CHAPITRE II
La Pratique de la Dévotion au Sacré Cœur de Jésus.
Pour tous les ans.
UOIQUE Dieu doive être le motif et la fin de toutes nos actions et que tous les jours de notre vie lui soient dus par tant de titres, il i a cependant voulu qu'il y eût certains jours dans l'année qui lui fussent plus particulièrement consacrés ; c'est pour cela qu'il avait établi dans l'Ancien Testament certaines Fêtes solennelles ; et c'est pour la même raison que l'Eglise a aussi ses Fêtes particulières, et qu'elle distingue certains jours de l'année par de plus grandes solennités. Ainsi, quoiqu'on soit obligé d'aimer sans cesse Jésus-Christ, on a grand sujet de croire que cet aimable Sauveur a voulu qu'il y eût un jour destiné où cet amour éclatât davantage ; il a voulu que, comme il y avait un jour particulièrement destiné à honorer son précieux Corps dans le Saint Sacrement, et d'autres jours consacrés à l'honneur de ses Sacrées Plaies, il y en eût un aussi singulièrement destiné à l'honneur de son Sacré Cœur. La Fête du précieux Corps de Jésus-Christ se célèbre par l'exposition du très Saint Sacrement, par des Processions solennelles, et par toutes les autres magnificences. La Fête de son
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Sacré Cœur doit se solenniser par des marques sensibles du plus sincère et du plus ardent amour pour Jésus- Christ dans le Saint Sacrement.
Quoiqu'on ait déjà rapporté ailleurs comment Jésus- Christ choisit lui-même le jour de cette Fête, il ne sera pas hors de propos de le redire ici. La Personne dont on a déjà parlé, étant devant le très Saint Sacrement un jour de son Octave, comblée de grâces plus singulièrement qu'à l'ordinaire, et touchée du désir d'user de quelque retour et de rendre amour pour amour, le Fils de Dieu, s'apparaissant à elle, lui dit : c Qu'elle ne pouvait lui en « rendre un plus grand qu'en faisant ce qu'il lui avait « déjà tant de fois demandé ; et pour lors, dit-elle, mon « aimable Sauveur me découvrant son divin Cœur : (( Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, dit-il, « qu'il n'a rien épargné, jusqu'à s'épuiser et se consume mer pour leur témoigner son amour ; et pour recon- « naissance, je ne reçois de la plus grande partie que « des ingratitudes, par les mépris, irrévérences, sacri- « lèges et froideiars qu'ils ont pour moi dans ce Sacre- « ment d'amour. Mais ce qui m'est encore plus sensible, « c'est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés. (i C'est pour cela que je te demande que le premier « Vendredi d'après l'Octave du Saint Sacrement soit « dédié à une Fête particulière pour honorer mon « Cœur, en lui faisant réparation d'honneur par une « Amende honorable, communiant ce jour-là, pour ré- « parer les indignités qu'il a reçues pendant le temps « qu'il a été exposé sur les Autels; et je te promets que « mon Cœur se dilatera pour répandre avec abondance « les influences de son divin amour sur ceux qui lui « rendront cet honneur. »
On voit dans ces paroles quelle est cette pratique, quel en doit être le profit, et quel en est le fruit. Or,.
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pour recevoir infailliblement des grandes grâces que Dieu promet, par la pratique de cette Dévotion, et surtout son ardent amour, qui est la plus grande de toutes ces grâces, voici de quelle manière il faut s'en acquitter.
