‹ La diction française par les textesChapitre 4 sur 104 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

orateur athénien, qui, vous le voyez, était d'avis qu'on peut apprendre à parler.

11 ne faut pas croire que les Grecs aient traité à la légère toutes ces questions. Ils ont été beaucoup plus loin que nous, même scientifiquement, en tout ce qui concerne le théâtre, la parole, la musique. Un exemple : ils employaient jusqu'à 1.620 caractères pour la notation musicale ; et nul doute qu'il n'y ait eu pareille méthode et pareille abondance en ce qu concernait l'art de la parole dans ces fameuses écoles des rhéteurs, des sophistes et des philosophes qui ont conquis le monde romain après la Grèce et l'Orient, et où l'on n'apprenait pas seulement à penser mais aussi à s'exprimer. Les Grecs avaient certainement des grammaires de diction et de maintien puisqu'ils disaient : « Faire un solécisme avec le bras ». Oui, Messieurs, on était mille fois plus exigeant pour l'orateur antique que pour l'orateur moderne. N'est-ce pas encore Démosthène qui se fit huer par le peuple athénien, parce qu'il avait déplacé l'accent d'un mot? Il est certain qu'un code sévère a existé en Grèce. Il ne nous en est malheureusement rien parvenu; il faut signaler cependant un traité de Glaucos sur le geste et quelques mots d'Aristote à la fin de la PolUiquc.

Vous savez aussi que les jeunes Romains allèrent en Grèce apprendre à parler; que quelques orateurs, Crassus par exemple, plaçaient derrière eux un esclave flûtiste, diapason humain, chargé de leur redonner le ton normal quand la passion les en avait écartés. Je vous rappelle simplement les divers traités de Cicéron sur l'orateur où se trouvent plusieurs indications sur l'art de la diction.

Navez-vous pas été frappés également de l'amitié qu'ont souvent eue pour les comédiens les hommes obligés k parler ou à paraître en public? Démosthène fut très lié avec Satyros; Cicéron avec Roscius et ^sopus; Napoléon avec Talma; et tout près de nous, combien d'autres !

Qui sait même s'il ne faut pas voir dans les préoccupations d'élégance, de correction, de tenue qu'avait Louis XIV une des raisons — instinctives peut-être — de sa prédilection pour

Page 1