‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 22 sur 242 · Les éditrices de Paray ont lu : dans U cœur · texte numérisé non relu

Les éditrices de Paray ont lu : dans U cœur

est sur tout. » La Mère de Saumaise avait émis Tidée d'en écrire à la supérieure de Chaillot. Celle-ci pouvait facilement amorcer la chose. L'idée est approuvée1.

Un peu plus tard, 15 septembre 1689, elle en écrit encore au P. Croiset; mais comme elle ne s'est pas encore ouverte à lui de ses visions, elle se contente de lancer l'idée, et, tout en disant qu'il faut « laisser agir la puissance de cet adorable Cœur », elle essaie de mettre son correspondant en quête de moyens pratiques2.

La démarche, on le sait, ou ne fut pas faite, ou n'eut pas de suite auprès de Louis XIV. Mais l'idée n'est pas morte. Bien des dévots du Sacré- Cœur gardent l'espoir qu'un jour se réaliseront les desseins du coeur de Jésus. La basilique de Montmartre, l'étendard de Patay, la consécration de 1873, à Paray-le-Monial, sont pour eux, en même temps qu'un commencement de réalisation, une promesse d'avenir. La demande du Sacré-Cœur à Louis XIV n'est pas pour eux un simple fait historique : ils la regardent comme toujours actuelle, comme toujours à réaliser. 11 faut se rappeler cela pour comprendre l'histoire de la dévotion dans le passé; se le rappeler aussi pour s'expliquer son

1. Lettre civ, Vie et Œuvres, t. II, p. 212 C360) Revu sur G. cvn, 454.

2. Lettres inédites, lettre m, p. 122, 123, 131 ; G. cxxxir, p. 550, 555, M. Hamon, p. 435, croit que la lettre civ de lie el vres, citée ci-dessus, doit être postérieure à celle-ci. Mais la date de la lettre civ est donnée par un des manuscrits de Paray.

caractère social dans le présent et ses perspectives d'avenir.

Vision du 2 Juillet 1688.

Mission confiée aux religieuses de la Visitation et à la Compagnie de Jésus.

Pour réaliser les desseins du Sacré-Cœur, il fallait des instruments. Notre-Seigneur avait choisi pour commencer une Visitandine et un Jésuite; il voulut que les Visitandines et les Jésuites fussent, comme d'office, les apôtres de la nouvelle dévotion. Sans exclure aucune bonne volonté, en faisant appel à tous, il donna commission à quelques-uns d'y travailler spécialement; il leur en fit un devoir de vocation, leur promettant, s'ils étaient fidèles à leur mission, une plus large part des trésors renfermés dans le Sacré-Cœur.

Le choix divin était comme annoncé d'avance, et l'on en a recueilli après coup mille indices dans le passé. Mais rien n'est clair comme les paroles de notre sainte. Sans nous arrêter ici aux préliminaires, arrivons au principal.

C'était le jour de la Visitation, 2 juillet 1688. Marguerite-Marie avait le bonheur de passer toute la journée devant le Saint-Sacrement, et son Souverain, comme elle dit, « daigna bien gratifier sa chétive esclave de plusieurs grâces particulières de son Cœur amoureux ». Il lui fut représenté

« un lieu fort éminent, spacieux et admirable en sa beauté, au centre duquel il y avait un trône de flammes ». Elle y vit « l'aimable Cœur de Jésus avec sa plaie ». Cette plaie « jetait des rayons si ardents et lumineux que tout le lieu en était éclairé et échauffé ». Cette fois-ci, le Sacré-Cœur n'est pas là tout seul. La très sainte Vierge était d'un côté, de l'autre saint François de Sales « avec le saint Père de la Colombier* ». Puis les filles de la Visitation, « leurs bons anges à leur côté, qui tenaient chacun un cœur en main », probablement les cœurs de leurs protégées. « La sainte Vierge, dit la voyante, nous invitait par ses paroles maternelles : « Venez, mes filles bien-aimées, approchez-vous, car je veux vous rendre dépositaires de ce précieux trésor. » Suivent quelques développements, d'où il ressort nettement que le cœur de Jésus c'est tout Jésus, et que le don du cœur c'est le don de Jésus avec tout son amour, tousses mérites et toutes ses richesses. « Cette reine de bonté, continuant de parler aux filles de la Visitation, leur dit en leur montrant ce divin Cœur : Voilà ce divin trésor qui vous est particulièrement manifesté. » Jésus aime leur institut « comme son cher Benjamin », et « le veut avantager de cette possession par dessus les autres ». Mais elles ne l'ont pas pour elles seules; il faut « qu'elles distribuent cette précieuse monnaie ». Qu'elles tâchent « d'en enrichir le monde, sans craindre qu'il défaille; car plus elles y prendront, plus il y aura à prendre ». Voilà le lot des Visitandines,

voilà leur mission, nettement indiquée par leur aimable Mère et Médiatrice.

