L. c, 1. 1, pars tertia, p
veilleuses que l'amour divin fait sur le cœur; des opérations du Saint-Esprit qui se font dans ie cœur; des faveurs que Jésus-Christ fait aux âmes pures par le moyen de son Sacré-Cœur; enfin des sentiments de ces mêmes âmes pour ce Cœur adorable ». Nous avons dit que la thèse du savant auteur n'était pas parfaitement exacte; mais son érudition a mérité les éloges et l'admiration de Benoît XIV lui-même, bon juge en pareille matière. Dans l'article 2, il s'efforce de prouver que le cœur de Jésus a été blessé par le coup de lance qui lui perça le côté, et il apporte en faveur de sa thèse (que personne, je pense, ne met plus en doute) non seulement des raisons théologiques et l'autorité de la tradition patristique, mais aussi le témoignage des mystiques et des maîtres de la vie spirituelle. Quelques-uns des textes patristiques sont apocryphes; mais le plus souvent il en fait lui-même la remarque1.
Enfin, M. Baruteil, comme nous l'avons dit en son lieu, a fait un sérieux effort d'érudition et de critique pour séparer la paille du bon grain parmi les textes anciens invoqués en faveur de la dévotion.
m. Examen des textes.
4. Odes de Salomon. — Les dévots du Sacré-Cœur n'ont pas cité jusqu'à présent les Odes de Salomon, récemment retrouvées. Mais comme il y est parlé du « cœur du Seigneur », quelques-uns pourraient être tentés d'y trouver la dévotion au Sacré-Cœur, comme M. Harnack y a trouvé la prédestination. Voir M. Lejay, Bulletin d'ancienne Littérature et d 'Archéologie
1. Il s'est trompé en croyant trouver dans le Christus paliens une mention expresse du cœur blessé, v. 1Ô74. La traduction latine donne en effet, le mot cor ; mais le grec donne f^ap, qui peut signifier le cœur, mais qui répond, au sens propre, à jecur, foie.
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chrétiennes, n. 1, janvier 1911, p. 58. Quoi qu'il en soit de la prédestination, il n'y est pas question du cœur de Jésus. Voici le texte principal cité à ce propos par M. Lejay : « L'eau (des sources du Seigneur) est plus douce que le miel... Car elle découle des lèvres du Seigneur, et c'est du cœur du Seigneur que sort son nom. » Trois autres fois encore, le cœur du Seigneur est nommé dans ces Odes. Comme le fait remarquer M. Lejay, l. c, le mot semble pris au sens d'entendement plutôt qu'à celui d'organe affectif.
2. Inscription d'Autun. — Plusieurs savants (le cardinal Pitra, le P. Secchi, le P. Fita) ont cru trouver une mention du cœur de Jésus dans la célèbre inscription d'Àutun, aux premiers vers :
5I/6Jo; ovpxvfov 9eÎov vévoç, jjropi ceuvûi Xc^ae Xa5tov t:tjy*)v ôc;ji6poTûv sv (jpo-^oiç ©saTTCOttov wôaTojv *.
Ils traduisent : « Race divine, prends (pour ton usage) le cœur auguste du Poisson céleste, recevant la vie immortelle parmi les mortels. » -M. Baruteil rapproche, à ce propos, le mot de Fange Raphaël à Tobie : « Prends-le (le poisson, qui menaçait de le dévorer) par les ouïes et tire-le à toi... Vide 4e, et gardes-en le cœur, le fiel et le foie ; car ils peuvent servir de remèdes. » Le rapprochement est ingénieux ; mais ce sens n'est guère admissible, et n'est plus, que je sache, admis de personne. Le Poisson céleste est bieuNotre-Seigneur, et l:allusion à l'Eucharistie n'est pas improbable, dès ces premiers vers; mais qui songerait à dire que, dans l'Eucharistie, on mange le cœur de Jésus? 11 est question de l'Eucharistie aux vers 5 et 6 : « Prends l'aliment du Sauveur... doux
1. nimov est une restauration conjecturale. Les premiers éditeurs suppléaient : ÇcoViv. qui ne va guère avec v&xtwv. Voir R. Aigrain, Manuel d'épigraphie chrétienne. Inscriptions grecques, 1913, n. 135, p. 112-116.
comme le miel ; tu as le Poisson dans tes mains. » Mais, en ce sens, on parle du Poisson, non de son cœur. Il faut donc traduire : « Race divine du Poisson céleste, aie le cœur pieux », etc. Le cœur est celui du fidèle.
3. Saint Justin et saint Chrysostome. — Saint Justin, dans le Dialogue avec Tryphon*, appliquant à Notre-Seigneur au jardin les paroles du Psaume : Facium est cor meum tanquam cera liquescens in medio ventris mei, est amené à faire mention du cœur de Jésus, « tout tremblant de peur » et « semblable à la cire qui se liquéfie » ; mais, comme on le voit, ce n'est là qu'une formule du langage courant, employée à la suite du Psalmiste, sans attention spéciale au cœur du divin Maître, sans attention aucune à ce cœur comme symbole de son amour pour nous.
On pourrait relever dans le langage traditionnel beaucoup d'expressions analogues, soit comme applications à Jésus du langage de l'Écriture, soit comme façons ordinaires de parler. Celle-ci, par exemple, de saint Jean Chrysostome : « Le cœur de Paul, c'était le cœur du Christ. » Ces formules courantes devaient servir d'expression et de véhicule à la dévotion, dès qu'elle serait éclose; elles n'impliquent pas encore la dévotion.
4. Origène. — Le cas d'Origène est plus difficile. Son langage est obscur sur quelques points, au moins dans la traduction latine, qui seule nous a transmis sa pensée. Tel qu'il est, il autorise à se demander si le maître à l'esprit si délié et si pénétrant, en cherchant partout des symboles, n'aurait pas rencontré, un jour ou l'autre, le cœur de Jésus symbole de son amour pour nous. Voici les principaux passages qui viennent à notre sujet. Les deux premiers sont tirés de la première homélie sur le Cantique. Au chapitre m, nous