‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 20 sur 242 · Lettre xeni, t. II, p. 187 (222), G. xxix · texte numérisé non relu

Lettre xeni, t. II, p. 187 (222), G. xxix

vant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu'il les répande par ton moyen, et qu'il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors. » Il y a là tout ce qu'il faut « pour les retirer de l'abîme de perdition ». « Je t'ai choisie, ajouta-t-il, comme un abîme d'indignité et d'ignorance pour l'accomplissement de ce grand dessein, afin que tout soit fait par moi. » Suit une de ces scènes symboliques fréquentes dans la vie des saints. Jésus prit le cœur de sa servante et « le mit dans le sien adorable ». Il l'en retira « comme une flamme ardente en forme de cœur », et le remit en place, ajoutant entre autres choses : « Jusqu'à présent, tu n'as pris que le nom de mon esclave; je te donne celui de la disciple bien-aimée de mon sacré Cœur1. »

Ainsi le Sacré-Cœur se découvre, il se montre passionné d'amour pour les hommes; il veut se manifester à eux et les enrichir de ses trésors de sa notification et de solut. Marguerite-Marie est l'instrument qu'il a choisi pour ses desseins.

Secssde grairée apparition.

(1673 ou 167^.

Vimaqe symbolique; dernier effort de l'amour : rédemption amoureuse par le Sacré-Cœur; mission de Marguerite- Marie.

Après aToâr dk au P. Croiset, dans la lettre

L Mémoire, t. II, p. 325 (35%; ttffni sur G. n. 53, p. OK70i

LFS GRANDES APPARITIONS 23

citée, qu'elle ne croit pas nécessaire de rien spécifier, Marguerite -Marie ajoute aussitôt : « Après cela, ce divin Cœur me fut présenté », etc. Suit une description détaillée et le récit crime vision. On s'est demandé s'il y avait là une scène distincte de la précédente, ou seulement des détails nouveaux sur la même scène. Les vraisemblances sont pour une scène distincte, puisque ici la sainte voyante spécifie, et que les circonstances sont tout autres1. Mais peu importe le temps, pourvu qu'on remarque la progression dans la manifestation du Sacré-Cœur.

Nous avons maintenant une vision symbolique du cœur lui-môme, en dehors du corps, qui n'apparaît pas. Il était « comme dans un trône de flamme, plus rayonnant qu'un soleil et transparent comme un cristal, avec cette plaie adorable. Il était environné d'une couronne d'épines » et surmonté d'une croix. Après avoir expliqué le symbolisme des épines et de la croix, Marguerite-Marie ajoute : • Il me lit voir que l'ardent désir qu'il avait d'être aimé des hommes et de les retirer de la voie de perdition, où Satan les précipite en foule, lui avait fait former ce dessein de manifester son Cœur aux hommes avec tous les trésors d'amour, de miséricorde, de grâce, de sanctification et de salut qu'il contenait. » Pour avoir part « à ces divins

1. Avec le texte tel que l'avait arrangé le P. Croi^et dans son Abrégé, p. 45, il est impossible de séparer les deux scèntexte vrai laisse plus de latitude, et il est curieux que le P. LtUierce, t. Ier, p. 167, s'appuie précisément sur les découvertes nouvelles pour ne pas les séparer.

trésors du cœur de Dieu », que faut-il ?« L'honorer sous la figure de ce cœur de chair. » Suivent des promesses de grâces et de bénédictions pour ceux qui rendraient honneur à l'image même de ce Sacré-Cœur. « Cette dévotion, reprend la sainte voyante, en rapportant les paroles de Nôtre- Seigneur, était comme un dernier efîort d« son amour qui voulait favoriser les hommes ea ces derniers siècles » d'une sorte de « rédemption amoureuse, pour les retirer de l'empire de Sataa», et « pour nous mettre sous la douce liberté de l'empire de son amour ». — « Voilà, conclut Notre-Seigneur, les desseins pour lesquels je t'ai choisie *. »

Nous n'avons pas seulement ici le Sacré-Cœur découvert; il y a le désir d'un culte spécial nettement manifesté, avec promesses magnifiques pour une des formes de ce culte (l'honneur rendu à l'image) ; il y a le but de Jésus indiqué, avec la mission de Marguerite-Marie annoncée et spécifiée. Tout cela va se préciser de plus en plus.

Troisième grande apparition.

(probablement en 1674).

Le Sacré-Cœur rayonnant d'amour ; culte d'amour réparateur : communion fréquente, communion des premiers vendredis, heure sainte.

Jusqu'à présent, les grandes apparitions nous

1. Lettres inédites, iv, p. 141-142; revu sur G. cxxxih, 567.

ont montré le Sacré-Cœur plein d'amour, plein de grâces, qu'il ne veut que répandre, appelant un culte d'amour et d'honneurs. Nous allons voir cet amour comme méconnu, appelant un culte d'amour réparateur. C'est encore par le Mémoire que nous connaissons cette nouvelle apparition.

Nulle date. Mais le contexte semble indiquer un premier vendredi du mois, et il est dit expressément que le Saint-Sacrement était exposé. Quelques auteurs la mettent un jour dans l'Octave du Saint-Sacrement, d'autres le 2 juillet, fête de la Visitation, 167^. Je ne sais s'ils sont arrivés là en tenant compte des deux données indiquées, en même temps que des usages de la Visitation. De notre point de vue, la date précise importe peu.

