INTRODUCTION. IX
les comédiens, gens si mal considérés alors qu'ils étaient mis au ban de la société.
J'ai encore à vous citer les excellents conseils donnés dans Hamlet aux acteurs, le passage analogue qu'on trouve dans l Impromptu de Versailles, le second Dialogue sur Véloquence de l^énelon ; enfin les curieuses et précises indications de phonétique que donne le professeur de philosophie à M. Jourdain dans le Bourgeois gentilhunrme.
Tout cela pour vous dire que les gens les plus compétents, dans tous les temps et tous l^s pays, ont toujours été préoccupés par la question qui nous intéresse ; et leurs opinions sont bien faites pour vous confirmer dans cette idée qu'il faut savoir parler, et par conséquent s'y exercer.
Cela ne fait aucun doute, n'est-ce pas, quand il s'agit de ceux qui se destinent à la parole publique.
On m'a lait plusieurs lois cette objection : « Apprendre la diction à un futur acteur, très bien ! il exprime la pensée dun autie ; mais c'est si simple de parler quand on exprime sa pensée à soi ! » Cette objection, j'en ferai bon marché : vous êtes trop avisés pour ne pas comprendre qu'un avocat ne peut pas du jour au lendemain se présenter à la barre ; qu'un homme politique aura dû s'exercer de longue date avant d'aborder la tribune publique ; qu'un orateur quel qu'il soit, un conférencier, un professeur, un prédicateur, éprouvera d'amers déboires si, se fiant à ses heureuses dispositions, il aborde sans préparation les difficultés qu'oq trouve à parler devant un nombreux auditoire. Et puis, croyez-moi, la difficulté est égale à être Y interprète d' autrui ou à être son propre interprète.
C'est si vrai que beaucoup font comme ce député dont parle Frédéric Soulié et qui passait toute sa journée, pour s'exercer à avoir de l'éloquence, à déclamer devant une grande glace, posée en face d'une petite tribune qu'il avait fait faire.
Allez-vous me dire : u Je ne me destine pas à la parole publique ! » Vous êtes bien hardis d'affirmer cela. La vie vous montrera vite, en effet, que des nécessités de toutes sortes nous font dévier le plus souvent de la voie pour laquelle