Lettres inédites, rv, p. 141; revu sur G. c~-:\xm, p
2. Ci-ddssiu, lr9 partie, e. 3, £ 1, n. 5, p. 50-Ù2 ; ci. c. 2, $. 3, p. iu.
en nous faisant invoquer le cœur de Jésus comme propitiation pour nos péchés, comme rassasié d opprobres, comme broyé à cause de nos crimes, comme fait obéissant jusqu'à la mort, comme percé dune lance; d'autre part, les litanies de la passion et l'heure sainte passée en union avec Jésus au jardin des Olives, étaient pour la sainte Visitandine deux des principaux exercices de la dévotion : elle va comme d'instinct à Jésus souffrant et mourant. On y pourrait voir une délicatesse d'amour : n'est-ce pas quand l'ami souffre, quand il est délaissé, quand il est outragé, que l'ami se tient plus près pour lui tenir compagnie, lui dire son amour, lui rendre hommage et compatir à ses peines? Il y a cela, sans doute, dans l'instinct qui pousse vers le jardin des Olives ou le Calvaire, les dévots du Sacré-Cœur. Mais il y a autre chose aussi. Leur dévotion cherche les traces de l'amour. Et où cet amour briile-t-il autant que dans la passion? Souffrir et mourir pour ceux que Ton aime, c'est, au témoignage de Jésus, l'effort suprême de l'amour. Elle va donc à la passion, parce que là plus que partout elle trouve ce Sacré- Cœur qui « s'épuise et se consomme pour témoigner son amour » .
C'est pour des raisons du même genre que la dévotion au Sacré-Cœur est en rapport étroit avec l'eucharistie. Les postulateurs de 1765 sont très explicites à ce sujet *. Marguerite-Marie fut
1. Voir Memoriale, n. 38, Nilles, t. I, p. 120, et Réplique aux exceptions du Promoteur de la foi, n. 23, 24, Nilles, p. 147.
l'amante de l'autel, comme elle fut l'amante de la croix. Tout son désir est de communier; tout son secours, dit-elle, « le cœur de mon aimable Jésus au très saint Sacrement ». Jésus lui demanda la communion réparatrice^ ; et il voulait qu'elle communiât toutes les fois qu'elle le pourrait, quoi qu'il pût lui en arriver.
La dévotion a toujours marché dans la même voie. A mesure qu'elle grandit dans une âme, elle pousse à communier plus et mieux.
La liturgie du Sacré-Cœur porte le même témoignage : la messe et l'office font les parts à peu près égales entre la pensée de la passion et la pensée de l'eucharistie. Le P. Croiset mettait l'eucharistie, comme il mettait la passion, dans sa définition même : « L'objet particulier de cette dévotion, disait-il dès la première phrase de son traité, est l'amour immense du Fils de Dieu qui l'a porté à se livrer pour nous à la mort et à se donner tout à nous dans le très saint Sacrement de l'autel. » C'est également ce que dit la sixième leçon du bréviaire, au jour de la fête : Qnam caritatem Christi patientis et pro generis humani redemptione morientis, atque in suœ mortis coinmemorationem instituentis sacramentam corporis et sanguinis sui, ut fidèles suh sanctissimi Cordis symbolo devotius ac ferventius recolant, ejusdemque fructus percipiant.
Ici comme pour la passion, la chose pourrait
1. Lettres inédites, ix, p. 194; G. cxxxvm, 608. Voir ci-dessus, 1" partie, c. 2, S 3, p. 26; c. 3, $ 1, n. <, P- &-
s'expliquer du côté des fidèles. C'est dans l'eucharistie que nous trouvons actuellement le cœur de Jésus le plus près de nous; c'est dans l'eucharistie qu'il s'unit le plus intimement à nous et que nous nous unissons à lui. Mais une raison plus objective de ce rapport étroit entre l'eucharistie et la dévo tion au Sacré-Cœur, c'est que l'eucharistie est, avec la passion, le témoignage le plus expressif de l'amour du Sacré-Cœur pour nous. C'est ainsi que l'entend le P. Croiset, ainsi que l'entend l'Église, dans ies textes qui viennent d'être cités. La passion et l'eucharistie sont les deux principaux bienfaits de cet amour que l'Église, comme elle s'en explique dans l'Oraison de la fête, honore dans le culte du Sacré-Cœur : In sanctissimo... Corde gloriantes, prœcipua in nos carilatis ejns bénéficia recolimus.
On pourrait se demander si et pourquoi le bienfait de l'incarnation, à laquelle nous devons Jésus lui-même, et qui est tout entier un effet d'amour (sic Deus dilexit mwidum ut Filium suum unigenïtum daret), ne doit pas être mis, aussi bien que la passion et l'eucharistie, en rapport spécial avec notre dévotion. Cela se fait quelquefois; le décret de 1765, en accordant la fête, disait que par ce culte « on renouvelait symboliquement la mémoire de l'amour qui avait porté le Fils unique de Dieu à prendre la nature humaine1. » L'hymne des Vêpres de la fête exprime la même idée : Amor