‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 33 sur 242 · Voir ci-dessus, c. 2, •> 3, p · texte numérisé non relu

Voir ci-dessus, c. 2, •> 3, p

de veiller le Saint-Sacrement. Je ne vis nulle apparence qu'elle le pût faire; mais, pour lui donner quelque consolation, je lui permis de se tenir au chœur depuis huit heures jusqu'après là procession de la ville1... Elle accepta ce premier offre, et, avec beaucoup d'humilité et de douceur, me pria de lui prolonger ce temps... Je (lui) abandonnai la nuit... (Elle) ne manqua pas, à huit heures et demie, de prendre sa place au chœur... et y demeura dès lors à genoux les mains jointes sans aucun appui, ni se remuer non plus qu'une statue, jusqu'au lendemain à l'heure de Prime, qu'elle se mit en chœur avec les autres... Lorsqu'elle me rendit compte de sa disposition pendant tout ce temps, elle me dit que Xotre-Seigneur lui avait fait la grâce d'entrer en participation de son agonie dans le Jardin des Olives, et qu'elle avait eu tant à souffrir, qu'à tout coup il lui semblait que son âme s'allait séparer de son corps2. »

L'image du Sacré-Cœur qui lui fut montrée dans une des apparitions (couronne d'épines, plaie, croix) est tout imprégnée de la Passion. Parmi les grandes grâces qu'elle reçut de Jésus durant sa retraite de profession, « en gardant une ânesse avec son petit ânon dans le jardin, » elle compte ce qu'il lui fit connaître « sur le mystère

1. Cette procession arrivait à la Visitation vers les 10 heure» du soir.

2. Contemporaines, t. I, p. 15S (187); Revu sur G. Écrits de M. Grey/îés n. 12, p. 358.

de sa sainte mort et passion ». « Mais ajoute-t-elle, c'est un abîme à écrire. » Et elle n'en dit qu'un mot : « C'est ce qui m'a donné tant d'amour pour la croix, que je ne peux vivre un moment sans souffrir; mais souffrir en silence, sans consolation, soulagement ni compassion; et mourir avec ce Souverain de mon âme, accablée sous la croix de toutes sortes d'opprobres, d'humiliations, d'oublis et de mépris1. »

Ses écrits, en effet, nous donnent l'impression d'une vie toute unie à Jésus souffrant, sans autre joie que la joie même « de souffrir en aimant ». On sait la fameuse vision où Notre-Seigneur lui présenta un double tableau, celui d'une vie toute dans la paix et les consolations, et celui d'une vie toute crucifiée; et comment lui-même choisit pour elle la seconde2. Elle écrivait au P. Croiset, le 15 septembre 1689 : « Je ne peux vivre un moment sans souffrir, et c'est mon plus doux aliment que la croix... Oh! quel bonheur de pouvoir participer ici-bas aux angoisses, amertumes et dérélictions du sacré Cœur3. »

Une pratique qu'elle avait apprise de Notre- Seigneur, pour le temps du jubilé, lui demeura toujours chère : c'était « d'offrir au Père éternel les amples satisfactions qu'il a faites à sa justice pour les pécheurs sur l'arbre de la croix, en le priant de rendre efficace le mérite de son sang

Page 1