‹ La dévotion au Sacré-Cœur de N.-S. Jésus-ChristChapitre 35 sur 90 · SECONDE DISPOSITION · texte numérisé non relu

SECONDE DISPOSITION

Une foi vive.

3 A seconde disposition est une vive foi. Une foi languissante ne produira jamais un grand amour. On aime peu Jésus-Christ, quoique tout

le monde convienne qu'il est infiniment aimable, parce

6o La dévotion au Sacré Cœur

que l'on ne croit pas, comme il faut, les plus grandes merveilles par lesquelles il nous témoigne son plus grand amour. Que ne fait-on pas pour bien recevoir un homme qu'on croit être puissant à la Cour? Quelle assiduité, quelle retenue, quel respect en présence d'un homme qu'on croit être le Roi, quand même il serait déguisé sous les haillons du plus pauvre des hommes? Que ne ferait-on pas en présence de Jésus-Christ sur nos Autels, quelle assiduité, quel respect, mais surtout quel amour n'aurait-on pas en présence d'un si aimable Rédempteur, de notre Roi, de notre Juge déguisé sous les faibles apparences du pain, si Ton croyait sincèrement qu'il y fût, ou du moins si on le croyait d'une foi vive? Les ossements des Saints inspirent je ne sais quel respect : la seule lecture de leurs vertus fait naître je ne sais quelle vénération et quel amour pour leur Personne, parce qu'on ne doute nullement de la vérité de ce qu'on a ouï ou de ce qu'on a lu : et tout le Corps et tout le Sang de Jésus-Christ vivant sur nos Autels, la vue même des merveilles qu'il fait pour nous témoigner son amour extrême, ne nous inspirent presque point de respect, et beaucoup moins d'amour. On ne trouve jamais le temps long auprès d'une personne qu'on aime ; d'où vient qu'un quart d'heure devant le Saint Sacrement nous ennuie si fort? Un spectacle, une représentation profane finit toujours trop tôt quand elle aurait duré les trois heures; et une Messe dans laquelle Jésus-Christ est véritablement et réellement offert en sacrifice pour nos péchés, nous paraît d'une longueur insupportable si elle dure une demi-heure, quoiqu'on soit bien persuadé que la représentation profane est une fable, que les acteurs ne sont rien moins que ce qu'ils représentent, et que toute l'action nous est fort inutile; et qu'au contraire on fasse profession de croire

de N.-S. Jésus-Christ. 11^ Partie. 6i

qiïe le sacrifice de nos Autels contient la même victime que celui du Calvaire, et qu'il n'est rien qui puisse nous être plus utile que cet acte le plus auguste et le plus saint de notre Religion '.

Jésus-Christ demeure parmi nous de la même manière qu'il demeurait à Nazareth parmi ses proches; il y était sans être connu d'eux et sans faire en leur faveur les miracles qu'il faisait ailleurs : ainsi notre aveuglement et notre mauvaise disposition à son égard l'empêchent de nous faire voir et sentir les merveilleuses opérations dont il favorise ceux qu'il trouve bien disposés. D'où vient qu'on déplore tant le malheur des Juifs, qu'on se sent si fort indigné contre eux pour avoir si mal traité Notre-Seigneur qu'ils n'ont pas voulu reconnaître ? C'est sans doute parce qu'on croit la vérité de ce point de foi ; et d'où vient cependant qu'on est si peu touché, et de l'oubli qu'on fait de Jésus-Christ dans le Saint Sacrement, où si peu de gens le visitent, et des outrages qu'il y souffre par ceux-mêmes qui font profession de le reconnaître ? C'est qu'assurément la foi des Chrétiens est fort languissante en ce point. Il est donc nécessaire d'avoir une foi vive pour avoir cet ardent amour pour Jésus-Christ dans le Saint Sacrement, pour être touché des outrages auxquels l'excès de son amour pour nous l'expose, enfin pour avoir une véritable Dévotion au Sacré Cœur de Jésus-Christ. Et pour cela il faut mener une vie pure et innocente ; il faut animer notre foi par notre assiduité, et surtout par notre profond respect devant le très Saint Sacrement et par toute sorte de bonnes œuvres : il faut beaucoup

' In divino hoc sacrificio quod in jSIissa peragitur, idem ill«» Christus continetur et incruente immolatur, qui in ara Crucisseme I semetipsum cruente obtulit : una eademque est hostia. — Trident Sess. XXII, cap. 2.

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prier, la demander souvent à Dieu, cette foi vive, il faut agir enfin comme des gens qui croient, et nous nous sentirons bientôt animés de cette vive foi.

§ III

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