INTRODUCTION. XXI
nous empêcher de bien parler, nos vilains sentiments : notre bonne paresse, d'abord (sur laquelle je glisse, car évidemment vous en êtes exempts) ; puis notre sotte timidité, presque toujours facile à vaincre, car elle n'est le plus souvent que l'amour-propre, et l'obstination à ne pas céder. Je ne prétends pas qu'il suffise de se dire un beau jour : « Je ne veux pas m'intimider )),pour y réussir du premier coup. Mais j'affirme que si au lieu d'employer votre volonté, ou plutôt votre entêtement, à ne pas vouloir faire quelque chose, vous l'employez à vaincre les obstacles, votre timidité disparaîtra, ou tout au moins ne vous paralysera plus, et c'est l'essentiel.
11 m'est arrivé, dans des démarches importantes, d'hésiter sur le seuil de la porte derrière laquelle « devait se passer quelque chose ». Je caressais la sonnette ou la poignée de cette porte sans oser entrer. Eh bien, je redescendais l'escalier. Ou si, par malheur, quelqu'un venant à passer sonnait ou frappait pour moi, croyant bien faire, je vouais une haine féroce à cette personne, et je me présentais à celle que j'étais venu voir dans des conditions que vous devinez. Du jour où je me suis dit qu'il était sot d'attendre à la porte, et où j'ai sonné tout de suite, ma timidité m'a abandonné.
Jetez-vous à l'eau, comme dit l'autre, et au lieu do vous suggestionner que vous êtes timides, entraînez-vous à vous prouver le contraire: vous y réussirez; et à ce point de vue encore, vous tirerez un heureux profit de l'étude de la diction.
Nous avons vu tout à l'heure que le respect humain nous amène, non seulement à ne pas faire d'efforts, mais à railler ceux de nos camarades qui cherchent à bien dire. Convenezen au fond de vous-mêmes : c'est un très mauvais moyen de faire des progrès. Pour faire des progrès, il faut avouer aux autres, et s'avouer à soi-même, que l'on a à en faire. Et voici notre flatteuse petite compagne, la vanité, qui apparaît. Elle nous souffle de mauvaises raisons : « Puisque je me fais comprendre quand je parle dans la vie, cela me suffit. 11 est superflu d'apprendre à parler... Tout le monde parle. . . ou marche bien sans apprendre. . . ^) et autres arguments