce béni cœur » ; il recommande « de prier Notre- Seigneur par la bonté de son cœur... avec des protestations que nous n'aurons de cœur ni d'amour que pour lui » ; « de saluer souvent le sacré cœur, surtout pour ses négligences passées », enfin de a lui offrir... les manquements survenus en nos bonnes actions.., pour en avoir le pardon », suivant la pratique tant recommandée par Louis de Blois.

Le P. Paul Lejeune (1592-1664), revenu en France après avoir été supérieur de la Mission du Canada, parlait souvent du cœur de Jésus dans ses lettres de direction, dont plusieurs ont été recueillies et publiées1. La 98e du recueil est intitulée : « De l'union de cœur avec Jésus-Christ. »

1. Lettres spirituelles... revues par le R. P. Fressencourt, Paris, 1875.

Il y est à chaque instant question du cœur de Jésus. « Ma Révérende Mère... Votre cœur et tous ceux de vos filles sont répandus dans vos lettres... Je les ai tous présentés à Notre-Seigneur, et les ai comme enchâssés dans le sien, sur lequel je désire en faire un sacrifice au Père éternel. Mais, ma chère fille, prenez garde que tous les cœurs s'accommodent au cœur de Jésus-Christ; ce cœur adorahle doit être la règle des nôtres. C'est pour cela qu'il nous sépare du monde, nous voulant donner des moyens plus particuliers de former nos cœurs sur le sien, qui est un cœur de sacrifice, et qui jamais n'aime et ne retient rien pour soi, mais reporte tout à son Père et à ses frères; jamais n'eut un mouvement d'estime de soi-même... Jamais il ne prit aucun plaisir pour soi... Jamais cet aimable cœur ne se porta et ne se détermina de lui-même à quoique ce soit... Ce cœur si plein de lumière, si plein de droiture... attendait icibas les ordres de son Père, de saint Joseph et de sa sainte Mère... Hélas! où sont nos cœurs quand ils s'empressent...? Ah! mes chères Mères, qu'ils se conforment peu au cœur de Jésus! » Il voyait là toute une spiritualité : « Ah ! mes chères filles, entendez-vous bien cette haute et profonde spiritualité4 ?»

Dans une autre lettre, il recommande avant tout à une ame qui veut se ressaisir de s'offrir « à Dieu dans le cœur de Jésus2 ».

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