Cette F'ête doit commencer la veille, c'est-à-dire, le dernier jour de l'Octave du Saint Sacrement. On peut employer une partie de ce jour à lire quelques Chapitres de ce Livre, et surtout le premier, le second et le troisième de la première Partie, et le premier de la seconde, afin de bien pénétrer le motif qu'on doit avoir en cette Fête et dans quelles dispositions on doit être, et avec quels sentiments on doit s'acquitter de tous les exercices de cette Dévotion. On passera le plus de temps qu'on pourra devant le très Saint Sacrement, ■dans un profond respect. On y récitera Vêpres et Cornplies de l'Office du Sacré Cœur de Jésus, le Chapelet, les Litanies et quelques autres prières, chacun selon sa ■dévotion. On emploiera, sur le soir, une heure ou une demi-heure à lire avec application, et avec de sérieuses réflexions, le premier Chapitre de cette troisième Partie ; et cette lecture, ou pour mieux dire, cette Considération, tiendra lieu de méditation, et ne servira pas peu à nous préparer à la Fête du lendemain. On doit avoir surtout un grand soin de se tenir, autant qu'on pourra, le reste du jour en silence : le recueillement intérieur étant une disposition nécessaire à cette Dévotion. On fera bien, le soir avant que de se coucher, de passer, s'il se peut, environ un quart d'heure à faire réflexion sur le sujet et le motif de la Fête du lendemain, et sur les sentiments qu'on a dû avoir pendant la Considération qu'on a faite : considérant combien il est raisonnable d'aimer ardemment Jésus-Christ, et de réparer autant qu'il est en nous les outrages qu'il reçoit dans le plus
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aimable de tous les Mystères, de ceux qui ne veulent pas l'aimer. On témoignera ensuite à Jésus-Christ le désir qu'on aurait de passer le reste de la nuit, si on était en état de le faire, au pied de ses Autels, priant cependant notre bon Ange de suppléer à notre défaut, et nous préparant à marquer le lendemain la sincérité de ce désir par notre diligence à nous rendre à l'Eglise. On tâchera ensuite de se conserver dans ces bons sentiments, et si l'on s'éveille pendant la nuit, il faut adorer d'abord Jésus-Christ dans l'adorable Eucharistie, et renouveler le désir qu'on a de lui aller faire la cour.
On doit, s'il se peut, consacrer tout le lendemain à honorer le Sacré Cœur de Jésus dans le Saint Sacrement, et s'interdire toute sorte d'affaires peu nécessaires, et qui peuvent se différer à un autre temps. Il faut retrancher soigneusement toute sorte d'inutilités, les moindres moments en ce jour-là étant infiniment précieux. Dès qu'on sera levé, on se prosternera pour adorer Jésus-Christ, accompagnant cet acte d'adoration de tous les sentiments dont un cœur sensiblement touché et embrasé d'amour est capable, lui offrant tout ce qu'on va faire à l'honneur de son Sacré Cœur, pour reconnaître et son amour et ses bienfaits. Ceux qui ont le bonheur d'avoir Jésus-Christ dans leur propre maison doivent se hâter ce jour-là plus que jamais de lui rendre la première visite, et les autres doivent s'empresser de le visiter au plus tôt. La Confession doit être accompagnée d'une douleur plus grande, s'il se peut, et plus parfaite qu'à l'ordinaire, à la vue de tant d'ingratitudes et de nos propres irrévérences dont il serait bon de nous accuser ce jour-là, ou en particulier, ou du moins en général.
On ne doit rien oublier ensuite pour se bien préparer à la Communion. Comme l'on communie ce jour-
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là pour réparer le défaut de toutes les Communions que l'on a faites jusqu'alors, il n'est pas nécessaire de dire avec quelle dévotion on doit communier. Il faut que le profond respect avec lequel on sera devant Jésus-Christ, soit une preuve sensible de l'ardent désir que l'on a de réparer les irrévérences passées; il faut que l'amour ardent, la tendre dévotion et la foi vive avec lesquels on communie, soient une marque du désir sincère qu'on a de réparer en quelque sorte la froideur, l'incrédulité et l'irrévérence avec lesquelles tant de gens ont communié. Touché d'un sensible regret de voir Jésus-Christ si peu aimé, et même si maltraité dans l'adorable Eucharistie, il faut le recevoir comme un Dieu irrité qu'on a dessein par cette action d'apaiser, comme un Sauveur rebuté qu'on prétend gagner, comme un Époux dégoûté par notre indifférence, lequel on veut désormais parfaitement aimer. Pénétré de sentiments tendres et affectueux, on s'approchera de la sainte Table avec une modestie extraordinaire et une profonde humilité. Comme c'est principalement l'ardent amour de Jésus-Christ qui doit avoir le plus de part à cette action, ce sera à l'amour à inspirer à chacun en particulier les sentiments, les affections et les actes qu'on doit faire en ce précieux temps.
