‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 189 sur 242 · Oeuvres complète*, t. VI, p · texte numérisé non relu

Oeuvres complète*, t. VI, p

rable et très aimable cœur de mon aimable Jésus, et pour éviter, autant qu'il est en mon pouvoir, de tomber en un semblable malbeur, je vous orne mon cœur, avec tous les mouvements dont il est capable ; je me donne tout entier à vous, et dès cette heure je proteste très sincèrement, ce me semble, que je désire m'oublier moi-même et tout ce qui peut avoir du rapport avec moi, pour lever l'obstacle qui pourrait m'empêcher l'entrée de ce divin cœur, que vous avez la bonté de m'ouvrir, et où je souhaite entrer pour y vivre et mourir avec vos plus fidèles serviteurs, tout pénétré et embrasé de votre amour. J'offre à ce cœur tout le mérite, toute la satisfaction de toutes les messes, de toutes les prières, de toutes les actions de mortification, de toutes les pratiques religieuses, de toutes les actions de zèle, d'humilité, d'obéissance et de toutes les autres vertus que je pratiquerai jusqu'au dernier moment de ma vie. Non seulement tout cela sera pour honorer le cœur de Jésus et ses admirables dispositions ; mais encore je le prie d'accepter la donation entière que je lui en fais, d'en disposer en la manière qui lui plaira et en faveur de qui il lui plaira. » Le Père explique ensuite, avec cette précision et ce sens pratique qu'il garde jusque dans ses élans les plus vifs et ses mouvements les plus généreux, comment il concilie cette offrande totale d'abord avec la cession qu'il a faite aux âmes du purgatoire de tout le mérite satisfactoire de ses œuvres, ensuite avec les exigences de la charité ou les obligations diverses

qu'il peut avoir de dire des messes et de prier à des intentions demandées. Pour les âmes du purgatoire, il désire que tout « leur soit distribué selon ie bon plaisir du cœur de Jésus ». Pour les autres intentions, comme il se servira alors d'un bien qui ne lui appartient pas, il prétend, comme il est juste, que l'obéissance, la charité et les autres vertus qu'il pratiquera en ces occasions, soient toutes au cœur de Jésus, où il aura pris de quoi exercer ces vertus, « lesquelles par conséquent lui appartiendront sans réserve ». On voit si le don est complet. Que demande-t-il en retour? Il nous le dit dans l'admirable prière finale, qui nous fait voir jusqu'au fond de cette belle âme : « Sacré cœur de Jésus, apprenez-moi le parfait oubli de moi-même, puisque c'est la seule voie par où Ton peut entrer en vous. Puisque tout ce que je ferai à l'avenir sera à vous, faites en sorte que je ne fasse rien qui ne soit digne de vous. Enseignez-moi ce que je dois faire pour parvenir à la pureté de votre amour, duquel vous m'avez inspiré le désir. Je sens en moi une grande volonté de tous plaire, et une grande impuissance d'en venir à bout, sans une grande lumière et un secours très particulier que je ne puis attendre que de vous. Faites en moi votre volonté. Seigneur! Je m'y oppose, je le sens bien, mais je voudrais bien, ce me semble, ne m'y pas opposer. C'est à vous à tout faire, divin cœur de Jésus-Christ! Vous seul aurez toute la gloire de ma sanctification, si je me fais saint : cela me parait plus

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clair que le jour; mais ce sera pour vous une grande gloire, et c'est pour cela seulement que je veux désirer la perfection. Ainsi-soit-il ! Amen ' ! »

Comme il avait transcrit le récit pour son usage personnel, il avait écrit l'offrande avant tout pour lui-même. L'offrande, en montrant dans le P. de la Colombière l'âme toute dévouée au Sacré-Cœur, donnait en même temps une idée de la dévotion, et un modèle pour l'une de ses pratiques principales. C'était un acte de dévotion privée; elle servit à propager le culte dans le public. Le P. Croiset n'allait pas tarder à l'insérer dans son livre 2.

i. Œuvres complètes, t. VI, p. 121-127. Même texte, sauf variantes sans importance, dans Croiset, p. 179.

