Vie et Œuvres, t. I, p. 94 (125); G. n. 151, p
paroles, rien ne l'indique nettement. On devine qu'il s'agit de répondre aux intentions du Maître, en établissant le culte du Sacré-Cœur; peut-être est-il question, plus au précis, de s'ouvrir à sa supérieure ou à son directeur des intentions du Sauveur à ce sujet. Notre-Seigneur va, du reste, manifester nettement ce qu'il désire. Lui découvrant son cœur, il lui dit : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu'il n'a rien épargné jusqu'à s'épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu'ils ont pour moi dans ce sacrement d'amour. Mais ce qui m'est encore plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi1. »
Jusqu'à présent, rien de bien nouveau dans cette apparition, sauf cependant la mention spéciale des outrages reçus dans l'Eucharistie. Ce qui suit Test tout à fait.
Notre-Seigneur ajouta : « C'est pour cela que je te demande que le premier vendredi d'après l'octave du Saint-Sacrement soit dédié à une fête particulière, pour honorer mon Cœur, en communiant ce jour-là, et en lui faisant réparation d'honneur par une amende honorable, pour réparer
1. Dans le texte transcrit par le P. de la Colombière, il y a : • Mais ce qui est (ou m'est) encore plus rebutant, c'est qu« ce sont des cœurs qui me sont consacrés! • Ce qui est autrement vif. Il est curieux que la sainte ait adouci elle-même.
les indignités qu'il a reçues pendant le temps qu'il a été exposé sur les autels. » Notre-Seigneur demande donc un culte public, qui ait sa fête, et qui ait ses pratiques déterminées. « Je te promets, ajouta-t-il, que mon Cœur se dilatera pour répandre avec abondance les influences de son divin amour sur ceux qui lui rendront cet honneur et qui procureront qu'il lui soit rendu *. »
Mais le moyen d'établir cette fête? C'est la troisième phase de l'apparition. Dans son Mémoire, Marguerite-Marie abrège un peu. Dans le récit écrit pour le P. de la Colombière, la scène est très vivante : « Mais, mon Seigneur, à qui vous adressez-vous? » Et elle insiste sur son indignité de « chétive créature et pauvre pécheresse ». « Hé! pauvre innocente que tu es, lui dit Notre-Seigneur, ne sais-tu pas que je me sers des sujets les plus faibles pour confondre les forts? » — « Donnez-moi donc, lui dit-elle, le moyen de faire ce que vous me commandez. — Adresse-toi à mon serviteur Jésus désigna le P. de la Colombière, qui était alors supérieur de la petite résidence des Jésuites à Paray), et lui dis de ma part de faire son possible pour établir cette dévotion et donner ce plaisir à mon divin Cœur. » Notre- Seigneur ajouta que les difficultés ne manque-
1. Mémoire, dans Vie et OEuvres, t. II, p. 355 (2a édition, p. 413 . G. n. 92, p. 102. Dans le premier récit, il n'y a pas : et qui procureront qu'il lui soit rendu. C« n'est guère qu'à partir de 168ôque notre sainte a eu l'attention attirée sur l'apostolat du Sacré-Cœur.
LES Gf! ANDES APPARITIONS 31
raient pas; « mais il doit savoir que celui-là est tout-puissant qui se défie de soi-même, pour se confier uniquement en moi1 ».
Avec cette apparition, la dévotion entre dans une phase nouvelle, et cela de deux laçons. D'abord Notre-Seigneur demande un culte public, en particulier l'établissement d'une fête. Puis, les desseins de Jésus se manifestent au dehors. Jusque-là, Marguerite-Marie en disait ou écrivait quelque chose pour sa supérieure et pour ceux que celle-ci voulut consulter; mais très discrètement, comme on le voit par les notes remises à la Mère de Saumaise et conservées par celle-ci. La communication faite au P. de la Colombie re fut pleine et nette. Et dès lors, comme nous le verrons plus loin, les desseins de Notre-Seigneur entrèrent en voie d'exécution : la dévotion commença de se propager.
Le message pour te roi.
Le Sacré-Cœur honoré dans le palais des rois; son image sur l'étendard royal; un édifice en son honneur, et un hommage solennel. Perspectives d'avenir.