« Cette Mère de bonté » se tourna ensuite vers « le Père de la Colombière » et lui dit : « Et vous, fidèle serviteur de mon divin Fils, vous avez grande part à ce précieux trésor; car s'il est donné aux filles de la Visitation de le faire connaître, aimer et distribuer aux autres, il est réservé aux Pères de la Compagnie d'en faire voir et connaître l'utilité et la valeur, afin qu'on en profite en le recevant avec le respect et la reconnaissance dus à un si grand bienfait. »

Bref, comme les Visitandines doivent continuer Marguerite-Marie, les Jésuites doivent continuer le P. de la Colombière. Ils. seront récompensés comme lui. Car « à mesure qu'ils lui feront ce plaisir, ce divin Cœur, source de bénédictions et de grâces, les répandra si abondamment sur les fonctions de leur ministère, quils produiront des fruits au-delà de leurs travaux et de leurs espérances, et même pour le salut et la perfection de chacun d'eux en particulier ».

La scène se termine par un discours exquis de saint François de Sales. Il invite ses filles à venir « puiser dans la source de bénédiction les eaux du salut », et il leur explique comment la nouvelle dévotion, loin d'être contraire à leurs constitutions, qui elles-mêmes sont sorties de ce divin Cœur, leur présente, au contraire, un moyen facile de s'acquitter parfaitement de ce qui leur est enjoint dans le premier article de leur di-

rectoire, lequel contient en substance toute la perfection de leur Institut : Que toute leur vie et exercices soient pour s'unir avec Dieu. « Il faut pour cela, leur dit-il, que ce Cœur soit la vie qui nous anime, son amour notre exercice continuel, qui seul peut nous unir à Dieu, pour aider par prihes et bons exemples la sainte Église et le salut du prochain. Et pour cela nous prierons dans le Cœur et par le Cœur de Jésus, qui se veut rendre tout de nouveau médiateur entre Dieu et les hommes. Nos bons exemples seront de vivre conformément aux maximes et vertus êe ce divin cœur, et nous aiderons au salut du prochain en leur distribuant cette sainte dévotion. Nous tacherons de répandre la bonne odeur du sacré Cœur de Jésus-Christ dans celui des fidèles, afin que nous soyons la joie et la couronne de cet aimable Cœur1. »

Idées analogues, mais d'après des lumières nouvelles, dans une autre lettre à la Mère de Saumaise, le 17 juin 1689. C'était le vendredi après l'octave du S^int-Sacrement. Marguerite-Marie a vu la dévotion du divin Cœur « comme un bel arbre destiné de toute éternité » à la Visitation, afin que chaque maison « en pût cueillir les fruits à son gré et selon son goût ». Ce sont « des fruits de vie et de salut éternel ». Mais ces fruits ne sont pas pour les Visitandines seules : elles doivent les distribuer « à tous ceux qui désireront

1. Lettre lxxxv (lxxxvi). Vie et Œuvres, t. IL, p. 167-169 (204- 206). G. xc, 405-407

en manger, sans crainte qu'il leur manque1 ».

Suit le message pour le roi, dont il a déjà été question. Marguerite-Marie passe de là aux Jésuites, dont la mission se présente toujours à elle comme complétant celle de la Visitation. Elle rattache cette mission aux prières du P. de la Colombière, comme elle rattache celle des Visitandines à saint François de Sales2. Grâce à lui, la Compagnie de Jésus sera gratifiée, avec la Visitation « de toutes les grâces et privilèges particuliers de la dévotion du Sacré-Cœur ». Ce divin Cœur leur promet de répandre « avec profusion ses saintes bénédictions » sur leurs travaux. Il désire « être connu, aimé et adoré particulièrement de ces bons Pères ». Et s'ils tâchent « de puiser toutes leurs lumières dans la source inépuisable de toute la science et charité des saints », il donnera à leurs paroles « Fonction de son ardente charité » avec des grâces si « fortes et puissantes, qu'ils seront comme des glaives à deux tranchants qui pénétreront les cœurs les plus endurcis des plus obstinés pécheurs3 ».

