PREMIER MOYEN
La Prière.
UTRE les obstacles qu'il faut éviter, et les dispositions dans lesquelles il faut être pour acquérir ce parfait amour de Jésus-Christ, et cette Dévotion tendre à son Sacré Cœur, il est à propos de suggérer ici les moyens qui sont les plus propres pour cette fin.
Or le premier moyen d'obtenir cet ardent amour de Jésus-Christ et cette Dévotion tendre à son Sacré Cœur, ■c'est la Prière. Il y a sujet de s'étonner que les Chrétiens ne soient pas, pour ainsi dire, tout-puissants, qu'ils n'aient pas tout ce qu'ils souhaitent, ayant un moyen infaillible d'obtenir tout ce qu'ils demandent, et ce moyen ne consistant qu'à demander.
Il n'est rien à quoi Jésus-Christ se soit si souvent ni si solennellement engagé comme à exaucer nos prières ; mais de toutes les prières il n'en est point qui puisse
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lui être plus agréable, que celle par laquelle nous lui demandons son amour. Il s'est étroitement engagé à accorder cet amour à tous ceux qui le lui demanderaient ; mais on peut ajouter que, quand il ne s'y serait pas engagé lui-même, cette demande l'y engagerait.
Jésus-Christ a fait tout ce qu'on peut s'imaginer, plus même que nous n'en pouvons concevoir pour nous obliger à l'aimer. Il dépend de lui de nous le donner cet amour ; osera-t-on penser qu'il nous le refuse si nous le lui demandons? Mais il faut qu'on estime bien peu cet amour, puisqu'on s'en met si peu en peine ; il faut qu'on s'en mette bien peu en peine, puisqu'on le demande si peu. Vous vous étonnez de ce que vous n'aimez point ardemment Jésus-Christ, cet amour étant si juste et si conforme à la raison. Il y aurait bien plus de sujet de s'étonner si vous l'aimiez, cet amour étant le plus grand de tous les dons, et voys n'ayant pas seulement daigné le lui demander.
De tous les moyens d'obtenir l'amour de Jésus-Christ, il n'en est point de plus efficace que la prière, il n'en est point de plus facile ; car qui est-ce qui peut s'excuser de prier? Et cependant il n'en est point, ce semble, de plus négligé. On dirait que le motif le plus puissant par lequel Jésus-Christ nous veut engager à nous servir de ce moyen, nous en éloigne. Crédite quia accipietis : Soyez sûrs que vous serez exaucés.
Mais, mon Dieu, n'est-ce pas là ce qu'on craint ' ? Nous craignons, malheureux que nous sommes, nous craignons que, si une fois vous nous exauciez, votre amour ne nous portât à devenir plus gens de bien, plus recueillis, plus dévots et plus saints que nous ne voulons être ; nous craignons que si nous vous aimionS ardem-
' Timebam ne me cito exaudires. — Aufjuit. Lib. I Confess.
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ment, nous n'eussions plus que du dégoût pour tout ce que nous avons aimé, pour tout ce que nous aimons encore ; en un mot, il semble que nous appréhendons de ne pouvoir plus nous empêcher de vous aimer. Mais n'ayez point d'égard, ô mon Sauveur, à ces premiers sentiments que nous détestons aussitôt que nous pouvons nous en apercevoir; donnez-nous seulement votre amour avec votre grâce, et nous sommes assez riches. Que nous serons bientôt dégoûtés de tout le reste, si, nous ouvrant votre Sacré Cœur, vous nous faites goûter une seule fois les douceurs qu'on trouve à vous aimer. Prions et demandons souvent cet amour ; il est impossible de le demander instamment et constamment, sans l'obtenir. Le moyen est aisé, il est efficace, et l'on peut dire qu'en ceci, c'est obtenir ce qu'on demande que de le demander.
