M Joan., t. XXXII, c. 13, l. c
lignes plus bas, parlant du pauvre Lazare reposant dans le sein d'Abraham, il explique également la chose comme « un repos dans la communion aux secrets révélés au patriarche ». Revenant à saint Jean, il conclut : « Sachant maintenant que celui que Jésus aimait était couché sur le sein de Jésus, faisons le possible pour avoir part à son amour particulier : alors nous reposerons nous aussi sur le sein de Jésus1. » Sans trop presser le sens de ces expressions, nous pouvons remarquer que ce repos sur le sein de Jésus nous est encore présenté ici comme un effet de l'amour du Maître : il communique ses secrets à ses amis.
6° Conclusion. S'il est souvent question du cœur de Jésus dans Origène, ce n'est jamais qu'au sens métaphorique. Le cœur de chair n'y est jamais présenté comme symbole d'amour. Il n'y a donc pas trace chez lui de dévotion au Sacré-Cœur, à proprement parler Quand, suivant sa manière, il rencontre l'idée de ce cœur dans ses explications allégoriques, c'est pour y voir le lieu des secrets divins, des mystères de science et de sagesse que Jésus veut bien révéler à ses privilégiés. Mais on est dans le vrai en disant que l'esprit de la dévotion au Sacré-Cœur est partout dans Origène. Il n'est pas jusqu'à ses formules qui ne conviennent très bien à l'expression de la dévotion. Elles ne l'expriment pas directement, mais, dès qu'elle sera trouvée, elles s'y adapteront à merveille.
5. Saint Augustin et Hugues de Saint-\ ictor . — On peut appliquer à saint Augustin ce qui vient d'être dit d'Origène : on trouve chez lui l'esprit de la dévotion, on en trouve des formules qui l'exprimeront très bien; mais la dévotion, au sens strict du mot, n'y est pas encore. C'est ce que nous montrera l'examen des textes. Le principal est celui que nous avons
cité en français, p. 202. C'est à propos de saint Jean : « Joannes evangelista... hoc praecipuum et proprium donum accepit a Domino, super cujus pectus in convivio discumbebat, ut per hoc significaret quia sécréta altiora de intirao ejus corde potabat, ut ea diceret de Filio Dei quae, etc. * » Gomme on ie voit, saint Augustin mentionne ici le cœur de Jésus : il voit dans le repos du disciple bien-aimé sur la poitrine du Maître le symbole d'une spéciale amilié, accompagnée d'intimes confidences, qu'on ne fait qu'aux amis pour qui le cœur n'a pas de secrets. C'est la pensée que nous avons rencontrée dans Origène. Elle est souvent exprimée par saint Augustin, mais ce passage est le seul où j'aie remarqué le mot cor. Ailleurs il y a pectus; par exemple, In Joan. tr. 1, n. 1 : « Qui hsec dixit. accepit Joannes ille, fratres, qui discumbebat super pectus Domini, et de pectore Dominibibebat quod propinaret nobis2. » A l'endroit qui nous occupe, le mot cor était amené par le mouvement de la pensée, pour distinguer nettement le symbole et la chose symbolisée. Mais le symbole ici, c'est le mot pectus, ou plutôt le repos de Jean sur la poitrine de Jésus; cor ne signifie pas l'organe : il exprime la même idée que pectus dans les phrases analogues, dans celle, par exemple, qui vient d'être citée : « de pectore Domini bibebat ». Pas plus ici que dans Origène, il n'y a donc, au sens précis du mot, dévotion au Sacré-Cœur3.
Saint Augustin a magnifiquement parlé de la plaie du côté, de l'eau et du sang qui en ont découlé, de