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CHAPITRE IV

Combien cette Dévotion est utile à notre salut et à notre perfection.

I Jésus-Christ a fait tant de prodiges pour nous engager à l'aimer, quelles faveurs ne fera-t-il pas à ceux qu'il verra empressés à lui témoigner leur reconnaissance et leur ardent amour? Il nous a aimés avec tendresse, dit saint Bernard, et il nous a comblés de biens lorsque nous ne l'aimions pas, alors même que nous ne voulions pas qu'il nous aimât'. Quels dons et quelles grâces ne répandra-t-il pas sur ceux qui l'aiment, et qui sont si touchés de le voir si peu aimé ?

On voit assez que la Dévotion au Sacré Cœur de Jésus est une preuve, ou pour mieux dire, un exercice continuel d'un ardent amour pour Jésus-Christ. Outre qu'elle consiste dans la pratique des plus saints exercices de notre Religion, elle a je ne sais quoi de si fort et de si tendre, qu'elle obtient tout de Dieu ; et à la vérité, si Jésus-Christ fait de si grandes grâces à ceux qui ont de la dévotion aux instruments de sa Passion et à ses Plaies, quelles faveurs ne fera-t-il pas à ceux qui ont une tendre dévotion envers son Sacré Cœur?

1 Dilexit non e.xistentes sed et resistentes.

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On a pu voir dans la Préface de ce Livre les raisons qui peuvent porter un homme sage à ne pas refuser d'ajouter foi aux Révélations de sainte Mechtilde. Voici ce que cette Sainte raconte sur ce sujet : Je vis un jour, dit-elle, le Fils de Dieu tenant entre ses mains son propre Cœur plus éclatant que le Soleil, et jetant des rayons de lumière de tous côtés ; et ce fut pour lors que cet aimable Sauveur me fît connaître que c'était de la plénitude de ce Cœur divin que sortent toutes les grâces que Dieu répand sans cesse sur les hommes, selon la capacité d'un chacun : et cette même Sainte a assuré peu de temps avant sa mort, qu'ayant un jour demandé instamment à Notre-Seignéur quelque grande grâce pour une Personne qui l'en avait priée, Jésus- Christ lui dit : Ma Fille, dites à la Personne pour laquelle vous me priez, que tout ce qu'elle désire, elle le cherche dans mon Cœur ; qu'elle ait une grande dévotion à ce Sacré Cœur, qu'elle me demande tout dans ce même Cœur, comme un enfant qui ne sait d'autre artifice que celui que l'amour lui suggère pour demander à son père tout ce qu'il veut K

Dieu ayant fait connaître à cette Personne dont on a parlé dans le second Chapitre, et pour laquelle le Père de la Colombière avait tant de vénération ; Dieu, dis-je, lui ayant fait connaître les grandes grâces qu'il avait attachées à la pratique de cette Dévotion, lui fit entendre que c'était par un dernier effort, pour ainsi dire, de son amour envers les hommes, qu'il avait résolu de leur découvrir les trésors de son Sacré Cœur, en leur inspirant cette Dévotion qui doit faire naître l'amour de Jésus-Christ dans le cœur des plus insensibles, et embraser celui des moins fervents. Publiez partout, inspi-

* Lihcr spiritualis grutiœ. Part. IV,, cap. 28.

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rez, lui dit cet aimable Sauveur, recommandez cette Dévotion aux Gens du monde, comme un moyen sûr et facile pour obtenir de moi un véritable amour de Dieu; aux personnes Ecclésiastiques, et Religieuses, comme un moyen efficace pour arriver à la perfection de leur état ; à Ceux qui travaillent au salut du prochain, comme un moyen assuré pour toucher les âmes les plus endurcies ; et enfin à tous les Fidèles, comme une Dévotion des plus solides et des plus propres pour obtenir la victoire des plus fortes passions, pour remettre l'union et la paix dans les familles les plus divisées : pour se défaire des imperfections les plus envieillies, pour obtenir un amour pour moi très ardent et très tendre, enfin pour arriver dans peu de temps, et d'une manière fort aisée à la plus sublime perfection.

