Nilles, t. I, p
cocgit te tuus Mortelle corpus sumere . Mais ces textes ne résolvent pas définitivement la question. La solution dépend de la ré ponse à une auire question, qu'il faut examiner pour préciser de plus en plus l'idée que nous devons nous faire de la dévotion au Sacré-Cœur.
Objet précis : le cœur qui aime les hommes.
Quel amour nous honorons dans la dévotion au Sacré-Cœur : l'amour pour les hommes; en quel sens V amour pour Dieu.
La question est celle-ci : De quel amour parlonsnous, quand nous disons que la dévotion au Sa Cœur a pour objet d'honorer sous la figure du cœur l amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Mais cette question elle-même a deux sens. Car cet amour du Sacré-Cœur peut être regardé du eôt de l'objet aimé, et Ton peut se demander h qui iî va : Est-ce l'amour pour Liai? est-ce l'amour pour les hommes? Il peut être regardé du côté du sujet qui aime, et la question devient : Quel amour de Jésus honorons-nous en honorant son Cœur, celui dont il aime comme homme ou celui dont il aime comme Dieu, son amour humain ou son amour divin, son amour créé ou son amour incréé, celui qui pleura sur Lazare ou celui qui fit Lazare?
A la première question la réponse est facile. L'amour que nous honorons dans ce culte, c'est
l'amour de Jésus pour les hommes, l'amour qui demande une réciprocité d'amour : « Voilà ce cœur qui a tant aimé les hommes », disait Jésus à la sainte voyante. Quis non amantem redamet? Quis non redemptus diligat? chantons-nous dans l'hymne de Laudes. Prœcipua in nos caritatis ejus bénéficia recolimus, disons-nous dans l'Oraison. Tous les textes sont dans le même sens, et ce serait perdre son temps de les accumuler ici pour prouver une thèse que personne ne conteste. 11 n'y a qu'à donner une explication et à prévenir une difficulté.
Une explication. L'amour de Jésus pour les hommes ne va pas sans son amour pour son Père ; il en est tout pénétré, il y prend sa source, il y a son motif. Jésus savait le grand commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toutes tes forces » ; et il le pratiquait comme personne ne le pratiquera. Il savait que le second commandement est semblable au premier : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même pour Dieu », et il le pratiquait avec la même perfection idéale. Cela revient à dire que l'amour de Jésus pour le prochain fut un amour surnaturel, un amour réglé, et donc tout informé par son amour pour son Père. Pour être réglé, pour être surnaturel, en est-il moins vif, moins tendre, et, si je puis dire, moins naturel? Il en est qui se figurent sottement les choses de cette façon : ils voudraient que, pour les aimer, on cessât d'aimer Dieu. Si les
délicatesses du cœur des saints ne réussissent pas à les détromper, qu'ils étudient les délicatesses du coeur de Jésus. Voilà pour l'explication.
Reste une difficulté. Nous avons dit que tous les textes entendent l'amour du Sacré-Cœur comme sun amour pour les hommes. La chose est vraie. 11 y a pourtant des exceptions, au moins apparentes, et il s'en est présenté déjà sur notre route. Dans la réplique des postulateurs polonais, il est dit que le cœur de Jésus doit être considéré, en second lieu, comme le symbole ou le siège naturel de toutes les vertus et de toutes les affections intérieures du Christ, et en particulier de l'amour immensequ'il eut pour son Père et pour les hommes, imprimisque amoris illius immensi quo Patrem et homincs proseculus est*. Le P. de la Colom- Lière parle de nieiiic : « Les principales vertus qu'on prétend honorer en lui sont : premièrement un amour très turent de Dieu son Père2. »
Il serait facile de citer des textes analogues chez ceux-là mêmes qui disent le plus expressément que la dévotion au Sacré-Cœur a pour objet d'honorer l'amour dout Jésus a aimé les hommes, chez le P. Croiset, par exemple, ou chez le P. de GallKTet. N'est-ce pas pour brouiller toutes nos notions et nos définitions? Non. Pourvu que nous nous rappelions les deux façons que nous avoni signalées d'entendre la dévotion au Sacré-Cœur. Elle est, dans son objet direct et immédiat, la
1. Repticalio, n. 18, Nilles, t. I, p. 145. Ci-ic^;^. g C. p. 106.