Ânimadversiones, g 1, Opère, t. V, p. 174, Naples
dit : C'est une grande ame, c'est une belle âme. Et quand nous disons : Quel coeur! c'est la personne que nous désignons directement, ce n'est pas son cœur. Cela s'est fait tout naturellement dans la dévotion au Sacré-Cœur. Marguerite-Marie dit : Ce sacré Cœur, comme elle dirait : Jésus. Dans les deux cas, elle vise directement la personne. Et l'usage est devenu courant de désigner Jésus par le nom de Sacré-Cœur. Non pas, qu'on le note bien, que les deux mots soient synonymes. On ne peut pas dire indifféremment Jésus ou Sacré-Cœur : on ne désigne pas toujours \& personne Tp&v son cœur. Il faut, pour le faire, qu'on ait en vue la personne dans sa vie affective et morale, dans son intime, dans son caractère et ses principes de conduite. L'idée du cœur ne disparaît pas, elle domine la phrase : le cœur ne désigne la personne que sous les aspects représentés par le cœur. Mais ce passage du cœur à la personne, cette visée de la personne dans le cœur, donne à la dévotion une allure plus libre et une portée plus ample. Par là^ le Sacré- Cœur me rappelle Jésus dans toute sa vie affective et morale, L'intérieur de Jésus, Jésus tout aimant et tout aimable, modèle de toutes les vertus. Toute ] i vie de Notre-Seigneur peut ainsi se concentrer dans son cœur; dans tous ses états, je puis étudier ce qu'ils ont de plus profond, de plus intime, de plus personnel. Tout Jésus se résume et s'exprime dans le Sacré-Cœur, attirant, sous ce symbole expressif, notre regard et notre cœur sur son amour et sur ses amabilités. Jésus n'est-il pas, en
OBJET PROPRE DE LA DÉVOTIO.n RÉ-CŒUF •■ .'! I
tout et partout, tout aimant et tout aimable? Jésus n'est-il pns tout cœur?
Déjà nous étions arrivés là par une autre voie, par celle du symbole et de la coopération du cœur à la vie affective de Jésus. Nous sommes plus à l'aise encore clans la dévotion, grâce à cette sorte de communication d'idiomes entre ce qui convient au cœur et ce qui convient à la personne même de Jésus, visée dans ce qu'elle a de plus profond et de plus personnel. Qu'est-ce pour nous qu'une statue du Sacré-Cœur? Une statue où Jésus, nous montrant son cœur, essaye de traduire à nos regards toute sa vie intime, son amour surtout et ses amabilités.
Grâce à cette extension nouvelle, nous pouvons décrire la dévotion auSacré*Cœur comme la dévotion à Jésus se montrant à nous, en nous montrant son cœur, dans sa vie intime et ses sentiments les plus personnels, lesquels d'ailleurs ne disent qu'amour et amabilité. Elle nous ouvre, si je puis dire, le fond de Jésus. Le cœur ne disparaît pas, dans cette acception nouvelle. Mais c'est la personne de Jésus qui nous l'ouvre elle-même, en nous disant comme à sainte Marguerite-Marie : « Voilà ce cœur. » Et nous, en regardant le cœur qui nous est ainsi montré, nous apprenons à connaître la personne dans son fond. Ainsi tout Jésus se récapitule dans le Sacré-Cœur, comme tout le reste, suivant l'intention divine, se récapitule en Jésus1.
1. Cf. Renë du Bouays bs La BÉGASsièfti, Notre culte catholique et français du Sacrl-Cceur, p. 7, Lyon, 1901.
Un trait spécial : l'amour méconnu
Vidée de l'amour méconnu et outragé. — 5a place dans la dévotion.
La dévotion au Sacré-Cœur est donc avant tout la dévotion à l'amour et aux amabilités de Jésus, la dévotion à Jésus tout aimant et tout aimable. On peut dire que tout est là et que tout suit de là. Mais il est un trait que l'histoire de la dévotion met spécialement en relief, et ce trait continue à lui donner son caractère spécialement touchant. Jésus ne se contente pas de montrer son cœur blessé d'amour, avec sa tendresse exquise, avec sa générosité qui va « jusqu'à s'épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ». Il nous montre cet amour méconnu, outragé par ceux-là mêmes de qui il pouvait attendre plus de retour, et qui par vocation devraient l'aimer davantage.
Après avoir dit : « Voilà ce cœur qui a tant aimé les hommes », il ajouta : « Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu'ils ont pour moi dans ce sacrement d'amour. Mais ce qui m'est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs
qui me sont consacrés qui en usent ainsi1. » Commentant ces paroles, le P. de Galliffet écrit : « Il faut encore observer ici un point essentiel à la nature de notre dévotion, c'est que cet amour dont son divin Cœur est embrasé, doit être considéré comme un amour méprisé et offensé par l'ingratitude des hommes... Le Cœur de Jésus- Christ doit donc être ici considéré sous deux rapports : d'une part, comme embrasé d'amour pour les hommes; et de l'autre, comme offensé cruellement par l'ingratitude de ces mêmes hommes. Ces deux motifs, unis ensemble, doivent produire en nous deux sentiments également essentiels à la dévotion envers ce Sacré-Cœur : savoir, un amour qui répond au sien, et une douleur qui nous porte à réparer les injures qu'il souffre de la dureté des hommes2. » Le premier cri de la dévotion au Sacré-Cœur est : Quel amour! Le second : L'amour n'est pas aimé ! C'est aussi ce qu'expliquent tout au long les postulateurs de 1765 : « Il faut remarquer, disent-ils, que le Sacré-Cœur doit être regardé ici sous deux aspects : d'abord comme débordant d'amour pour les hommes... Il faut le regarder aussi comme cruellement blessé par Fingratitude des hommes, accablé d'outrages, et par là digne non seulement de notre amour, mais aussi de notre compassion3. »
1. Mémoire, dans Vie et Œuvres, t. II, p. 355 (2° édition, p. 413); G. n. 92, p. 102.