‹ La diction française par les textesChapitre 38 sur 104 · BALLADE DES PENDUS · texte numérisé non relu

BALLADE DES PENDUS

Frères humains, qui après nous vivez,

N'ayez les cueurs contre nous endurciz,

Car, si pitié de nous pouvres avez,

Dieu en aura plustôt de vous merciz.

Vous nous voyez cy attachez cinq, six :

Quand de la chair, que trop avons nourrie,

Elle est pieça (1) dévorée et pourrie,

p]t nous, les os, devenons cendre et pouldre.

De notre mal, personne ne s'en rie;

Mais priez Dieu, que tous nous veuille absoudre I

Se (2) vous clamons (3), frères, pas n'en devez

Avoir desçlaing, quoique fusmes occis

Par justice. Toutefois, vous sçavez

Que tous les homs n'ont pas bons sens assis;

Intercédez doncques, de cueurs rassis.

Envers le Filz de la Vierge Marie :

Que sa grâce ne soit pour nous tarie.

Nous préservant de l'infernale fouldre.

Nous sommes mors, âme ne nous harie ;

Mais priez Dieu, que tous nous veuille absoudre!

La pluie nous a debuez (4) et lavez,

Et le soleil, desséchez et noirciz;

Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez.

Et arrachez la barbe et les sourcilz.

Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis;

Puis çà, puis là, comme le vent varie,

(1) Depuis longtemps. (2) Si. (3) Supplions, (i) Lessivés.

A son plaisir, sans cesser, nous charie.

Plus becquetez d'oyseaulx, que dez à couldre.

Hommes, icy n'usez de moquerie,

Mais priez Dieu, que tous nous veuille absoudre.

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