‹ La dévotion au Sacré-Cœur de N.-S. Jésus-ChristChapitre 38 sur 90 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Quels sont les obstacles qui empêchent qu'on ne tire tout le fruit que Von devrait de la Dévotion au Sacré Cœur de Jésus-Christ.

OMxME la Dévotion au Sacré Cœur de Jésus- Christ est extrêmement utile, aisée, raisonnable et solide, il est peu de personnes solidement vertueuses qui ne la goûtent, peu qui ne la pratiquent ; mais toutes ne ressentiront pas cet ardent amour pour Jésus-Christ, ni ces véritables douceurs que Jésus-Christ fait ressentir à ceux qui l'aiment, quoique ces faveurs singulières soient le fruit de la Dévotion au Sacré Cœur de Jésus-Christ. Tout ce qui empêche le progrès des âmes dans la perfection, est un obstacle aux grandes grâces que cette Dévotion nous procure, et ces obstacles que peu de gens surmontent, tarissent, pour ainsi dire, la source de ces grandes grâces, et font que Dieu ne se communique confidemment qu'à peu de gens.

Il y a longtemps qu'on se plaint de ce qu'on ne ressent presque plus dans les pratiques de Dévotion ces douceurs célestes que les Saints ont goûtées, et qui, quoiqu'elles ne soient pas les apanages de la sainteté, servent pourtant beaucoup à former les Saints. On n'expérimente que sécheresse, que tiédeur, que dégoût

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dans tous les exercices de piété. Nulle consolation, nulle douceur dans la prière, nul sentiment de dévotion, ni à la Communion, ni à la Messe; froideur et ennui dans tout ce qui devrait faire notre plus grand plaisir et tous nos plus grands empressements. Que fait-on ? On tâche de se consoler sur ce que la sainteté ne consiste pas dans cette Dévotion sensible. Il est vrai que l'on peut être grand Saint, et n'avoir pas cette Dévotion sensible ; mais tandis qu'on est tous les jours si lâche et si imparfait, on a sujet de croire que c'est en punition de notre lâcheté que Dieu ne nous fait pas sentir ces douceurs intérieures et ces consolations spirituelles, qui cependant serviraient beaucoup à nous rendre plus courageux et à nous faire devenir plus parfaits.

La voie de la perfection n'est pas différente aujourd'hui de celle par où tous les Saints ont marché ; ils avouent tous qu'il n'est pas possible d'imaginer plus de plaisir que l'on en goûte au service de Dieu ; qu'on y est comblé de tant de douceurs que les plus grands travaux sont des délices, qu'on ne sait ce que c'est que dégoût, que mélancolie ; que ce qui paraît de plus affreux y cause une joie si pure et si parfaite, que les plus fâcheux accidents de la vie ne sauraient la troubler. Ils assurent que les épreuves même les plus terribles où Dieu les met, ont leur douceur et leur consolation ; qu'il n'y a que le péché qui puisse troubler la paix dont ils jouissent, et que même Dieu leur inspire une si grande confiance en sa miséricorde, que leurs propres fautes ne troublent pas leur paix.

Ce ne sont pas là seulement les sentiments de quelques-uns, c'est ce que tous les véritables Serviteurs de Dieu de tout temps, de tout âge, de toute qualité, de toute sorte de nations et dans tous les états ont expérimenté :

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c'est ce qu'ils ont confirmé à l'heure de la mort, qui est le temps où l'on est le plus sincère. Quel sujet auraiton de s'imaginer que des gens si sages, des gens d'une probité et d'une vertu si universellement reconnues nous aient voulu tromper, qu'ils se soient voulu tromper eux-mêmes? Et après une foule si prodigieuse de témoins irréprochables qui parlent tous par expérience et avec tant d'uniformité depuis une si longue suite de siècles, un homme tant soit peu raisonnable pourrait-il douter de la vérité d'un fait si bien établi? D'où vient donc que parmi un si grand nombre de personnes qui font aujourd'hui profession de piété et qui marchent, ce semble, sur les traces de tous ces Saints, il s'en trouve si peu qui reçoivent les mêmes grâces? C'est sans doute qu'il y en a très peu dont la vertu soit véritablement solide. La sainteté ne consiste pas dans ces Dévotions sensibles, il est vrai, mais il n'est pas moins certain que cette joie intérieure, et que cette paix que tous les accidents de la vie ne sauraient troubler, que cette parfaite soumission à la volonté de Dieu, que cette douce confiance en sa miséricorde, qui est ce qu'on entend par cette Dévotion sensible, ont été le partage de tous les Saints et le sont encore de tous les véritables Serviteurs de Dieu.

On a déjà vu combien la Dévotion au Sacré Cœur de Jésus a de véritable douceur, c'est-à-dire, que le fruit de cette Dévotion est un amour de Jésus-Christ très ardent et très tendre, accompagné de cette joie intérieure, de ces consolations célestes, de ces douceurs, de cette paix inaltérable qui surpassent toute pensée, et qui sont autant de dons inséparables du parfait amour de Jésus-Christ. On va faire voir quels sont les obstacles qui en empêchent le fruit ; tous ces obstacles peuvent se réduire à ces quatre : Une grande tiédeur au service

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de Dieu ; un grand fonds d'amour-propre ; un orgueil secret et certaines passions qu'on n'a pas eu soin de mortifier dès le commencement de sa conversion. De ces quatre chefs, comme de quatre funestes sources, sortent tous ces défauts et toutes ces imperfections qui arrêtent tant d'âmes dans le chemin de la piété, qui font échouer les plus beaux projets et les résolutions les plus généreuses, qui rendent enfin infructueuses les plus saintes pratiques de Dévotion.

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