« S'il est vrai, dit-elle ailleurs, que cette dévotion tant aimable a pris naissance dans la Visitation, moi je ne puis m empêcher de croire qu'elle fera son progrès par le moyen des Révérends

1. Lettre xcvm (xcvii), Vie et Œuvres, t. II, p. 198 (232); G. c, 435.

■2. Voir la lettre du 15 septembre 1689 au P. Croiset, Lettres inédites, lettre m, p. 125. G. cxxxu, 551.

3. Lettre xcvm, t. II, p. 200 (xcyiî, p. 234); G. c, 436. Voir encore la lettre civ, t. II, p. 214 (262); G. cvii, 456.

Pères Jésuites. Et je crois que c'est pour cela qu'il avait choisi le bienheureux ami de sod cœur [le P. de la Colombier e) pour l'accomplissement de ce grand dessein1. »

Pourquoi ne peut-elle s'empêcher de le croire ? Parce que Notre-Seigneur lui a « fait connaître, d'une manière à n'en point douter, que c'était principalement par le moyen des Pères de la Compagnie de Jésus qu'il voulait établir partout cette solide dévotion, et par elle se faire un nombre infini de serviteurs fidèles, de parfaits amis, et d'enfants parfaitement reconnaissants 2 ».

Nulle part peut-être l'ensemble de ces idées n'est si bien çmupé que dans la lettre du 10 août 1689, au P. Croiset : « Quoique ce trésor d'amour soit un bien propre à tout le monde, et en qui chacun a droit, il a néanmoins toujours été caché jusqu'à présent, qu'il s'est particulièrement donné aux filles de la Visitation, parce qu'elles sont destinées à honorer sa vie cachée, afin que, leur étant découvert, elles le manifestassent et distribuassent aux autres. Mais il est réservé aux Révérends Pères de la Compagnie de Jésus de faire connaître la valeur et l'utilité de ce précieux tré-

1. Lettres inédites, lettre ni, p. 125. Elle y revient, p. 130 : « Comme il ne veut pas qu'un fruit si précieux demeure caché, il a choisi les Révérends Pères Jésuites pour le distribuer et en faire goûter la douceur et la suavité à un chacun. » G. cxxxu, 551 et b64.

2. Lettre citée par le P. Croiset, Abrégé p. 57. Cf. Vie et Œuvres, lettre cxxxu, t. II, p. 285 (G. cxu,626, cxxxiv, p. 334) ; Voir, chapitre i, p. 18, les remarques que suggèrent le style et le ton de cette lettre.

sor, où plus l'on prend plus il y a à prendre. Il ne tiendra donc qu'à eux de s'en enrichir avec abondance de toutes sortes de biens et de grâces; car c'est par cet efficace moyen qu'il leur présente, qu'iis pourront s'acquitter parfaitement selon son désir du saint mimstère de charité auquel ils sont destinés. Car ce divin Cœur répandra tellement la suave onction de sa charité sur leurs paroles, qu'elles pénétreront comme un glaive à deux tranchants les cœurs les plus endurcis, pour les rendre susceptibles à l'amour de ce divin Cœur, et les âmes les plus criminelles seront conduites par ce moyen à une salutaire pénitence. Enfin c'est par ce moyen qu'il veut répandre sur l'Ordre de la Visitation et sur celui de la Compagnie de Jésus l'abondance de ces divins trésors de grâce et de saiut, pourvu qu'ils lui rendent ce qu'il en attend, qui est un hommage d'amour, d'honneur et de louange, et de travailler de tout leur pouvoir à l'établissement de son règne dans les cœurs. Il attend beaucoup de votre sainte Compagnie pour ce sujet et il y a de grands desseins. C'est pourquoi il s'est servi du bon Père de la Colom bière pour donner commencement à la dévotion de cet adorable Cœur, comme j'espère que vous serez l'un de ceux dont il se servira pour l'introduire dans votre Ordre1. »

Ces assurances si souvent répétées de la sainte voyante dominent l'histoire de la dévotion. On

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