Pour savoir où en était la dévotion en France, entre
o38 TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VÎII
Mais la dévotion et les désirs des captifs du Temple étaient connus : la duchesse d'Angoulême était là pour en témoigner; des amies de Madame Elisabeth s'efforçaient de réaliser un vœu de la pieuse princesse au Cœur immaculé de Marie, et racontaient une consécration faite par la famille royale, déjà captive1; des écrits circulaient sous le nom de Louis XVI et de sa sœur, pleins de ces idées2; une religieuse du Couvent des Oiseaux, Mère Marie de Jésus, entendait de Notre-Seigneur, le 21 juia 1823, des paroles semblables à celles qui avaient été dites autrefois à Marguerite-Marie, pour que le roi se consacrât au Sacré-Cœur, avec sa famille et son royaume3.
Cette idée de relèvement par le Sacré-Cœur ne devait pas disparaître avec les rois. -Elle a vécu dans les âmes pieuses, à travers les vicissitudes de la patrie et de son gouvernement; elle est de celles qui ont contribué adonner au siècle, dans sa vie chrétienne, le caractère que signalait Mgr d'Hulst,
et 1825, lire Ami de la Religion, 1819, t. XX, p. 247, La fête du Sacré-Cœur; 1819, t. XXI. p. 289. A propos d'un livre sur le Sacré-Cœur; 1820, t. XXII, p. 337, 384, et t. XX1IÏ, p. 241 : Sur l'établissement de la fête du Sacré-Cœur; 1822, t. XXXIII, p. 17 : Sur une brochure contre la fêie du Sacré-Cœur.
1. Voir Notice biographique sur Madame la Comtesse de Saisseval, par le P. de Ponlevoy, Paris, 1850; Letierce, Le Sacré- Cœur, p. 387 et suivantes, p. 406 et suivantes.
2. Paul Viollet, ouvrage cité. p. 354-355 : Letierce, loc. cit.
3. Voir Notice sur la Mère Marie de Jésus, dans la Vie de la Révérende Mère Marie-Anne, Paris, 1868. Cf. V. Alet, ouvrage cité, p. 295 et suiv. ; Letierce, loc. cit., p. 602-609. Je trouve, dans un Mois du Sacré-Cœur de Jésus, publié à Paris en 1836, maison Poussielgue-Rusand, une Consécration de la France au Sacré-Cœur de Jésus, p. 290.
en 1896, en l'appelant le siècle du Sacré-Cœur1.
Elle est déjà impliquée dans la tendance quasi instinctive qui, depuis deux cents ans, pousse les âmes dévoles à recourir au Sacré-Coeur dans les calamités publiques, et qui a suscité tant de vœux au Sacré-Cœur, tant de consécrations durant la guerre de 1870 et durant celle de 1914.
Elle s'associe naturellement aux idé.^s de réparation sociale, de repentir et d'ameude honorable pour les infidélités publiques et les apostasies de la société moderne. Il suffit de rappeler à ce propos la Basilique du Vœu national à. Montmart'-»\ avec son insciijjtion : Christo e jusque sacratU Cordi Gallia pœnitens et devota; et aussi la consécration faite à Paray, le 29 juin 1873, par un groupe de députés catholiques, en attendant la consécration nationale, qui, en ces temps-là, semblait tout près de poindre à l'horizon.
Paray et Montmartre, Montmartre surtout, allaient devenir un foyer vivant de dévotion au Sacré-Cœur. Que d'idées y ont germé et s'y sont épanouies, de dévouement au Sacré-Cœur ou de relèvement parce Sacré-Cœur! Que d'oeuvres sont sorties de là, ou vont s'y retremper K
Après l'idée de relèvement par le Sacré-Cœur, c'était l'idée d'hommage au Sacré-Cœur, hommage des individus, hommage surtout des groupes
1. La vie surnaturelle en France au xix* siècle. Dans La France chrétienne dans Vhhtoire, 1. X, c. v. p. 633. Paris, 1896.
2. Pour les détails, voir Y. Alet, ouvrage cité, c. ix. S I, p. 319 et suiv. ; c. x, p. 347 et suiv.
sociaux, en attendant l'hommage solennel de la nation elle-même1.
Une des formes de ce recours ou de cet hommage a été le drapeau du Sacré-Cœur. Le Sacré- Cœur l'avait demandé au roi par Marguerite-Marie. La France catholique du xixe siècle a rêvé, ici encore, de reprendre l'héritage du passé, tombé en déshérence. On sait comment l'image du Sacré-Cœur servit de drapeau à Patay et combien glorieusement il fut porté, en 1870, par les zouaves de Charette2. Ce n'était pas le drapeau national, mais il le préparait, et peut-être il en donna l'idée. Celui-ci, le drapeau tricolore avec Sacré-Cœur sur la bande blanche, a fait son apparition à Montmartre le 29 juin 1890. Il était porté par une délégation du Syndicat des employés du commerce et de l'industrie. Depuis, il a été adopté par nombre d'associations particulières, et les yeux des Français pieux se sont habitués peu à peu à voir l'image du Sacré-Cœur se détacher en pourpre sur le blanc du drapeau tricolore3.
Ce n'est pas là confisquer le Sacré-Cœur au profit de la France. Nous savons bien que le Sacré- Cœur est pour tous. Mais comme le Tyrol s'est distingué par sa fête solennelle établie dès 1796 et
1. Voir René du Bouays de La Bégassière, Notre culte catholique et français du Sacré-Cœur, Lyon, 1901, surtout p. 61 et suiv.. p. 83 et suiv. p. 115 et suiv. Cf. H. Ramier*», Le règne
du Cœur de Jésus. Toulouse, 1802 : recueil d'articles publiés dans le Messager du Sacre-Cœur de Jésus.