Ne craignons pas de faire des demandes ou si excessives, ou si pressantes que nous rebutions Jésus-Christ par notre indiscrétion ou par notre importunité. C'est tout le contraire : la raison pourquoi nous obtenons si peu de Dieu, c'est que nous ne lui demandons pas assez, c'est que nous sommes et trop bornés dans nos désirs et trop languissants dans nos prières ; et Jésus- Christ ne nous a rapporté dans l'Evangile la parabole de cet homme qui n'obtint ce qu'il demandait que par son importunité, que pour nous apprendre que si nous voulons obtenir ce que nous lui demandons, il faut devenir importuns. Nous obtenons peu, parce que nous lui demandons trop peu, et parce que le peu que nous lui demandons, nous ne le lui demandons pas assez. Il ne lui faut rien moins demander que son amour, mais un amour tendre, ardent, généreu.x et parfait; et il le lui faut demander cet amour avec empressement, avec importunité. Je conçois que quoiqu'il se soit si solen-
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nellement engagé à ne nous rien refuser de tout ce que nous lui demanderons en son nom, il peut ne nous pas exaucer sans manquer à sa promesse. Nous ne savons souvent ce que nous demandons. Mais nous ferions tort à Jésus-Christ, et nous démentirions notre créance si, en lui demandant son amour, nous doutions s'il nous exaucera, surtout si c'est avec sincérité et avec empressement que nous le lui demandons. Je croirai que Jésus- Christ pour nous punir, ou pour nous humilier, et toujours pour nous faire mériter davantage, nous laissera certains défauts, certaines imperfections dont nous le prions de nous délivrer : mais on ne me persuadera jamais qu'après lui avoir demandé sincèrement et avec empressement son ardent amour, il nous l'ait refusé, il ne nous en ait pas même accordé plus que nous ne lui en demandions.
Vous avez apporté. Seigneur, ce beau feu sur la terre, et que souhaitez-vous, si ce n'est qu'il s'allume? Et à qui tiendra-t-il que je n'en sois tout embrasé? Donnezmoi s'il vous plaît, votre amour. Seigneur, ce sera là désormais ma prière ordinaire ; je vous la ferai le matin, le soir, dans le repos, dans le travail ; je vous la ferai à toute heure, et je ne cesserai jamais de dire : Donnez-moi votre seul amour. Seigneur, avec votre grâce, et je suis assez riche, et cela me suffit.
de N.-S. Jésus-Christ. Il"-' Partie.
SECOND MOYEN
La Commu7iion fréquente.
E second moyen, c'est l'usage fréquent des Sacrements, c'est la Communion fréquente. Il suffit de savoir ce que c'est que communier, pour concevoir qu'il n'est point de moyen plus sûr pour être bientôt embrasé d'amour pour Jésus-Christ, que de communier souvent. Il n'est pas possible, dit le Sage, de porter du feu dans son sein, et de n'en être pas brûlé. L'amour divin a allumé, pour le dire ainsi, un grand brasier sur nos Autels dans l'adorable Eucharistie, et c'est en s'approchant de ce feu sacré que tous les Saints ont été embrasés d'un amour très ardent et très tendre pour Jésus-Christ. L'amour dont ils brûlaient au sortir de la Communion, paraissait jusque sur leur visage. Combien de fois a-t-il fallu, au plus fort de l'hiver, chercher des rafraîchissements pour en modérer les divines ardeurs! Le seul Nom, la seule Image de Jésus- Christ les faisait pour lors entrer en des ravissements et en des extases, et l'on ne peut pas douter que le grand amour qu'avaient pour Jésus-Christ les premiers fidèles ne fût l'effet de la Communion qu'ils faisaient tous les jours.
Ceux qui, par l'innocence de leur vie et par l'exercice d'une véritable piété, se rendent dignes de communier souvent, expérimentent encore tous les jours en ce point les fruits admirables de la Communion fré-
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qucnte. Ils aiment toujours plus Jésus-Christ; leur amour croît à mesure qu'ils se nourrissent plus souvent de ce Pain des Anges, et bien loin d'en prendre du dégoût par le fréquent usage, leur faim croît sensiblement, à mesure que l'amour qu'ils ont pour Jésus- Christ devient plus ardent.
Tous les autres Sacrements sont des effets de l'amour que le Fils de Dieu a pour les hommes, et il n'en est point qui ne soit propre pour faire naître dans notre cœur un véritable amour pour ce divin Sauveur ; mais le Sacrement de l'Autel, dit saint Bernard, est l'amour des amours ', c'est-à-dire, l'effet du plus grand de tous les amours que Jésus-Christ puisse avoir pour les hommes, et en même temps la source la plus féconde de l'amour très ardent et très tendre que les hommes doivent avoir pour Jésus-Christ. Tout contribue en ce Mystère à inspirer et à augmenter cet ardent amour; et le présent qu'on nous y fait et la manière doqt on nous fait ce présent, et la fin pour laquelle on nous le fait. Jésus-Christ nous y donne son Corps adorable et son précieuxSang qui deviennent notre nourriture. En vérité, qui sera capable d'allumer ce feu divin dans le cœur des hommes, si cette nourriture céleste ne le fait pas? Mais la manière obligeante avec laquelle Jésus- Christ nous fait ce présent, ne nous engage pas moins à laimer. Ce divin Sauveur, l'attente du peuple d'Israël, le désiré des nations, le désir des Collines éternelles, s'est fait prier, il s'est fait solliciter de venir au monde durant l'espace de quarante siècles. Mais ici il prie lui- .méme les hommes, il les presse, il leur fait même violence pour les obliger à le recevoir. Forcez-les, dit-il dans l'Evangile, forcez-les à prendre part au festin que
' Sacramentum Altaris est ainor amorum.
