INTRODUCTION. XXV
Apprenez donc à articuler et à développer les organes de Tarticulation ; c'est à cette condition que vous parlerez avec clarté, vigueur et élégance.
La prononciation mérite aussi d'être examinée de très près. Et je vous vois d'ici me guettant et prêts à bondir en me ripostant : « Mais la règle en prononciation n'est qu'un contrôle de l'usage. L'important, c'est de suivre le bon usage ! »
Oh ! nous sommes tout à fait d'accord en principe. Mais où est-il, le bon usnc/e?
Voilàune question d'importance qui doit être résolue. C'est de la prononciation, en etfet, que dépendent l'élégance et l'harmonie de notre belle langue. J'estime que c'est un peu votre devoir de sauvegarder cette élégance et cette harmonie ; et je voudrais que vous fussiez convaincus de ceci : que la langue parlée doit être aussi étudiée que la langue écrite, qu'un usage qui tend à ruiner l'harmonie de notre langage est mauvais et par conséquent doit être combattu.
Notre programme d'études continuera par les inflexions ou les modulations de la voix, et l'accent tonique. Il y a encore là matière à de bien intéressantes discussions ; mais il faut se hâter. Nous parlerons du mot de valeur, au sujet duquel on a dit tant de sottises, de la ponctuation, des inversions, rejets, du rythme, de la rapidité et du mouvement, choses qui ne se ressemblent nullement : la rapidité est généralement à bannir ; le mouvement est primordial. Ce que nous appelons le « mouvement » correspond à 1' « action » oratoire de l'antiquité. Et vous connaissez à ce sujet l'opinion de Démosthène. On lui demandait : « Quelle est la première qualité de l'orateur? — L'action, répondit-il. — Et la seconde ? — L'action ! — Et la troisième? — L'action î »
Et Cicéron a pu dire de cette « action » oratoire : « Elle frappe les plus barbares, même ceux qui n'entendent pas la voix de l'orateur. »
Nous nous occuperons aussi du geste et de la tenue en général, nous rappelant qu'Antoine (l'orateur) exprimait, dit-on, plus (ie pensées par ses gestes que par ses paroles ;
XXVI LNTRODUGTION.
nous souvenant aussi de ce mot du vieillard antique qui disait à son fils orateur : « Quand je n'entends pas tes paroles, j'entends tes doigts. »
Vous connaissez les chefs-d'œuvre de la sculpture antique : ils nous témoignent de l'immense souci qu'avaient les anciens de la plastique, et du geste par conséquent. Les gladiateurs ne se souvenaient-ils pas, en mourant dans les arènes, qu'ils devaient tomber avec grâce, et que dans ce dessein ils avaient suivi des leçons?
Nous n'aurons pas grand'peine à constater que nous sommes aujourd'hui loin de ce souci de la plastique ; et pourtant ! Quel tort un lecteur ou un orateur peut se faire faute desavoir se tenir comme il devrait et de distribuer ses gestes ! Nous verrons également ce qu'il faut entendre par les fameux jeux de physionomie.
Ici se termine ce que j'ai appelé la partie élémentaire ou, si vous voulez, grammaticale de nos études.
Désormais, il nous faudra compter non plus seulement avec notre mécanisme, il nous faudra ne pas faire de fautes d'orthographe, mais encore nous devrons exprimer les idées et les sentiments. Voici qu'entrent en ligne de compte les facultés liltéi-aii-es etartistiques: l'intelligence, l'imagination, la sensibilité et le goût.
C'est qu'en effet il ne suffit pas, pour bien lire, réciter ou parler, de faire entendre un langage correct et une bonne voix ; ce n'est pas tout d'avoir de bons instruments : il faut les faire servir à de bons résultats. En observant les règles dont nous avons parlé jusqu'ici, vous vous ferez entendre, vous ne blesserez ni les oreilles ni les yeux de vos auditeurs. Mais il vous faut aussi vous faire écouter et vous faire comprendre, en d'autres termes parlera l'intelligence et au cœur de ceux qui vous écouteront.
A quoi pouvez-vous aspirer de plus beau qu'à faire triompher les idées que vous croyez justes ? Et pourquoi ne vous