‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 228 sur 242 · Voir In Levit. hom. vi, c. 12, P. G. xn, 463-465. Orisène · texte numérisé non relu

Voir In Levit. hom. vi, c. 12, P. G. xn, 463-465. Orisène

quod dicitur : Cor tuum, o sponse meus, id est dogmata quse intra te sunt, vel doctrinse gratia, superat omne vinum, quod cor hominis laetificare solet. » Résumant toute sa pensée sur ce point, il ajoute : « Sicut enim in his de quibus dicit quia Deum videbunt, cor competenter dictum esse videtur ; et inter discumbentes sinus ac pectus ponitur, pro habitu sine dubio discumbentium formaque convivii ; et rursus ut apud sacerdetes pectusculum et brachium mysticis designatur eloquiis : ita etiam arbitror in prsesenti loco, ubi amantium habitus et colloquia describuntur, gratissime hoc ipsum principale cordis in uberibus appellatum. » Après ce résumé, il conclut : « Bona ergo sunt ubera sponsi, quandoquidem thesauri sunt in eis sapientise et scientiae reconditi. Ubera autem haec vino comparât sponsa, sed ita comparât ut praeferat. Vinum autem illa intelligenda sunt dogmata et doctrinae quae per legem et prophetas ante adventum sponsi sumere sponsa consueverat. Sed nunc considerans hanc doctrinam quae ex uberibus sponsi produit, miratur et stupet, videns eam longe praestantiorem quam illam ex qua ante adventum sponsi lœtifîcata erat tanquam ex vino spiritali'. »

Laissant aux spécialistes l'étude plus approfondie des sens bibliques dans Origène, pour nous borner à ce qui touche notre sujet, voici comment on peut, semble-t-il, expliquer, pour les points qui nous intéressent, la pensée du grand maître alexandrin.

1° Un même mot, dans la Bible, peut avoir trois

y explique comment la poitrine (pectusculum ou pectus, ciTr.&ûviov ou aTrj6o:) et l'épaule droite (armus, ppa/i'iov) sont réservés au prêtre. Par la poitrine, il entend l'homme intime; par l'épaule droite, les bonnes œuvres. Il faut donc que le cœur du prêtre soit « plein de sagesse, plein de science, plein d'intelligence des choses divines (plénum omni divina intelligenlia); que dis-je?... plein de Diett même ». 1. L. c, 87-88.

sens. Le mot Dieu, par exemple, peut signifier le vrai Dieu, et c'est le sens premier et principal; il peut signifier un dieu par participation, comme quand on dit aux juges qu'ils sont des dieux; enfin, il peut se dire des faux dieux. D'après cette remarque, quand Origène parle du principale cordis, il faut entendre le sens premier et principal du mot cœur. Il devait y avoir en grec quelque chose comme to xôpiov tt4ç xapoîaç, le mot cœur, au sens propre, au sens premier, au sens principal.

2° Les mêmes mots, ceux, par exemple, qui désignent les membres du corps humain, peuvent s'entendre au sens matériel, ou en un sens figuré, spirituel. Ainsi le mot cœur pourra signifier, au sens spirituel, l'intime du Christ et tout ce qui s'y trouve, sa science et sa sagesse, ses vertus, ses sentiments; et aussi, semble-t-il, par une superposition de figures, les dogmes de la foi, l'intime de la religion, les mystères du christianisme.

3° Des mots différents peuvent s'employer au figuré pour désigner la même chose. Ainsi ce que nous voulons désigner quand nous disons le cœur pourra s'exprimer par le mot <TTï)9ovtov [pectusculum, poitrine), par le mot <rrr,6oç (pectus, poitrine), par le mot ^axol (ubera, mamelles); et tout cela pourra s'entendre, suivant les acceptions que nous donnons au mot cœur, de l'intime du Christ, de sa science et de sa sagesse, de ses vertus, de ses sentiments; et aussi des mystères du christianisme. Ainsi, quand l'Évangile nous parle de saint Jean reposant sur « la poitrine » du Seigneur, il faut l'entendre comme s'il y avait « son cœur », et par conséquent expliquer qu'il a pénétré à fond les secrets du Christ, les mystères de la religion.