de N.-S. Jésus-Christ. 11^ Partie. 121
je leur ai préparé : Com/7e//e intrare.C'esX que l'amour est impatient, il est ennemi des délais, il ne sait ce que c'est que de s'arrêter, que de se ménager. Mais que prétend cet aimable Sauveur par tant d'empressements? Il prétend se faire aimer des hommes, il leur donne son Corps et son Sang pour avoir leur cœur ; il ne se fait lui-même leur nourriture que pour gagner leur cœur, pour le leur enlever ce cœur, sans qu'ils puissent, pour ainsi dire, s'en défendre. «Votre grande intention en « la Communion, dit saint François de Sales, doit être « de vous avancer, fortifier et consoler en l'amour de « Dieu ; car vous devez recevoir pour l'amour ce que « le seul amour vous fait donner. Non, le Sauveur ne « peut être considéré en une action ni plus amoureuse « ni plus tendre que celle-ci, en laquelle il s'anéantit, « par manière de dire, et se réduit en viande afin de <( pénétrer nos âmes et s'unir intimement au cœur et au « corps de ses fidèles '. »
' Introduction à la Vie dévote. Seconde Partie. Chap. xxi : Comment il faut communier. — On sait qu'à peine sortie des mains de "son Auteur, l'Introduction à la Vie dévote eut à subir bien des retouches de la part de divers Aristarques prétendant, de la meilleure foi du monde, perfectionner un chef-d'œuvre littéraire qu'en réalité ils gâtaient. Cette singulière manie alla si loin qu'en 1696, Louis XIV dut faire paraître une Ordonnance défendant sous des peines sévères, à tous imprimeurs et libraires, de moderniser le style de ce livre incomparable au risque d'en altérer la salutaire doctrine. Le Père Croiset n'ayant sans doute à sa disposition qu'une de ces éditions frelatées, les passages qu'il lui emprunte, exacts quant au fond, offrent pourtant de notables différences de forme avec le texte original ; nous croyons donc faire chose agréable au Lecteur en rétablissant ce texte primitif d'après l'excellente édition des Œluvres de saint François de
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On admire la ferveur de ces âmes pures qui ne s'approchent jamais de nos Autels qu'elles ne sentent croître sensiblement l'amour qu'elles portent à Jésus- Christ, et qu'elles n'en soient tout embrasées. Ces divines ardeurs ne sont devenues des merveilles que depuis qu'elles sont devenues si rares. Mais n'est-ce pas un prodige plus surprenant de voir que les Communions soient si fréquentes, et que ces sortes de merveilles arrivent si rarement .> Vos péchés, vos rechutes, vos faiblesses vous font de la peine ; vous désireriez bien de vous corriger, de surmonter cette répugnance, cette tiédeur, de rompre cette petite attache qui est l'unique chose qui vous arrête dans le chemin de la piété. Vous voudriez bien aimer ardemment Jésus-Christ, vous convenez qu'il n'y a que ceux qui l'aiment parfaitement, qui soient parfaitement heureux, et cependant, après deux mille Communions, vous vous trouvez aussi imparfait, aussi tiède, vous n'en aimez, pas plus Jésus-Christ.
Il y a un an, dix ans que vous dites la iMesse tous les jours, c'est-à-dire, que vous avez reçu le Corps et le Sang précieux de Jésus-Christ plus de trois mille fois en votre vie, et il y a un an, dix ans que vous combattez contre une imagination, contre un fantôme, contre je ne sais quoi, dites-vous, qui vous empêche d'être tout à Dieu, et de goûter la paix et la douceur qu'on goûte à son service ; peut-être même sentez-vous tous les jours moins d'amour pour Jésus-Christ. Eh mon Dieu ! sont-
Sales publiée par les soins du Monastère de la Visitation d'Annecy. Ce que nous faisons ici, nous le ferons également toutes les fois qu'une circonstance semblable se présentera dans la suite.
Note de l'Éditeur.
