SARA LA BAIGNEUSE
Sara, belle d'indolence,
Se balance Dans un hamac, au-dessus Du bassin d'une fontaine
Toute pleine D'eau puisée àl'Ilyssus.
Et la frêle escarpolette
Se reflète Dans le transparent miroir.
Avec la baig-neuse blanche
Qui se penche, Qui se penche pour se voir.
Chaque fois que la nacelle,
Qui chancelle.
Passe à fleur d'eau dans son vol, On voit sur l'eau qui s'agite
Sortir vite Son beau pied et son beau col.
Elle bat d'ua pied timide
L'onde humide Où tremble un mouvant tableau, Fait roug-ir son pied d'albâtre,
Et, folâtre, Rit de la fraîcheur de l'eau....
L'eau sur son corps qu'elle essuie
Roule en pluie, Gomme sur un peuplier ; Gomme si, gouttes à gouttes,
Tombaient toutes Les perles de son collier.
Mais Sara la nonchalante
Est bien lente A finir ses doux ébats ; Toujours elle se balance
En silence, Et va murmurant tout bas :
« Oh ! si j'étais capitane.
Ou sultane, Je prendrais des bains ambrés.
Dans un bain de marbre jaune,
Près d'un trône.
Entre deux griffons dorés !... »
Et cependant des campagnes
Ses compagnes Prennent toutes le chemin.
Voici leur troupe frivole
Qui s'envole En se tenant par la main.
â38 RYTHME.
Chacune, en chantant comme elle,
Passe, et mêle Ce reproche à sa chanson :
— Oh ! la paresseuse fille
Qui s'habille Si tard un jour de moisson !
(Victor Hugo, Les Orientales.)
il« Exercice.