‹ La diction française par les textesChapitre 17 sur 104 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

cjusdem farinse. Mais pardon ! on marche sans apprendre, ou plutôt sans se souvenir que Ton ait appris, mais précisément beaucoup de personnes marchent mal. C'est même à cause de cela qu'il existe des professeurs de danse, de maintien, et d'escrime.

Ainsi, n'ayez pas de sotte vanité ; ne vous obstinez pas à penser que si vous parlez journellement, vous parlez bien, et que vous pourrez, sans étude, ni exercice, parler en public* Et croyez avec Cicéron que : Non idem loqui quod dicere. L'exemple de certains orateurs qui se livrent sur le tard à l'étude de la diction est bien fait pour vous ranger à l'avis du célèbre orateur latin. Il ne faut pas parler en public comme l'on parle quotidiennement dans la conversation, mais comme l'on devrait y parer, en tenant compte par surcroît de certaines nécessités particulières.

Et si, malgré mes exhortations, malgré celles de M. votre proviseur et celles de vos maîtres, vous refusez de vous laisser convaincre, protestant, par exemple, que « si l'on s'est passé jusqu'ici de l'étude de la diction, on s'en passera aussi bien désormais », raisonnement que vous me dispenserez d'apprécier, où aboutirez-vous ?

Vous sortirez du lycée avec de belles connaissances. Les idées multiples, le sens du beau vous seront révélés. Et lorsqu'il vous faudra les exprimer devant une assemblée ou seulement devant quelques personnes, les faire triompher, vous échouerez stupidement, vous sentant et vous avouant incapables. Vous vous retournerez alors contre l'École à qui vous devrez tant, vous lui reprocherez amèrement de ne pas vous avoir rompus aux difficultés de l'expression orale. Et vous imiterez ainsi beaucoup de vos devanciers qui, placés par la faute des circonstances et de la vie elle-même dans des conditions particulières, ont échoué faute d'avoir pu, à de certains moments, exprimer complètement les excellentes choses qu'ils avaient à dire, convaincre, émouvoir, entraîner, réfuter les contradicteurs, et gagner ainsi des batailles décisives.

Ou plutôt non! Non, vous n'aurez pas de ces rancunes

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