Saint Bernard, plein de ces sentiments, ne parle jamais du Sacré Cœur de Jésus que comme du trésor de toutes les grâces et de la source inépuisable de tous les biens. O très doux Jésus, s'écrie-t-il, que vous renfermez de richesses dans votre Cœur, et qu'il nous est aisé de nous enrichir, possédant dans l'adorable Eucharistie ce trésor infini ^ ! C'est dans cet adorable Cœur, dit le Cardinal Pierre Damien, que nous trouvons toutes les armes propres pour notre défense, tous les remèdes propres pour la guérison de nos maux, tous les secours les plus puissants contre les assauts de nos ennemis, toutes les consolations les plus douces pour soulager nos souffrances, toutes les plus pures délices pour combler notre âme de joie. Etes-vous affligé? Vos ennemis vous persécutent-ils? Le souvenir de vos péchés passés vous trouble-t-il ? Votre cœur se sent-il agité d'inquiétude, de crainte, de passions ? Venez vous prosterner

1 Bernardus de Passione. Tract. I, cap. 3.

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au pied de nos Autels; jetez-vous, pour ainsi dire, entre les bras de Jésus-Christ; entrez jusque dans son CoeUr*: c'est un asile, c'est la retraite des âmes saintes, et un lieu de refuge où notre âme est en parfaite sûreté ^. Non seulement le Sacré Cœur de Jésus, dit le dévot Lansperge, est le siège de toutes les vertus, mais il est encore la source des grâces avec lesquelles on acquiert et l'on conserve ces mêmes vertus. Aj^ez une Dévotion tendre pour cet aimable Cœur tout plein d'amour et de miséricorde, continue-t-il ; que ce soit par lui que vous demandiez tout ce que vous voulez obtenir ; que ce soit par lui que vous offriez toutes vos actions, parce que ce Sacré Cœur est le trésor de tous les dons surnaturels ; il est, pour ainsi dire, la voie par où nous nous unissons plus étroitement à Dieu, et par où Dieu se communique plus amoureusement à nous. Puisez, puisez à loisir dans ce Cœur sacré toutes les grâces, toutes les vertus dont vous avez besoin, et n'appréhendez pas d'épuiser ce Trésor infini ; recourez à lui dans toutes vos nécessités, soyez fidèle dans les saintes pratiques d'une Dévotion si raisonnable et si utile, et vous en ressentirez bientôt les effets ■*.

' Cor Christi cœleste gazophylacium et aerarium est. — Petrus Damianus. Sermo I de E,ecellentia Joannis Evangelistœ.

2 Cor Christi asylum perfugii in tentationibus et tribulationibus. — Blosius. Conclave animœ fhlelis.

3 Ad venerationem Cordis piissimi Jesu amore ac misericordia exuberantissimi studeas teipsum excitare,ac sedula devotione ipsum frequentare. Per Ipsum petenda petas et exercitia tua offeras quia charismatum omnium est apotheca, ostium per quod nos ad Deum, et Ipse ad nos accedit... Gratiam quoque ejus et virtutes ac prorsus quidquid fuerit tibi (quod mensuram excedit) salutare, videaris tibi ex gratioso Corde attrahere... Ad quod in omni necessitate confugias, unde consolationem quoque, et omne auxilium haurias. — Lanspcrg. Pharetra divini Ajnoris. Exercitiuin ad piiss. Cor Jesu.

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Nous trouvons encore un exemple illustre de tout ceci dans la vie de sainte Mechtilde. Le Fils de Dieu s'étant apparu à elle lui commanda d'aimer ardemment, et d'honorer autant qu'il lui serait possible dans le Saint Sacrement, son Sacré Cœur qu'il lui donna pour gage de son amour, et pour être son lieu de refuge pendant sa vie et toute sa consolation à l'heure de la mort. Dès ce temps-là cette Sainte fut pénétrée d'une dévotion extraordinaire envers ce Sacré Cœur, et elle en reçut tant de grâces, qu'elle avait coutume de dire que s'il fallait écrire toutes les faveurs et tous les biens qu'elle avait reçus par le moyen de cette Dévotion, il n'y aurait nul livre, quelque grand qu'il pût être, qui fût capable de les contenir '. L'heureuse expérience qu'en ont faite et qu'en font encore tous les jours tous ceux qui ont à cœur cette Dévotion, confirme assez les sentiments de ces personnes si chéries de Dieu.

