INTRODUCTION. XV
subir parfois pendant plus d'une heure le terne monologue ou Findigeste lecture de certains de nos honorables. Il en est quelques-uns qui ont le don de provoquer, par leur apparition à la tribune, le vide absolu — ou presque — dans la salle. D'autres ne sont entendus que par une partie, parfois bien restreinte, de l'auditoire, et ce n'est pas toujours, croyez-le bien, par faiblesse d'organe. Vous comprenez le dommage qui doit en résulter et pour l'orateur lui-même, et pour les intérêts des électeurs, du pays qu'il a l'intention de soutenir !
Dans toutes les autres professions ou états qui ont pour base la parole publique, mêmes lacunes, même ignorance des règles élémentaires de la diction, mêmes fautes grossières contre la langue. Votre expérience personnelle vous a déjà appris quel est le niveau moyen de nos orateurs.
Et alors, quand il s'agit d'orateurs par occasion — je ne dis pas « d'occasion » — nous touchons au lamentable. Du reste je passe rapidement, car vous connaissez ou vous imaginez facilement ce que sont ces fameux comptes rendus, ces rapports, ces discussions dans les conseils d'administration ou autres, et ici la question intéresse les financiers, industriels, usiniers, médecins, etc.
Mais l'aventure a pu vous arriver à vous-mêmes. Gomme il est gênant, n'est-ce pas, le « Monsieur, dites-nous donc quelque chose »! Je le sais par expérience. Je sais aussi la façon pitoyable dont je me tirais de l'aventure, et quelles réflexions désagréables pour mon honneur littéraire j'avais à essuyer en l'entrant dans ma famille.
Enfin un point qui mériterait d'être développé davantage, si je ne craignais de trop m'étendre et si vous n'étiez d'ailleurs aussi bien fixés que moi à son sujet, c'est celui des examens oraux. Quel livre à écrire que celui qui aurait pour titre : « De la diction dans les examens oraux »! Quels curieux, pittoresques, et lamentables exemples on aurait à enregistrer et aussi, en guise de morale, quelles fâcheuses et parfois terribles conséquences î