‹ La diction française par les textesChapitre 9 sur 104 · INTRODUCTION. XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIII

idées, d'envelopper de clarté les pensées les plus profondes, nous nous laisserions aller à prendre cet outil, à l'ébrécher, à en bosseler les fines arêtes? Ne commettons pas ce crime, par amour-propre national.

.le crois en avoir assez dit sur les avantages et la nécessité qu'il y a à bien parler. 11 faut maintenant nous poser cette question : u Comment parle-t-on? » Pour nous en rendre compte nous allons passer en revue successivement quelquesunes des branches où nous avons vu qu'il était indispensable ou utile de bien parler.

Auparavant il nous faut déclarer que notre race plus que toute autre a le don et le goût de la parole. Le désir de plaire, d'être aimable, sociable — qui est évidemment une de ses caractéristiques — la pousse à cultiver toutes les ressources du langage qui est le plus puissant moyen de séduction. Nous tenons aussi ce don de la parole d'un double héritage. 11 nous a été apporté par le sang gaulois et le sang romain qui se sont mêlés dans nos veines. V' ous savez que nos ancêtres chevelus excellaient surtout en deux choses, au dire des auteurs latins : la guerre et l'éloquence, argute loqui, et je n'ai pas à vous rappeler quels furent à Rome l'importance et l'éclat de la parole publique.

Hélas! cet héritage, il faut bien le dire, nous sommes en train de le dilapider. On parle beaucoup, depuis quelque temps, de la crise du français; on ne sait plus composer. Le distingué doyen de la Faculté des lettres de Paris s'est élevé dernièrement contre les exagérations des pessimistes sur ce point; mais il n'était certainement pas dans son idée de dire que nous gardons dans nos œuvres modernes, quelles qu'elles soient, l'harmonieuse beauté de lignevS et l'inflexible rigueur de plan qui étaient de règle jadis.

Eh bien, il existe parallèlement une crise du langage. C'est si vrai que cet art de dire, dont nous venons de voir l'extraordinaire importance, est ignoré même par l'élite, et je ne parle

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