XIV INTRODUCTION
pas des raffinements, mais de ce qu'il y a de plus simple.
Pénétrons d'abord dans les différentes salles du Palais de Justice que l'on est peut-être tenté de croire le temple de l'éloquence et du bien dire. Voici ce que nous trouvons : Ici c'est un avocat plein de bonnes intentions : il est tout tremblant ; sa voix faible, soutenue par un souffle léger, léger, ne parvient pas jusqu'à l'oreille des juges qui, après quelques minutes d'efforts, se résignent à ne pas entendre, voire à ne plus écouter. Là, au contraire, un défenseur à l'organe vigoureux déclame avec puissance et niaiserie, fait trembler les murailles et développe, avec force coups de poing et gestes anormaux, des arguments qui méritent certainement une expression moins grotesque.
A côté, voici un arrière-neveu des victimes que Racine exécuta par l'organe de l'Intimé (1). Tant il possède de conviction, sa voix qui s'est perchée dans le plus aigu des registres se refuse obstinément à en descendre. En vain les juges, en vain son adversaire, en vain son client demandent grâce pour leurs oreilles déchirées ! Rien ne l'arrête. Il monte, il monte toujours, et quand sa voix ne peut plus s'élever, il se hausse sur la pointe des pieds, il tend vers le ciel des bras qui semblent vouloir atteindre on ne sait quelle palme d'or, et l'oiateur ne rapporte, en les abaissant enfin, que l'enrouement et le ridicule, entraînant dans sa déconfiture les intérêts de son client.
Et l'on s'étonne de ce que le Palais est peuplé de tant d'avocats sans causes ; qu'au contraire les défenseurs éloquents et habiles accaparent tous les procès importants!
Passons au Palais-Bourbon. Nous avons certainement une bonne pléiade de représentants qui savent s'acquitter honorablement, brillamment même, de leur rôle à la tribune. C'est à ceux-là que vont en général les honneurs, les distinctions et les portefeuilles. Mais à côté de ces orateurs que de déplorables infériorités ! Il est vraiment pénible pour 'auditeur admis aux séances du Palais-Bourbon d'avoir à
Les Plaideurs, acte III, scène m.