« Je suis résolu, dit l'Auteur du Chrétien Intérieur, « de ne dépendre désormais que de la divine Provi- « dence, sans chercher ni consolation ni appui dans les « créatures ; je dois être semblable à un enfant qui « sans inquiétude et sans crainte, repose doucement « entre les bras de sa mère de qui il reçoit mille ca- « resses et mille douceurs; j'avoue que Notre-Seigneur « me traite de la sorte, car sans chercher ailleurs de « quoi nourrir et enrichir mon àme, je trouve dans son « Sacré Cœur tous les secours et tous les biens dont j'ai « besoin, et je les y trouve, ces biens, en si grande abon- « dance, et j'en suis enrichi si libéralement, que je suis « quelquefois étonné, craignant qu'il n'y ait de ma né- « gligence de recevoir de ce Sacré Cœur de si grandes « grâces, en travaillant si peu. »

' Liber specialis gratiœ. Part. II, cap. 19.

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Mais quand on ne pourrait apporter en faveur de cette Dévotion, ni autorité, ni exemples, ni révélation particulière ; quand Jésus-Christ lui-même ne s'en serait pas expliqué ni si souvent, ni si clairement, faut-il de grands raisonnements à un Chrétien pour concevoir qu'il n'y a rien de plus solide, ni de plus avantageux pour notre salut et pour notre perfection, qu'une Dévotion qui n'a pour motif que le plus pur amour de Jésus-Christ, dont la fin est de réparer autant qu'il est possible toutes les indignités que Jésus-Christ souffre dans l'adorable Eucharistie, et dont toutes les pratiques ne tendent qu'à honorer et à faire aimer ardemment Jésus-Christ ?

Cet admirable Sauveur, qui a tant fait pour avoir le cœur des hommes, pourrait-il rien refuser à ces hommes qui lui demandent eux-mêmes une place dans son Cœur? Si Jésus-Christ se laisse donner à ceux mêmes qui ne l'aiment pas, s'il se fait même porter à l'heure de la mort à des gens qui n'ont presque jamais daigné le visiter pendant leur \ie, qui ont été insensibles, et aux marques éclatantes d'amour qu'il leur donnait, et aux cruels outrages qu'il recevait dans l'adorable Eucharistie ; enfin à des gens qui l'ont peut-être euxmêmes maltraité ; que ne fera-t-il pas pour des fidèles serviteurs qui, sensiblement touchés de voir leur bon Maître si peu aimé, si rarement visité, si cruellement outragé, lui font de temps en temps une amende honorable pour tous les mépris qu'il souffre, et n'oublient rien pour réparer tant d'outrages par leurs fréquentes visites, par leurs adorations, et par leurs hommages, et principalement par leur ardent amour? Il est donc visible qu'il n'y a rien de plus raisonnable ni de plus utile que la pratique de cette Dévotion, et sera-t-il né-

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cessaire de faire de grands raisonnements pour en persuader l'usage à des Chrétiens ' ?

^ Les précieux avantages attachés à la Pratique de la Dévotion au Sacré Cœur que le Père Croiset vient d'indiquer, avaient été annoncés longtemps à l'avance par deux grands contemplatifs, sainte Gertrude, à Helfta, en Saxe ( 1 256- 1 3o2), et un fils de saint François, libertin de Casali, au couvent de l'Alverne, en Italie (i248-i3o5)."