Avec ces trois ou quatre grandes apparitions,
1. Texte composite, d'après la Retraite spirituelle du P. de la Colombière, texte ancien et texte des Œuvres complètes, (voir ci-dessus, c. i, S 1, n. 1, a); un peu différent des Contemporaines, G. n. 151-153; est aussi dans Croiset, lr# partie, c. 2.
la dévotion au Sacré-Cœur est constituée en ellemême. Il ne reste qu'à la propager et à l'établir. Nous verrons comment cela se fit petitement et peu à peu durant les quinze années que vécut encore Marguerite-Marie. Pendant treize ou quatorze ans, il ne semble pas qu'il y ait eu de révélations saillantes (à part les promesses, dont nous parlerons). Mais, en 1689, de nouveaux horizons s'ouvrent. Jésus veut que la précieuse dévotion soit proposée au roi; que Louis XIV se consacre au Sacré-Cœur; qu'il l'honore publiquement, qu'il lui bâtisse une chapelle, et qu'il fasse mettre son image dans les armes royales et sur ses étendards.
De ce nouveau désir du Sacré-Cœur la sainte voyante ose à peine parler, même à sa confidente intime, la Mère de Saumaise, tant cela dépasse les possibilités humaines. Elle s'exécute pourtant, suivant le mouvement qui lui en est donné. C'est le 17 juin 1689, vendredi après l'octave du Saint- Sacrement (aujourd'hui fête du Sacré-Cœur).
Dans quelles circonstances précises lui a été faite cette nouvelle révélation? Elle ne le dit pas. Mais encore sous l'influence des lumières reçues, elle écrit : « 11 régnera, cet aimable Cœur, malgré Satan et ses suppôts. » Et après avoir dit les grâces réservées à la Visitation et les desseins miséricordieux du Sacré-Cœur pour le salut des âmes, elle ajoute qu'il « a encore de plus grands desseins, qui ne peuvent être exécutés que par sa toute-puissance, qui peut tout ce qu'elle veut » ; il désire « entrer avec pompe et magnificence
dans la maison des princes et des rois, pour y être honoré autant qu'il a été outragé, méprisé et humilié en sa passion ». Il faut qu'il ait autant de joie « de voir les grands de la terre abaissés et humiliés devant lui, comme il a senti d'amertume de se voir anéanti à leurs pieds ». Elle a entendu sur ce sujet des paroles précises, destinées au roi : « Fais savoir au fils aîné de mon sacré Cœur... que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte enfance, de même il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu'il fera de lui-même à mon Cœur adorable, qui veut triompher du sien, et par son entremise de celui des grands de la terre. » Ici le message se précise : « Il veut régner dans son palais, être peint dans ses étendards, et gravé dans ses armes '. » — « Vous aurez sujet de rire, ma bonne Mère, ajoute l'humble fille, de ma simplicité à vous dire tout cela ; mais je suis le mouvement qui m'en est donné au même instant. » Elle finit en demandant le secret.
Mais le secret ne saurait être que relatif, puisqu'il y a un message à transmettre. Elle y revient donc (28 août 1689) et précise quelques points. « Le Père éternel voulant réparer les amertumes et angoisses que l'adorable Cœur de son divin Fils a reçues dans la maison des princes de la terre, parmi les humiliations et les outrages de
1. Lettre xcvm, Vie e4 Œuvres, t. II, p. 200 (2# édition, lettre xcvu, p. 2:34); G. c, 434436.
DÉVOTTON AU S.-C. S
sa passion, veut établir son empire dans la cour1 de notre grand monarque. » On voit que le ton s'élève avec le sujet. Dieu veut donc se servir du roi « pour l'exécution de ce dessein ». Qu'y a-t-il à faire? « Un édifice où serait le tableau de ce divin Cœur, pour y recevoir la consécration et les hommages du roi et de toute la cour » ; le Sacré-Cœur a choisi le roi « comme son fidèle ami pour faire autoriser la messe en son honneur par le Saint-Siège apostolique, et en obtenir tous les autres privilèges, qui doivent accompagner cette dévotion de ce sacré Cœur ». En retour de ce service, il fait au monarque de magnifiques promesses de biens temporels et spirituels, pour icibas et pour là-haut. « Heureux donc, conclut-elle, s'il prend goût à cette dévotion, qui lui établira un règne éternel d'honneur et de gloire dans ce sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, lequel prendra soin de l'élever et le rendre grand dans le ciel devant Dieu son Père, autant que ce grand monarque en prendra de relever devant les hommes les opprobres et anéantissements que ce divin Cœur y a soufferts. »
Mais comment faire arriver le message au roi? Dieu compte pour cela sur le P. de la Chaise. Celui-ci n'aura « jamais fait d'action plus utile à la gloire de Dieu ni plus salutaire à son âme, et dont il soit mieux récompensé, et toute sa sainte congrégation ». L'entreprise est difficile. « Mais Dieu