‹ La diction française par les textesChapitre 14 sur 104 · INTRODUCTION. XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIX

J'entends encore ma voix mal placée, inutilement timide ou sottement déclamatoire ; j'entends mes inflexions monotones, chantantes et fausses. Et si mon professeur me demandait mon avis sur le règne de Louis XIV ou sur Ronsard, que d'ânonnements, quelle médiocrité! J'en suis à me demander comment- mes maîtres et mes camarades ont pu ne pas mourir de rireàm'entendre. Au fond je le sais bien : c'est que les camarades sont toujours indulgents, n'est-ce pas ? et puis ils ne faisaient pas autrement que moi. Quant à mes maîtres, qui se rendaient évidemment compte de notre honteuse ignorance en cette matière, ils s'y étaient résignés parce que d'abord on leur demandait assez de choses déjà, sans qu'ils dussent être professeurs de diction par surcroît. Et puis ils s'étaient habitués à cette manière de faire. Ils étaient habitués, le voilà le mot terrible! On s'habitue à tout, à votre âge surtout. Je vous le disais tout à l'heure, ne vous laissez pas aller à prendre de mauvaises habitudes. Vos maîtres sont là pour vous en empêcher, je le sais. Mais en ce qui nous intéresse, voilà des années et des années que la routine est suivie, et la routine est une chose effrayante. On en arrive à préférer le médiocre à un mieux évident qui a le seul tort de sortir de la routine. Et si, par hasard, dans une classe un élève plus courageux tente quelques efforts pour sortir du rythme ridicule de ses camarades, ceux-ci croient bien faire en s'égayant sur son compte. Et, avec cet état de choses, on en est quelquefois arrivé à avoir honte de bien parler.

Non seulement vous n'avez pas pris de bonnes habitudes, mais vous en avez pris de mauvaises. A votre âge, vous pouvez facilement les combattre. Mais plus vous irez, plus vos progrès seront difficiles. Et vous comprenez maintenant pourquoi il est urgent d'introduire dans l'enseignement les principes élémentaires de l'art de bien dire. Dites-vous qu'en réalité il n'est pas plus difficile de bien placer sa voix, de bien respirer, de bien phraser, de bien parler enfin, que de le faire mal. La difficulté véritable est de détruire ce qui existe déjà, de renverser un premier édifice pour en construire un second. Vous donnerez à un jeune arbuste la forme que vous

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