Ce que Gertrude a écrit à cet égard a été souvent cité, un mot suffira à le rappeler. Son Historien raconte que le Disciple bien-aimé lui ayant apparu, elle demanda à son céleste Visiteur comment il se faisait que lui, dont la tête s'était reposée sur lapoitrine du Sauveur, pendant la dernière Cène, il avait complètement passé sous silence les battements du Cœur adorable de son Maître; et elle lui exprimait son regret qu'il n'en eût rien dit pour notre instruction. Le Saint lui répondit : « Ma mission était d'écrire pour l'Église encore « jeune un mot du Verbe incréé de Dieu le Père, mot qui à « lui seul donnerait de l'exercice à toute intelligence hu- « maine jusqu'à la fin du monde, sans toutefois que jamais « personne parvienne à le comprendre dans toute sa pléni- «. tude. Quant au langage de ces bienheureux battements du -« Cœur de Jésus, il est réservé pour les derniers temps, alors « que le monde vieilli et refroidi dans l'amour divin aura « besoin de se réchaulîer à la révélation de ces Mystères. » — Lansperge. Vie de la Sainte et Revelationes Gertrudianœ. Legatus divinœ pietatis. Lib. IV, cap. iv.

Le Frère Ubertin de Casali est plus explicite encore, mais beaucoup moins connu. Après avoir enseigné à Paris, pendant neuf ans, la Philosophie et la Théologie, il était venu, brisé de fatigue, prendre un peu de repos au sein de sa famille religieuse dans la solitude de l'Alverne. Sa réputation de science et de piété l'y avait précédé ; ses frères voulurent mettre à profit son séjour ,^parmi eux et le prièrent d'écrire pour tout l'Ordre un Traité sur le martyre du Cœur de Jésus,

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de cordiali Passione Jesii. Ne pouvant résister à leur pieuse importunité, il se mit à l'œuvre, et malgré l'épuisement de ses forces, en sept mois, du q mars au 28 septembre i3o5, il composa son grand Ouvrage intitulé : l'Arbre de Vie. Il y proclame clairement et en plusieurs endroits l'avènement futur de la Dévotion au Sacré Cœur ainsi que les heureuses conséquences qui en résulteront pour le monde. Nous aimerions à mettre sous les yeux du Lecteur, d'une manière complète, un magnifique passage du Livre à cet égard ; mais outre que le morceau est assez long, nous avouerons que nous nous sentons incapable de le traduire comme il le faudrait. Nous nous bornerons donc à en donner la substance, nous réservant de faire suivre notre résumé du texte original.

« L'ineffable bonté du Sauveur, dit Ubertin, avait inspiré « à saint Jean une familiarité si grande qu'il s'enhardit jus- « qu'à se reposer sur la poitrine de son Maître. O fortuné « sommeil, repos extatique de la sainte contemplation ! Il « est l'image des bienfaits inestimables que Dieu doit répan- « dre à la fin des temps sur les âmes de ses élus. Un jour « viendra où l'Église sera élevée à une contemplation si « sublime qu'elle prendra véritablement son repos sur le « Cœur du Christ. Alors dans son sein surgiront des légions « d'âmes généreuses qui, enivrées des délices goûtées sur le « Cœur du Sauveur, ne respireront plus que pour leur divin « Maître. N'est-ce pas elles que le Prophète avait en vue « lorsqu'il disait (Psal. cxxvi) : « Quand le Seigneur aura « envoyé à ses bien-aimés ce mystérieux sommeil, ils devien- « dront praitnent son héritage, ils seront la récompense de « ses travaux, ce sera par ses mérites que l'Église leur mère « les enfantera. Ils seront aux mains du tout-puissant Jésus « ce que sont des flèches de choix aux mains d'un vigoureux « et habile archer, il s'en servira pour porter à ses ennemis « des blessures salutaires qui les feront tomber repentants à « ses pieds. Bienheureux ceux qui régleront leurs désirs « d'après les conseils qu'ils en recevront, la manne tenue en « réserve pour le victorieux sera leur alitnent. Le livre de la « science leur sera donné tout ouvert pour qu'ils possèdent

