Lettres inédites, I, p. 82; revu sur G. cxxx
console ou qu'il m'afflige, tout cela me rend également contente dans son contentement... Pourvu qu'enfin je le puisse aimer, cela me suffit '. »
Les pages de ce genre ne se comptent pas chez elle. Mieux que de courts extraits, un long passage d'une de ses lettres nous montrera en ellô ce qu'est et ce que fait la dévotion au Sacré-C<eur. Elle écrit à sœur de la Barge, vers la fin dbctobre 1689 : « Enfin c'est donc cette fois, chère amie, qu'il nous faut toutes consommer, sais exception ni rémission, dans cette ardente fournaise du sacré Cœur de notre adorable Maître, d'où il ne nous faut jamais sortir. Et après y avoir perdu notre cœur de corruption dans ces divines flammes du pur amour, il nous y en faut prendre un tout nouveau, qui nous fasse désoimais vivre d'une vie toute renouvelée, avec un cœur nouveau, qui ait des pensées, des affections toutes nouvelles, et qui produise des opérations toutes nouvelles en pureté et ferveur dans toutes nos actions; c'est-à-dire qu'ilne faut plus de nousmème, mais qu'il faut que ce divin Cœur de Jésus soit tellement substitué en la place du nôtre, que lui seul vive et agisse en nous et pour nous; que sa volonté tienne tellement la nôtre anéantie, qu'elle puisse agir absolument sans résistance de notre part; et enfin que ses affections, ses pensées et ses désirs soient en la place des nôtres, mais surtout son amour, qui s'aimera lui-même en
1. Lettres inédites, u (autographe), p. 91; revu sur G. cxxxi,
PRATIOUE »E LA DÉVOTION 73
nous et pour nous. Et ainsi cet aimable Coeur nous étant tout eu toute chose, nous pourrons dire avec saint Paul que nous ne vivons plus, mais que c'est lui qui vit en nous... Il me semble que nous ne devons plus respirer que flammes et amour pur; amour crucifiant et tout sacrifié par une continuelle immolation de nous-mêmes au bon plaisir divin, afin qu'il s'accomplisse parfaitement en nous, nous contentant d'aimer et de le laisser faire, soit qu'il nous abaisse ou qu'il nous élève, qu'il nous console ou qu'il nous afflige : tout nous doit être indifférant. Pourvu qu'il se contente, cela doit nous suffire1.
« Aimons-le donc, cet unique amour de nos âmes, puisqu'il nous a aimées le premier et qu'il nous aime encore avec tant d'ardeur, qu'il en brûle continuellement au très saint Sacrement. Il ne faut que l'aimer, ce Saint des saints, pour devenir sainte. Qui nous empêchera donc de l'être, puisque nous avons des cœurs pour aimer et des corps pour souffrir? »
Elle termine cet hymne à l'amour par cette sorte de couplet rythmé, qui dit les avantages de l'amour pour arriver à la perfection : « Il n'y a que son pur amour qui nous fasse faire tout ce qui lui plaît; il n'y a que ce parfait amour qui nous le fasse faire de la manière qui lui plaît; et il n'y peut avoir que cet amour parfait qui nous fasse faire toute chose quand il lui plaît. »