‹ La dévotion au Sacré-Cœur de N.-S. Jésus-ChristChapitre 42 sur 90 · dévotioJi au Sacré Cœur · texte numérisé non relu

dévotioJi au Sacré Cœur

pratique de certaines vertus, et même dans l'exercice des bonnes œuvres, mais n'y a-t-il pas danger que ce ne soit moins pour Dieu qu'on s'empresse si fort, que parce qu'on s'y distingue beaucoup ? Enfin cet excès même de tristesse, et ce découragement que l'on sent après quelque rechute dans ses premiers défauts n'est jamais l'effet d'une délicatesse de conscience, comme quelques-uns se l'imaginent, mais seulement d'un orgueil secret qui nous fait nous estimer plus saints que nous ne le sommes en effet.

Enfin on passe pour spirituel, on se croit même tel, et on ne se conduit que par la prudence mondaine déguisée sous le nom de bon sens ; on rapporte tout à la règle de ce prétendu bon sens que l'on s'est faite pour se tromper sans scrupule. C'est même selon cette fausse règle que l'on juge des choses spirituelles, des opérations divines et des merveilles de la grâce, n'en approuvant que ce qui s'accommode à son caprice; on ménage les grâces de Dieu en soi et dans les autres selon les maximes de la sagesse humaine, et par un étrange aveuglement qui est la punition des esprits superbes, on croit ne suivre que la raison et le bon sens lorsqu'on s'éloigne davantage de l'Esprit de Dieu.

Et après cela on s'étonne de n'avoir ni consolations spirituelles, ni sentiments de dévotion, après les dix et vingt années qu'on a passées dans l'exercice de la vertu et dans la pratique de tant de bonnes œuvres. On se plaint qu'on n'avance point, qu'on est toujours aussi imparfait, que l'usage fréquent des Sacrements est sans fruit, qu'on ne sait ce que c'est que dévotion sensible. Cet orgueil secret qu'on nourrit dans le fond du cœur, sèche, pour ainsi dire, la source des plus grandes grâces, et fait que des personnes, ce semble, si sages, si régulières, si réservées, qui ont vécu avec tant d'honneur, et

de N.-S. Jésus-Christ. 11^ Partie. gS

qu'on a proposées comme l'idée de ce qu'on appelait honnêtes gens dans le monde, viri divitiarum, et qui dans toutes les apparences devraient être chargées de richesses spirituelles, que ces personnes, dis-je, se trouvent à la mort les mains vides de bonnes œuvres, cet amour-propre, cette petite ambition, cet orgueil secret, ayant tout enlevé ou tout corrompu. C'est là ce ver qui fait sécher les plus hauts chênes, c'est ce levain qui corrompt tôt ou tard toute la masse, ou du moins qui la fait enfler et ne la remplit que de vent.

Il est visible que l'amour de Jésus-Christ ne saurait se trouver avec un vice qui lui est si contraire ; et comment est-ce que ce divin Sauveur qui a voulu que la première des Béatitudes, c'est-à-dire, le fondement de la vie spirituelle, et le premier pas qu'il faut faire dans le chemin de la vertu, fût cet esprit d'humilité qu'il a choisi préférablement à toutes les autres vertus pour être son propre caractère, comment est-ce, dis-je, qu'il pourrait être beaucoup aimé de ceu.x qui lui ressemblent si peu? Cette sincère humilité et d'esprit et de cœur fait le caractère de distinction de Jésus-Christ ; il est donc impossible d'être animé de son Esprit, et de demeurer dans son Cœur, si l'on n'est véritablement animé de cet esprit d'humilité.

La dévotion au Sacré Cœur

§ IV

Page 1