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« l'intelligence des Écritures afin de prêcher aux peuples, aux tribus et aux nations. On leur confiera la toise avec « laquelle ils prendront les dimensions du Tetnple et de la « Cité pour rétablir le culte divin dans sa splendeur et rendre « à l'Église sa beauté obscurcie par les crimes des impies. « Rien ne saurait leur nuire, la puissance d'enchaîner Satan « leur sera accordée, et c'est avec allégresse qu'ils endure- « ront la persécution; loin d'abattre leur courage, elle l'ani- « mera. A l'e.xemple de Jean qui plongé dans une chaudière « d'huile bouillante n'en ressentit aucun dommage, mais en « sortit comme d'un bain réparateur avec une nouvelle jeu- « nesse, ils auront aussi leur martyre. Leur chaudière d'huile « bouillante sera l'immensité du Cœur de Jésus souffrant « pour nous, et tout bouillant d'amour, c'est là qu'ils rece- « vront l'onction fortifiante qui fait les athlètes invincibles, « ils y puiseront une telle soif du sacrifice que les plus « effroyables tortures leur paraîtront un rafraîchissement « délicieux. Enfin encore comme Jean, que des misérables « cherchèrent en vain à faire périr, en lui présentant un « breuvage meurtrier, qui ne servit qu'à lui obtenir la grâce « de rendre la vie à ceux auxquels le poison l'ôterait, ils « vivront en sûreté parmi les mauvais chrétiens, sans que « l'air empesté de cette atmosphère leur devienne funeste ; « et bien loin d'y trouver la mort, ils y recevront le pouvoir « de rendre la santé aux pécheurs en les arrachant à leurs « désordres. »

Parlant de la dernière Cène à la suite de laquelle le Seigneur institua l'Eucharistie, Ubertin s'exprime en ces termes : « Sicut autem perditum et perfidum Judam perceptio Sacramenti in majorem potestatem diaboli tradidit, quia indigne accessit, sic dilectum Joannem dévote suscipientem ad tantam familiaritatem adduxit ut pectus Jesu Divinitate repletum acceperit ad quietem. O felix somnus et ecstaticus sanctas contemplationis accubitus, qui tune in hoc dilecto inestimabiliaDei bénéficia super electorum suorum animas diffundenda in fine temporum figuravit. In hoc enim benedicto somno figuratur Ecclesia contemplativa, quas in fine temporum de-

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bet ad tam suavem gustum adduci contemplationis, ut vere requiescat in pectore Christi, quia sibi débet specialius revelari arcanum unionis personalis in Christo, et istius unionis diffusio in corpus suum mysticum, et transformatio mentium in dilectum ; propler quam transformationem hi singuiariter omnibus temporalibus abdicatis, quas tune erunt materia divisionis et separationis a Christo, reprobatis illis sacrilegis qui de Christo Jesu et ejus cuitu simoniace negotiantur ad temporalium quasstum, in hereditatem Domini assumuntur, et ad sublimitatem perfectionis et quietem adducti ab omni distractionis turbine sopiuntur. Qui describuntur in Propheta cum dicit (Psalm. cxxvi) : Cu7n dederit dilectis suis somnum, etc. Hi enim dilecti tempore tentationum impii Antichristi tam mystici quam aperti ab omni distractivo temporalium amore sejuncti in hoc adverbio démonstrative. Ecce, inquit, hereditas Domini, quia hi dilecti nihil quasrentes de mundo, sed totaliter respicientes in Christi pectore, configurati nunc similitudini mortis ejus in charitatis ardore quae tune quando hic dilectus dormivit super pectus Jesu in ipso singuiariter bulliebat, nihil aliud quaerunt nisi cum dilecto mori in fervore amoris et tolerantia passionis, et in ipso frui ' in perfecta quietudine adimpletionis voluntatis divinae. Et ideo singuiariter dicuntur hereditas Domini, tum quia singuiariter Deum possident omnia alia contemnendo, tum quia ab ipso plenarie possidentur per immolationem voluntatis suas. Et ideo singuiariter tanquam Domini hereditas demonstrantur, quia tempore inundantis tempestatis praedictae ipsi videntur reliquiae dominicas portionis qui proprie dicuntur filii merces, quia ex singulari Christi merito dantur ipsi Dei Filio pro mercede. In quo etiam innuitur quod hi singularissime diffidentes de propriis meritis, et propria vilitate inabyssati, de solo Christi merito gloriantur, et de hoc sunt contenti, et nihil aliud volunt nisi illud quod benedictus Jésus dum viveret eis meruit in seipso maxime per supplicia Passionis. Et idcirco sunt totaliter in Christi passiones et dolores et penurias transformati per altissimae paupertatis amorem; hi sunt viri seraphici legitimi filii Francisci, qui dicuntur