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ce des Hérétiques ou des Infidèles, qui tiennent ces discours ? s'écrie un grand Serviteur de Dieu. Quoi donc, un Chrétien qui se nourrit si souvent du Corps de Jésus-Christ, peut-il désirer quelque chose en vain ? A qui fera-t-on jamais accroire qu'un Dieu présenté pour prix des grâces qu'on lui demande, ne soit pas capable de les obtenir? Que Jésus-Christ, qui n'a institué ce Mystère que pour se faire aimer, refuse jamais son amour à celui à qui il se donne lui-même sans réserve, sans nul ménagement ' ?
Que si cependant ce malheur arrive ; que si l'on voit qu'en communiant tous les huit jours et même plus souvent, qu'en disant la Messe tous les jours, on ne tire nul profit de ce Sacrement, qu'on ne s'amende point, qu'on abuse de la Communion, qu'on n'en aime pas davantage Jésus-Christ, qu'on ressente toujours la même tiédeur, les mêmes faiblesses, doit-on quitter la Communion? Doit-on cesser de dire tous les jours la Messe? Non, mais on doit régler sa vie, et se défaire des vices et des défauts qui nous empêchent d'en profiter. La faute ne vient pas de ce que nous communions trop souvent, mais de ce que nous communions mal. Toute nourriture vous est inutile parce que vous la prenezmal à propos. Quel conseil prendrez-vous en cette occasion, ou de ne rien manger du tout, ou de prendre les précautions nécessaires pour profiter de ce que vous mangez? Un homme empêche par une contention d'esprit extraordinaire que la nourriture qu'il prend à ses repas ne se digère dans son estomac ; il en tombe malade. Là-dessus qu'on assemble tous les Médecins, qu'on assemble toutes les Académies ; se trouvera-t-il jamais un seul homme qui ordonne à ce malade de ne prendre
* Réflexions chrétiennes du Père de la Colombière.
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plus de nourriture? Il faut qu'il mange, mais il faut qu'il le fasse avec les précautions nécessaires ; il faut qu'il soit moins indiscret, qu'il soit moins imprudent. — Mais s'il ne mangeait pas, du moins la viande ne se corromprait-elle pas dans son estomac! — Il est vrai, mais il mourrait de faiblesse; cette trop grande contention d'esprit n'empêcherait pas la digestion, mais elle épuiserait bientôt le reste de ses forces, et vous le verriez tomber dans vingt-quatre heures en une langueur mortelle : il ne mourrait pas d'indigestion, mais de faim. En un mot, ce serait être un fou que de lui retrancher ce par quoi il vit, pour le délivrer de ce qui le fait malade. 11 est aisé d'appliquer cet exemple à ceux qui ne tirent nul fruit de la Communion. Ces personnes ont grand sujet d'appréhender que leur conduite ne soit mal réglée, que leur conscience ne soit pas pure, que leur foi ne soit trop faible, et que leurs Confessions ne manquent ou de sincérité, ou de douleur, ou de résolution de s'amender. Vous êtes mauvais, amendez-vous au plus tôt, pour communier souvent. Vous êtes imparfait, communiez souvent pour vous amender.
Le Fils de Dieu appelle ce Mystère adorable, notre Pain de tous les jours, pour montrer combien l'usage en doit être fréquent. 11 appelle à son banquet les pauvres et les aveugles, pour nous apprendre que dans quelque indigence qu'on se trouve, et quelque infirmité qu'on ait, pourvu qu'on soit encore vivant, on ne doit point faire difficulté de manger ce Pain de Vie.
