C. 2, n. 15; P. L., lxxix
ce passage du Cantique appliqué à la demeure de Fâme dans les plaies du Christ. Par là même il est tout près de la dévotion au Sacré-Cœur et donne l'idée d'une des pratiques traditionnelles de cette dévotion. Cependant celle-ci n'y apparaît pas encore; car il n'est fait aucune mention du cœur. De plus, cette demeure n'est pas regardée ici comme une demeure d'amour : elle est toute ramenée au souvenir de la croix, in crucis recordatione, à la pensée des blessures, dum vulnera ad memoriam reducit, et cela en vue d'imiter le Christ et de trouver en lui un exemple, patientiam Chris ti imitatur, propter exemplum. Mais l'application du texte aux blessures de Jésus est une trouvaille qui ouvre tout un monde à la méditation des âmes dévotes : dans le côté percé on trouvera le cœur. Il est même probable que c'est à ce texte que saint Bernard doit le beau développement sur ce passage du Cantique où se trouve une des premières mentions certaines du cœur de Jésus. Il écrit, en effet : « Alius hune locum ita exposuit, foramina petrae vulnera Christi interpretans. Recte omnino. » Et il part de là pour arriver où nous savons. Quel est cet « autre », qui lui a fourni son point de départ? Peut-être saint Grégoire lui-même; plus probablement le vénérable Bède. Celui-ci écrit : « Si juxta expositionem Apostoli petra erat Christus, quœ sunt foramina petra? nisi vulnera quee pro nostra salute suscepit Christus? In quibus profecto foraminibus columba residet ac nidificat, vel cum anima quseque mitis, vel Ecclesia omnis in passione Dominica spem suse salutis unicam ponit », etc1. Mais même si c'est à Bède que Bernard fait allusion, il est probable qu'il se rattache à Grégoire; car c'est chez Grégoire que Bède a dû prendre son interprétation.
1. In Cantica allegorica eœpositio, lib. III, P. L . XCfj 1111.
8. Le vénérable Bède. — Nous venons de voir que Bède entend comme Grégoire le verset In foraminibus petr&y in caverna macerids. Les développements qu'il ajoute n'ont pas de rapport direct à notre dévotion. Ce qu'il dit à propos du verset Vulnei*asti cor rneum y touche de plus près, comme nous l'avons dit en son lieu, page 203. Voici le texte dont nous avons alors donné la traduction : « Potest hic sermo et simpliciter accipi, quia commemoratione vulnerati cordis magnitudinem amoris quem erga Ecclesiam habet exprimere voluerit. Potest et juxta illud quod Isaias ait : Ipse autem vulneratus est propter iniqnitoies ?wstras. Quae sit autem ei maxime causa suscipiendi hujus vulneris. consequenter exponit, dicens : In uao oculorum tuorum, etc. Ait ergo : Vulnerasti cor rneum, etc. Ac si aperte dicat : Tota quidem forma tui corporis, quo per mundum longe lateque dilataris, o Ecclesia catholica, pulchra mihi et immacuîata appares; sed hoc est quod me prœ ceteris ad te amandum mirifice accendit, quia unitatem ejusdem fidei ac dilectionis habere* probaris. Hoc est quod me ad excipiendum pro tua vita vulnus mortis adduxit*. »
Ici, nous sommes très près, peut-être plus près que jamais, de la dévotion au Sacré-Cœur. Cependant nous ne la tenons pas encore. La blessure d'amour est le sens même du texte, et Bède en fait la remarque (potest hic sermo simpliciter accipi) ; le mot vulnerasti lui rappelle les blessures de Jésus dans sa passion et prophétisées dans Isaïe. Il voit même, sans le dire expressément, que c'est la blessure d'amour qui a poussé Jésus à la mort (ad excipiendum vulnus mortis . Mais le rapprochement n'est pas fait de la blessure du cœur de chair avec la blessure d'amour; le symbolisme du cœur n'est pas dégagé. Le mot cor