‹ La diction française par les textesChapitre 44 sur 104 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Nous voici parvenus à l'étude de l'art de dire, à proprement parler : les facultés supérieures sont les agents d'une diction expressive. Et la manit'eslalion de toutes ces facultés est indispensable. Tel, par exemple, brillera par l'esprit qui ne saurait cependant exceller s'il n'est que spirituel. Qu'il développe particulièrement cette qualité, il aura raison. Mais qu'il ne néglige pas le reste : il s'en repentirait.

Est-ce que l'avocat ne doit pas développer toutes les ressources de son expression orale pour pouvoir faire triompher sa cause devant les différents tribunaux ? Or, telle plaidoirie excellente en cour d'assises serait peut-être déplacée en conseil de guerre, à plus forte raison le serait-elle certainement devant le tribunal civil, la cour d'appel, la police correctionnelle, le tribunal de commerce, le conseil de préfecture ou la justice de paix.

De même que l'avocat doit tout connaître — ou le paraître — de même il doit prendre tous les tons. Aussi aucun des chapitres qui suivent n'est à négliger pour l'avocat qui veut savoir bien parler.

Il doit parler avec naturel, cela va de soi, et lire comme il faut les pièces d'un dossier.

11 doit conduire un raisonnement avec clarté, surtout dans des tribunaux où les affaires se solutionnent par des mots abstraits : « opérations à terme, contre-parties, marchés fictifs, etc., doit au titre, vingt-cinq jours, défaut sans égards, partie finale, etc.. « 11 doit savoir résumer, comme autrefois le président d'assises, rassembler les arguments qu'il a présentés, rappeler avec force et d'un mot une période, bien

dégager le côté légal de la question, prévoir son adversaire, parer au coup, lui riposter par avance, et déflorer ses arguments ; voilà pour Fintelligence et la pensée.

11 doit pouvoir tracer des portraits vivants de façon à attirer la sympathie ou l'aversion ; voilà pour Y imagination.

Quelquefois aussi un juge perd de sa sévérité, si l'avocat l'a fait sourire; voilà pour Vesprit et le goût.

Est-il besoin d'ajouter qu'aux assises, en conseil de guerre, ou même quelquefois en correctionnelle, le défenseur triomphe par l'émotion et la sensibilité ?

Enfin, puisque selon le mot de Tun d'eux, « les maîtres du barreau ont le secret de bien enterrer leurs confrères », les jeunes avocats ne devront pas négliger les oraisons funèbres et les discours d'apparat, qui donneront le style.

Nous ne saurions donc trop encourager l'élève à s'exercer sur tous les différents genres de morceaux que nous reproduisons.

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