Le peu de fruit que la plupart des gens et principalement des Prêtres tirent de la Communion fréquente, fait douter quelquefois s'il est à propos de communier si souvent. Mais on ne saurait mieux répondre à ce doute qu'en rapportant ici ce que saint François de Sales a dit sur ce sujet :
de N.-S. Jésus-Christ. lU' Partie 12b
« De recevoir la Communion de l'Eucharistie tous « les jours, dit ce Saint, ni je ne le loue ni je ne le vitu- « père; mais de communier tous les jours de Dimanche, n je le suade et en exhorte un chacun, pourvu que l'es- « prit soit sans aucune affection de pécher. Ce sont les « propres paroles de saint Augustin, avec lequel je ne vif tupère ni loue absolument que l'on communie tous « les jours, mais laisse cela à la discrétion du Père spiri- « tuel de celui qui se voudra résoudre sur ce point; car « la disposition requise pour une si fréquente Commu- « nion devant être fort exquise, il n'est pas bon de le « conseiller généralement ; et parce que cette disposi- « tion là, quoiqu'exquise, se peut trouver en plusieurs « bonnes âmes, il n'est pas bon non plus d'en divertir « et dissuader généralement un chacun, ains cela se « doit traiter par la considération de l'état intérieur « d'un chacun en particulier. Ce serait imprudence de « conseiller indistinctement à tous cet usage si fré- « quent ; mais ce serait aussi imprudence de blâmer (f aucun pour iceluy, et surtout quand il suivrait l'avis de « quelque digne Directeur. La réponse de sainte Cathe- (( rine de Sienne fut gracieuse, quand lui étant opposé, « à raison de la fréquente Communion, que saint Au- « gustin ne louait ni ne vitupérait de communier tous fc les jours : Eh bien, dit-elle v puisque saint Augustin « ne le vitupère pas, je vous prie que vous ne le vitupé- « riez pas non plus et je me contenterai. »
« Mais, o Philothée, vous voyez que saint Augustin « exhorte et conseille bien fort que l'on communie tous « les Dimanches; faites-le donc tant qu'il vous sera pos- « sible. Puisque, comme je le présuppose, vous n'avez « nulle sorte d'aff"ection au péché mortel, ni aucune af- < « fection au péché véniel, vous êtes en la vraie disposi- « tion que saint Augustin requiert, et encore plus ex-
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« cellente, parce que non seulement vous n'avez pas « l'afFection de pécher, mais vous n'avez pas même l'af- « fection du péché ; si que, quand votre Père spirituel « le trouverait bon, vous pourriez utilement commu- « nier encore plus souvent que tous les Dimanches'. » « Si les mondains, ajoute ce Saint dans le Chapitre « suivant, vous demandent pourquoi vous communiez si « souvent, dites-leur que c'est pour vous apprendre à <( aimer Dieu, pour vous purifier de vos imperfections, « pour vous délivrer de vos misères, pour vous conso- « 1er en vos afflictions, pour vous appuyer en vos fai- « blesses. Dites-leur que deux sortes de gens doivent « souvent communier : les parfaits parce qu'étant bien « disposés, ils auraient grand tort de ne point s'appro- « cher de la source et fontaine de perfection, et les im- « parfaits afin de pouvoir justement prétendre à la per- « fection ; les forts afin qu'ils ne deviennent faibles, et « les faibles afin qu'ils deviennent forts; les malades « afin d'être guéris, les sains afin qu'ils ne tombent en « maladie; et que pour vous, comme imparfaite, faible « et malade, vous avez besoin de souvent communi- « quer avec votre perfection, votre force et votre méde- « cin. Dites-leur que ceux qui n'ont pas beaucoup d'af- « faires mondaines doivent souvent communier, parce « qu'ils en ont la commodité, et ceux qui ont beaucoup « d'aff"aires mondaines, parce qu'ils en ont nécessité, et « que celui qui travaille beaucoup et qui est chargé de <( peines doit aussi manger les viandes solides et sou- « ventes fois. Dites-leur que vous recevez le Saint Sa- « crement pour apprendre à le bien recevoir, parce que « l'on ne fait guère bien une action à laquelle on ne
• Introduction à la Vie Dévote. Seconde Partie. Chap. xx : De la fréquente Communion.
de N.-S. Jésus-Christ. \\^ Partie. 127
<( s'exerce pas souvent. Communiez souvent, Philothée, « et le plus souvent que vous pourrez, avec l'aide de <( votre Père spirituel ; et croyez-moi, les lièvres devien- « nent blancs parmi nos montagnes en hiver parce <( qu'ils ne voient ni mangent que la neige, et à force « d'adorer et manger la beauté, la bonté et la pureté « même en ce divin Sacrement, vous deviendrez toute <( belle, toute bonne et toute pure '. »
Voilà le conseil que donne saint P'rançois de Sales à tous ceux qui, ayant véritablement de l'horreur pour toute sorte de péchés mortels, ont un véritable désir de faire leur salut. Il est vrai que le désir de communier est ordinaire à ceux qui ont une foi vive, et qui aiment véritablement Jésus-Christ; et, au contraire, on n'expérimente que trop, qu'à mesure qu'on s'engage dans le grand monde, à mesure que l'amour pour Jésus- Christ se refroidit, on a plus de peine à communier. Aussi on n'a que faire de prêcher aux vicieux de s'éloigner de la Communion ; ils le font assez d'eux-mêmes, et l'on ne vit jamais de ces âmes corrompues et plongées dans le désordre, être affamées de cette viande céleste qui fait les délices des âmes pures, et de tous ceux qui aiment véritablement Jésus-Christ.
' Intro'luctio/L à la Vie Décote. Seconde Partie. Chap. xxi : Conu ment il faut communier.
La dévotion au Sacré Cœur
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