XX INTRODUCTION
voudrez : si vous vous attaquez à un arbre développé, tous vos efforts seront inutiles.
Après la routine et le manque de direction, considérons les fausses directions dans l'étude de la parole, et nous y verrons encore le danger des mauvaises habitudes.
Je ne saurais trop vous mettre en garde contre l'extension, fâcheuse en ce qui nous intéresse, de la science phonétique. Vous n'ignorez pas qu'en ces derniers temps de très distingués savants ont pu, grâce à des instruments spéciaux, enregistrer et noter graphiquement le timbre, la durée, l'articulation des sons, l'intensité et la hauteur musicale de la voix humaine.
Loin de moi la pensée de contester le mérite de ces découvertes admirables. Au point de vue scientifique elles offrent un intérêt de premier ordre. Grâce à la phonétique expérimentale, le rôle des organes de l'articulation vocale est nettement défini, et l'on peut ainsi corriger rapidement les accents étrangers, provinciaux, parisiens même (ce n'est pas à Paris que l'on parle le mieux !) ou simplement vicieux. Jusqu'ici j'applaudis des deux mains.
Mais où je m'inquiète, c'est lorsque je vois ces savants éminents rédiger des manuels de prononciation, et, se basant sur la seule expérimentation, faisant abstraction absolue des lois de l'élégance, du style et de l'esthétique, rabaisser l'étude du langage parlé à la seule observation mécanique, et prêter leur autorité incontestable à des préceptes erronés, partant extrêmement dangereux ; c'est loi^que je vois tel de ces savants — et non le moindre — introduire dans un volume, fort séduisant par ailleurs, un chapitre intitulé : « Principes de lecture. ». Là je m'inquiète, car j'y vois de graves erreurs.
Un exemple : l'auteur du volume en question observe que « les groupes de consonnes conservent le son e (sourd), que même ils l'appellent » ; ainsi dans arc-boutant , arc de triomphe dont il donne les « graphies » suivantes : arke boutan, arke d'trionf! Et il ne combat pas cette manière de prononcer. Il y a plus : il semble la recommander ! Vous voyez le danger ! Enfin — il fallait bien en arriver là — ici comme ailleurs, notre pire ennemi, c'est nous-même. Oui, nous avons, pour