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fructus ventris ; quia in ventre carnalis Ecclesiae absconsi, et non appetentes in exteriori pompa eorum quas carnis sunt, tanquam singularis fructus hujus Sponsœ ab ejus Sponso Jesu in successores légitimes assumuntur. De his verifîcatur •quod sequitur : Sicut sagittœ in manu potentis, ita filii excussoriim, id est, filii excussi qui in manu potentis Jesu tanquam electae sagittae ad inimicos ejus vulnerandos, occidendos et convertendos expedientissime convertuntur et diriguntur. Et ideo beatiis vir qui implevit desiderium suum ex ipsis, quïa. istis singulariter revelatur manna absconditum. Istis datur liber apertus ut praedicent populis, tribubus et linguis, quia eis datur intelligentia Scripturarum. Istis datur calamus mensuraï, ut metiantur templum et civitatem, id est, divinum cultum instituant et reforment Ecclesiam impiorum vitiis deformatam. Istis datur firmitas columnaris. Istis datur potestas alligandi Sathanam. Istis datur fundamentaliter ut in eis novae Ecclesiae contemplativas structura fundetur. Istisignantur per Joannem in hoc somno non solum sed in multis quœ in Apocalypsi ipse describit et in laeta tolerantia passionum. Sicut enim iste dilectus in ferventis olei dolium missus, non adustus sed unctus exiit, sicut venenum benedicto Joanni mortem non intulit, sed venenatos suo sufFragio suscitavit, ut Joannis martyrium defuerit ad pœnam et non detuerit ad coronam : sic et hi dilecti singulariter martyrizantur in dolio ferventis olei, scilicet in immensitate bullientis amoris Cordis Jesu passionati pro nobis, in quo tanquam tyrones cœlestis regni sic consecrantur et ad pugnandum pro Christo viriliter animantur, ut omnia martyria reputent unctiones. Hi bibunt continue venenum mortiferum carnalium et falsorum Christianorum cum quibus vivunt, eorum supportantes et gementes defectum, ad hoc solummodo conversantes cum eis non ut moriantur in illorum defectibus, sed ut ipsos libèrent ab illa flenda morte quam ex venenata falsificatione vitas Christi eos 'gementes conspiciunt incurrisse. Sed nunc hi claudantur sermones quia de his nimis grandis est sermo et ininterpretabilis ad dicendum. '^\u\i\^m enim fuit |mysticus ille dilectissimi discipuli super pectus Domini somnus in me-

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moria tanti turbinis tune expressi, cum annunciaret Salvator

praesentiam suae mords »

Citons encore ces paroles du pieux Franciscain à propos du miracle de l'eau changée en vin, à la prière de la Mère du Sauveur : « In eo (Joanne Evangelista) fuit singulare prae omnibus Apostolis, quod figurât illum statum Ecclesiae de quo tibi saepe facio mentionem quoniam ad ipsum tota mente suspiro. In quo jam non distracta per temporalia et carnalia ut pedissequa, sed tota in caméra aeternas recollectionis reclusa quiète et tranquille , pulchritudinem faciei Sponsi , reformata in se Sponsi vita, Ecclesia Sponsa recipiat ; et in suavissimo lecto nuptias connubii Cordis Jesu quod sibi in cruce aperuit soporata ejus suavissimis vacet amplexibus, simul gustans cum Crucifixo amaritudinem suae mortis et cum glorioso Jesu suae gloriam Deitatis.... » — Arbor Vitœ crucifixœ Jesu. Lib. IV, cap. vu. Jesu dilecto stratus, et Lib. III, cap. VI. Jésus a Matre rogatus. Venetiis 1486. Voir également : Le Sacré Cœur de Jésus, Etudes franciscaines par le R. P. Henri de Grèzes.

Note de l'Éditeur.

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