D'abord après la Communion, comparant l'amour excessif de Jésus-Christ avec notre ingratitude extrême, prosternés humblement à ses pieds, l'esprit humilié, le cœur serré d'une vive douleur à la vue de tant d'outrages, on fera avec une dévotion extraordinaire l'Amende honorable à laquelle le cœur doit avoir plus de part que la bouche, ou pour mieux dire, dans laquelle la bouche ne doit être que l'interprète des sentiments du cœur. On fera ensuite l'acte de Consécration au Sacré Cœur de Jésus, et l'Offrande qu'on trouvera dans
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le Chapitre quatrième de cette dernière Partie. On tâchera de passer le reste de la journée dans un grand recueillement intérieur, passant s'il se peut toute la matinée, ou du moins une grande partie, devant le très Saint Sacrement, et tout le jour dans la pratique des bonnes œuvres, et surtout dans un continuel exercice d'amour pour Jésus-Christ, par des actes fréquents, chacun selon sa dévotion.
On fera sur le soir la Méditation que l'on a marquée pour ce jour. Que si l'état, la disposition, ou l'emploi ne permettent pas de la faire, il serait à propos du moins qu'on la lût avec attention, et qu'on s'entretînt quelque temps en silence dans les sentiments de tendresse qu'on y aura conçus. On pourra réciter l'Office, le Chapelet et les Litanies du Sacré Cœur de Jésus, à quelque heure du jour; on fera ensuite quelque lecture dans ce Livre, et l'on n'oubliera rien pour témoigner à Jésus-Christ combien on l'aime et la passion qu'on a de le voir tendrement aimé.
Comme les personnes Religieuses ont l'avantage d'avoir Jésus-Christ dans leurs propres maisons/ elles doivent aussi principalement ce jour-là lui faire plus assidûment la cour, passant devant le très Saint Sacrement tout le temps qu'elles ne seront pas occupées. Les personnes Séculières y emploieront aussi plus de temps qu'à l'ordinaire, et il faut que les unes et les autres tâchent de le visiter avec une dévotion singulière, au moins cinq fois pendant ce jour
La première visite doit être pour remercier Jésus- Christ de l'amour infini qu'il nous a témoigné en instituant ce Mystère.
La seconde, en action de grâces pour toutes les fois que nous l'avons reçu dans l'adorable Eucharistie, et pour tous les biens en particulier qu'il nous y a faits.
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La troisième, pour lui faire une espèce d'amende honorable de tous les outrages qu'il a reçus des Infidèles et des Hérétiques.
La quatrième, pour réparer autant qu'il est possible, par un profond respect, et par toute sorte d'hommages, les irrévérences, les impiétés et les sacrilèges qu'il a soufferts de la part des Fidèles mêmes.
La cinquième doit être expressément pour adorer, en esprit, Jésus-Christ dans toutes les Églises, soit à la campagne, soit dans les villes, où le très Saint Sacrement réside, où presque tout le monde le néglige, et où il est si mal tenu, si rarement visité, et si universellement oublié.
Comme l'amour de Jésus-Christ est le motif principal de toutes ces pratiques de Dévotion, plusieurs personnes, pour se rendre plus agréables à Jésus-Christ, y ajoutent quantité d'autres bonnes œuvres que l'amour leur suggère, et qui tendent toutes à la même fin. Quelques-unes visitent ce jour-là toutes les Églises, ou du moins une partie de celles où le Saint Sacrement repose, et tâchent par leur dévotion et par leur modestie, de réparer les profanations et les mépris que Jésus-Christ a soufferts. D'autres ont soin de faire confesser et communier, ce même jour, quelques pauvres, à qui ils font l'aumône après les avoir bien traités. Plusieurs accompagnent ces pratiques de Dévotion de quelques austérités : et tous généralement doivent s'efforcer de faire tout ce qu'ils font, avec une foi vive, une ferveur et une dévotion singulières, et avec un très ardent amour de Jésus-Christ.