Un jour donc que le Saint-Sacrement était exposé, Notr^-Seigneur se présenta à elle « tout éclatant de gloire, avec ses cinq plaies brillantes comme cinq soleils... De cette sacrée humanité sortaient des flammes de toutes parts, mais surtout de son adorable poitrine, qui ressemblait (à) une fournaise ». La poitrine s'ouvrit, laissant à découvert le « tout aimant et tout aimable Cœur, qui était la vive source de ces flammes ». Notre-Seigneur lui fît voir « les merveilles inexplicables de son pur [amour], et jusqu'à quel excès il l'avait porté, d'aimer les hommes. » Mais il n'en recevait en retour « que des ingratitudes et méconnaissances ». Et cela, lui dit le divin Maître, lui était beaucoup plus sensible que tout ce qu'il avait souflert en sa passion : « d'autant, ajouta-t-il, que

26 PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE Tï

s'ils me rendaient quelque retour [d] amour, j'estimerais peu tout ce que j'ai fait pour eux, et voudrais, s'il se pouvait, en faire encore davantage; mais ils n'ont que des froideurs et du rebut pour tous mes empressements à leur faire du bien. »

Cet amour méconnu demande une réparation. Il la demande d'abord à sa servante bien-aimée. Toi, du moins, « donne-moi ce plaisir de suppléer à leur ingratitude, autant que tu en pourras être capable ». Humblement elle lui remontrait son impuissance. « Tiens, lui dit-il, voilà de quoi suppléer à tout ce qui te manque. » Ce disant, il entrouvrait son cœur; « il en sortit une flamme si ardente » qu'elle pensa en être consumée. Ne la pouvant soutenir, elle lui demanda d'avoir pitié de sa faiblesse. « Je serai ta force », lui dit-il. Alors il lui indique des pratiques précises à faire en cet esprit d'amour réparateur. « Premièrement, tu me recevras dans le saint Sacrement autant que l'obéissance te le voudra permettre...; tu communieras de plus tous les premiers vendredis de cbaque mois. » Enfin, Notre-Seigneur veut qu'elle ait part, toutes les nuits du jeudi au vendredi, à la mortelle tristesse qu'il sentit au Jardin des Olives. « Pour m'accompagner dans cette humble prière que je présentai alors à mon Père parmi toutes mes angoisses, tu te lèveras entre onze heures et minuit, pour te prosterner pendant une heure avec moi, la face contre terre, tant pour apaiser la divine colère en demandant miséricorde pour les pécheurs, que pour adoucir en quelque

LES GRANDES APPARITI

façon l'amertume que je sentais de l'abandon de mes apôtres... Et pendant cette heure tu feras ce que je t'enseignerai *. »

Ici, on le voit, la dévotion se dessine comme une dévotion d'amour réparateur envers l'amour méconnu,de compassion affectueuse à l'amour souffrant, et aussi, en quelque sorte, d'union amoureuse à Jésus victime pour l'amour des hommes, demandant pour eux pitié et pardon. Notre gneurne fait ici la demande qu'à Marguerite-Marie. Mais ces pratiques, de la communion fréquente en esprit d'amour et de réparation, de la communion des premiers vendredis ou communion réparatrice, de la veillée au Jardin ou heure, sainte, se sont généralisées dès les débats, connu dant à l'esprit de la dévotion. Y uve-

ronssur notre route. Notre-Seigneur va d'ailleurs généraliser lui-même et préciser encore.

La grande apparition.

(dans l'octave du Saint-Sacrement, 1675).

t Voilà ce Cœur quia tant aimé les hommes. » Une fête de réparation. Le P. de la Colombière.

Nous arrivons à ce qu'on peut appeler la grande apparition parmi les grandes apparitions. Le P. de la Colombière, qui y était intéressé, en eut con-

1. Mémoire, t. II, p. 327-328 (381-382); G. n. 55-57, p. 71-72.

naissance dès les premiers jours qui suivirent l'événement, et en fit écrire le récit par sa sainte pénitente. C'est ce récit qui, transcrit par lui dans sa retraite de Londres, février 1677, fut publié avec le journal de ses retraites spirituelles, et livra au public le secret des apparitions, sans désigner d'ailleurs aux non-initiés ni le monastère ni la voyante. C'est ce même récit qu'on retrouve, avec quelques légères variantes, dans le Mémoire autographe, transcrit probablement par Marguerite-Marie sur l'imprimé du P. de la Colombière4.

Elle eut lieu dans l'octave du Saint-Sacrement. L'année n'est pas indiquée. Mais comme le P. de la Colombière était à Paray, ce ne peut être qu'en 1675 ou 1676. Tout indique 1675, date donnée par les contemporaines2. Comme d'ailleurs il y a des raisons, non décisives cependant, de croire qu'elle eut lieu le dimanche, on peut la dater, comme on fait souvent, du 16 juin 1675. Voici le récit, tel qu'il est dans le Mémoire autographe .

Elle était devant le Saint-Sacrement, et Dieu la comblait « des grâces excessives de son amour ». Comme elle désirait « lui rendre amour pour amour » pour le payer de « quelque retour », il lui dit : « Tu ne peux m'en rendre un plus grand qu'en faisant ce que je t'ai déjà tant de fois demandé. » A quoi au juste font allusion ces

1. Il est possible aussi que le récit rédigé pour le P. de ia Colombière eût été gardé par la sainte dans ses papiers

Page 1