2. Les circonstances où fut écrite l'Offrande nous sont inconnues. L'éditeur de 1901 dit par deux fois que, suivant le P. Croiset, « cette formule de consécration au Sacré-Cœur de Jésus est, sauf quelques modifications, la consécration que le V. P de la Colombière fit à Paray le 21 juin 1675 ». Œuvres com. plèles, t. VI, p. 127; cf. loc. cit., p. xiv. Il le dit également dans son Histoire du Y. P. Cl.de la Colombière, p* 178. Le P. Haraon adopte la même opinion, p. 190, en s'en référant à « la tradition ». Le P. Croiset dit seulement ceci : « Le P. de la Colombière... ayant connu par sa propre expérience combien la dévotion au Sacré Cœur de Jésus était propre pour embraser bientôt un cœur d'un grand amour de Jésus-Christ, et pour arriver en peu de temps à une haute perfection, composa luimême cette Offrande, qu'il renouvela plusieurs fois chaque mois avec beaucoup de dévotion. » 3e partie, c. iv, p. 179; cf. lrt partie, c. n, p. 10, où il est dit que le Père se consacra entièrement au Sacré-Cœur, sans mentionner aucune formule. At-on quelque autre texte? Il circule une autre consécration « pour les personnes religieuses, contenant la rénovation des vœux », attribuée au P. de la Colombière. Elle commence ainsi : o 0 mon adorable Rédempteur, je me donne et me consacre à votre sacré cœur », etc. Je la trouve sous son nom,

Quant au récit de l'apparition, outre son effet immédiat, qui, on le devine, fut très grand, sa publication dans la Retraite spirituelle, allait avoir un contre-coup imprévu sur l'apostolat même de notre Sainte. Ce ne fut pas sans « des confusions effroyables » pour elle-même, comme elle dit plus d'une fois et comme il est facile de s'en rendre compte. Dans le public, on pouvait ne pas savoir à qui le P. de la Colombière faisait allusion; mais dans l'entourage de la Bienheureuse, dans les monastères où elle était un peu connue, le mystère fut vite percé, Marguerite-Marie le sent, et elle en souffre plus qu'on ne pourrait dire; mais, d'autre part, qu'elle est heureuse du progrès de sa chère dévotion!

11 y a dans toute sa correspondance nn mélange exquis de ces deux sentiments. Quand Mère de Soudeilles imprime à Moulins, 1687, le petit livret d'exercices en l'honneur du Sacré-Cœur, avec l'extrait de la Retraite spirituelle du P. de la Colombière où il était question d'elle et de la* grande apparition, elle en ressent des « confusions effroyables ». Mais elle s'essaye à ne pas faire « attention ni réflexion sur cela » pour être à la joie « de voir cette dévotion se soutenir et s'insinuer d'elle-même l ».

dès 1725, dans une édition toute remaniée de La dévotion au Sacré-Cœur, du P. Croiset, p. 216. Je ne sais rien de son origine; mais elle est digne du P. de la Colombière.

1. Lettre lviii (lix), t. Il, p. 115(152); G. lxiv et lxv, 353-354. Le livret de Moulins existe encore. Les Visitandines de Nevers en ont un exemplaire. Il contient l'extrait du P. de la Colom

Il y eut, à Paray même, une scène que lune des contemporaines, la Sœur Péronne-Rosalie de Farires, a racontée dans sa déposition au procès de 1715. On lisait au réfectoire la Retraite spirituelle du P. de la Colombière. On arriva à l'endroit « où il parle lui-même des choses qui lui avaient été prédites par une sainte àme de ce qui lui devait arriver en Angleterre, et au sujet de la dévotion au Sacré-Cœur ». Sœur de Farges remarqua « que la vénérable Sœur baissait les yeux, et était dans un profond anéantissement... En récréation, au sortir du réfectoire, elle dit à la Sœur Alacoque : « Ma chère Sœur, vous avez bien eu votre compte aujourd'hui, et le R. P. de la Colombière ne pouvait pas mieux vous désigner ! » A quoi elle répondit quelle avait bien lieu d'en aimer Son abjection1. »

En pareilles occasions, la sainte souffrait donc plus qu'on ne peut dire.

Mais elle en profitait pour faire valoir sa chère dévotion. Jusque-là, dit-elle, « je ne trouvais encore point de moyen de faire éclore la dévotion du sacré Cœur, qui était tout ce que je respirais 2 ». Sans doute, elle parlait du Sacré-Cœur à quelques intimes; et elle le faisait en termes enflammés 3.

bière, la petite consécration, l'amende honorable au cœnr de Jésus, les litanies du cœur de Jésus et celles du cœur de Marie. Voir A. Hamon, l. c, p. 410.

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