4° Le sens propre et principal d'un mot désignant un objet matériel n'est pas nécessairement, dans la pensée d'Origène, le sens matériel de ce mot ou de cette phrase. Ce serait plutôt, au moins en certains

cas, le sens spirituel, ce qui a rapport à l'homme intérieur, à l'âme et aux choses de l'âme. Ainsi le principale cordis, au regard d'Origène, n'est pas le cœur matériel, mais le cœur spirituel, l'homme intime, et ce qui se trouve dans cet intérieur de l'homme, ses secrètes pensées, ses vertus, ses sentiments.

5o Si l'on veut savoir avec précision ce qu'Origène a particulièrement en vue quand il parle du principale cordis Jesuy c'est-à-dire de Jésus intime ou de l'intime de Jésus, nul doute que ce sont les secrets de son cœur, ses pensées et ses sentiments intimes, les mystères divins dont il est dépositaire. L'amour n'apparaît pas au premier plan. S'il n'est pas absent de la pensée d'Origène, et je crois qu'il ne l'est pas, il ne se présente pas directement ni explicitement. Le cœur lui rappelle avant tout la pensée, la science. Mais Jésus veut bien admettre l'âme choisie à la connaissance de ses secrets, il lui ouvre son cœur, comme un ami à son ami, en lui révélant les mystères. Or ce sont là des témoignages d'amour. Ces secrets eux-mêmes sont, pour une bonne part, des secrets de l'amour divin pour chaque âme ou pour l'humanité tout entière, pour telle âme en particulier. L'âme admise à la communion des pensées et des sentiments de Jésus se trouve ainsi dans une atmosphère d'amour. Mais nulle part, semble-t-il, dans les textes cités, le cœur n'est considéré directement par Origène comme principe ni emblème d'amour.

La même remarque s'applique aux passages où il s'occupe ex professo de saint Jean reposant sur la poitrine du Christ. Nous n'avons pas à distinguer ici entre poitrine et cœur, puisque, suivant Origène, c'est tout un au sens spirituel. Mais du fait qu'il prend indifféremment les deux mots comme équivalents, il suit évidemment qu'il considère, non le cœur symbolique (une chose matérielle qui représente une réalité spirituelle), mais le cœur métaphorique

(un mot pris au sens figuré, une notion spirituelle signiliée par un mot qui, au sens propre, signifie un objet matériel). De plus, dans ces passages, c'est ie sens intellectuel du mot qui est mis en relief, non le sens affectif. Voici les textes.

Dans le Préambule de son Commentaire sur saint Jean : « Il faut donc oser dire que les Évangiles sont les prémices de toutes les Écritures, et que jes prémices des Évangiles, c'est l'Évangile de Jean. Et de cet Evangile nul ne peut avoir l'intelligence s'il n'a reposé sur la poitrine de Jésus et s'il n'a reçu de Jésus Marie pour être aussi sa mère4. » Le texte n'est pas très explicite ; mais la pensée est que, pour comprendre cet Évangile, il faut en avoir reçu la confidence de Jésus lui-même, comme d'un ami à son ami.

Le commentateur s'en explique plus au long en commentant le passage de l'Évangile où il est question de ce repos du disciple bien-aimé « sur le sein ou sur la poitrine » de Jésus. Après avoir exposé le sens littéral, il ajoute : « Mais si les paroles de Jésus sont esprit et non lettre, paroles de vie et non de mort, et si, à son exemple, le disciple qu'il aimait a mis esprit et vie dans son écrit, il faut entendre le mot : Un des disciples reposait sur le sein de Jésus, de façon digne de l'honneur qu'il convient au Fils de Dieu de déférer et au disciple chéri de recevoir. Je pense donc que, si Jean était alors symboliquement couché sur le sein de Jésus, ainsi favorisé parce que jugé digne par le Maître d'un amour de choix, ce fait symbolique veut dire que Jean, penché sur le Verbe et se reposant dans ses secrets les plus intimes, était couché sur le sein du Verbe, comme celui-ci est lui-même dans le sein de son Père, suivant le mot .Le Fils unique qui est dans le sein du Père Va lui-même raconté2. » Quelques

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