TROISIÈME DISPOSITION
U71 grand Désir d'aimer ardeîmnefiî Jésus-Christ.
A troisième disposition, c'est un grand désir d'aimer ardemment Jésus-Christ. Il est vrai qu'il est impossible d'avoir une vive foi et de vivre dans l'innocence, sans être en même temps embrasé d'une très ardente charité pour Jésus-Christ, ou du moins d'un ardent désir de l'aimer. Or il est visible que ce désir d'aimer ardemment Jésus-Christ, est une disposition absolument nécessaire pour avoir cette Dévotion, qui est elle-même un exercice continuel de cet ardent amour. Jésus-Christ ne donne jamais son amour qu'à ceux qui le désirent passionnément; la capacité de notre cœur en ceci se prend de la grandeur de son désir, et tous les Saints conviennent que la disposition la plus propre pour aimer Jésus-Christ avec tendresse, c'est de désirer beaucoup de l'aimer. Bienheureux, dit le Fils de Dieu, ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront infailliblement rassasiés. Un cœur doit être nécessairement purifié par cet ardent, désir pour être en état d'être embrasé des pures flammes de l'amour divin. Cet ardent désir ne dispose pas seulement notre cœur à être embrasé de l'amour de Jésus-
de N.-S. Jésus-Christ. 11^ Partie. 63
Christ; il engage encore cet aimable Sauveur à allumer dans notre cœur ce feu sacré ; désirons véritablement de l'aimer, on peut dire que ce désir est toujours efficace, et il est inouï que Jésus-Christ lui ait jamais refusé son amour. ■^
Peut-on exiger quelque chose de plus raisonnable ? Peut-on même exiger quelque chose de plus facile, puisqu'il n'est point de Chrétien qui ne prétende avoir du moins le désir d'aimer Jésus-Christ? S'il est donc vrai que ce désir soit une disposition si propre à avoir cet ardent amour de Jésus-Christ, d'où vient que si peu de gens l'aiment ardemment, quoique tous se flattent d'être dans cette disposition, et que Jésus-Christ soit prêt à donner son amour à tous ceux qui sont bien disposés? C'est que notre cœur est tout occupé de l'amourpropre, et ce que nous appelons désir d'aimer Jésus- Christ, n'est proprement qu'une simple spéculation, qu'une connaissance stérile de l'obligation que nous avons de l'aimer; c'est un acte de l'entendement, et non pas de la volonté ; et cette connaissance qui est commune à tous ceux qui n'ignorent pas les bienfaits dont ils lui sont redevables, passe aujourd'hui pour un véritable désir dans tous ceux qui se croient en bonne conscience, pourvu qu'ils aient quelque spécieux prétexte pour se tromper. Pour nous convaincre que nous n'avons point de véritable désir d'aimer Jésus-Christ, nous n'avons qu'à comparer ce prétendu désir avec tous les autres que nous avons véritablement. Que de soins, que d'empressements, lorsqu'on désire passionnément quelque chose ! On est tout occupé de ce désir, on y pense, on en parle en tout temps, on est sans cesse à prendre des mesures, à chercher des moyens pour en avoir l'accomplissement, on en perd jusqu'au sommeil. Et quel effet semblable a jamais produit en nous le dé;
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sir que nous prétendons avoir d'aimer Jésus-Christ? La crainte de n'avoir pas cet amour nous a-t-elle fait beaucoup de peine, et la pensée de ce même amour nous occupe-t-elle beaucoup ? Nous n'aimons guère Jésus-Christ, et nous nous trompons lorsque nous nous flattons de désirer beaucoup son amour. Le véritable désir d'aimer ce divin Sauveur approche de trop près du véritable amour, pour n'avoir pas de semblables effets, et l'on a beau se servir de tous les artifices de l'amour-propre, il ne sera jamais vrai qu'on désire beaucoup d'aimer Jésus-Christ tandis qu'on l'aimera si peu. Il y a grand danger que ces sortes de désirs stériles que nous ressentons quelquefois d'aimer Jésus- Christ, ne soient que quelques petites étincelles d'un feu presque éteint, et de véritables marques d'une tiédeur dans laquelle nous vivons. Que si nous n'avons pas cet ardent amour pour Jésus-Christ, faisons du moins une fois en notre vie quelques sérieuses réflexions sur les obligations que nous avons de l'aimer, et il est certain qu'elles feront naître du moins un véritable désir d'être embrasé de cet ardent amour.
§ IV