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CHAPITRE IV

11 est des cas où la précision ne suffit plus : sous l'action d'une conviction profonde ou d'un péril prochain, les arguments — tout en gardant leur netteté — se précipitent. Et l'orateur peut atteindre à l'éloquence à force d'énergie et de sincérité. Mais, s'il n'est pas préparé à cet te expression violente, il s'essouffle, s'enroue, et bouscule les phrases sans pouvoir les articuler.

il faudra avoir soin, dans les passages vigoureux qui suivent, de distribuer ses forces et de ne pas les gaspiller, en réservant le maximum pour le point culminant du morceau. Que l'on n'oublie pas non plus que le cri est un signe de faiblesse, non de force; que par conséquent il est à bannir absolument (1).

Ainsi, dans ces morceaux, plus que dans tous les autres, il importe de respecter les lois de correction : respiration fréquente (sans hoquet), articulation vigoureuse, ponctuation, etc.. On évitera les inflexions de voix d'une trop grande étendue musicale (surtout dans les interrogations), et l'on saura baisser

la voix dès que l'occasion le permettra. {Mais , oppositions

et changements d'idées, etc..)

l^'^ Exercice.

Quel orateur n'est à la merci d\in incident d'audience dans le genre de celui que nous reproduisons?

Messieurs, j'admire avec quelle unanimité vous applaudissez le président quand il m'applique le règle-

(1) La grâce de sa diction donnait à l'éloquence de Cicéron une force persuasive. Aussi se moquait-il de ces orateurs qui n'avaient d'autre moyen de toucîier que de pousser de grands cris : « C'est pnr faiblesse, disait-il, qu'ils crient ainsi, comme les boiteux montent à cheval. » (Plutarquk, Vie de Cicéron.)

fènt, m'inflige un rappel à Tordre avec inscription au procès-verbal; et j'admire avec quelle même unanimité vous Uapplaudissez encore quand il vient, un instant après, vous affirmer qu'il faut me laisser dire tout ce que j'ai à vous dire.

Il me semble qu'il serait peut-être utile de trouver un peu moins de contradiction dans votre manière de faire... et peut-être un peu aussi dans la manière de procéder du président.

La conclusion logique de son raisonnement serait, il me semble, de retirer le rappel à l'ordre dont j'ai été l'objet.

Il ne suffit pas de faire ici du sentimentalisme libéral, il ne suffît pas de faire des phrases, il faut des faits. Ou j'ai la liberté, ou je ne l'ai pas.

Il serait trop commode — j'ai fini sur cet incident, — il serait trop commode de me dire : « Vous avez la liberté de parler, la liberté entière, la Chambre vous écoutera, vous entendra jusqu'au bout » ; et cependant de maintenir les sévérités du règlement contre moi.

La conclusion de tout cela, messieurs, c'est que je dois me hâter de quitter ce terrain brûlant, où j'ai le droit de tout dire, à la condition de ne rien dire.

Messieurs, j'accepterai tout ce que vous voudrez, mais je n'accepterai jamais qu'on vienne ici, dans ma personne, se moquer du bon sens.

Si la liberté était complète pour moi, je pourrais en user, mais la liberté n'existe pas quand on me tient sous le coup des sévérités du règlement... et quand on prend à l'avance la singulière précaution de m'inviter à m'abstenir de telles ou telles expressions qui pourraient me faire encourir de nouvelles sévérités.

Messieurs, soyons francs, mettons de la loyauté dans le débat. Encore une fois, on est libre ou on ne l'est pas. (Paul de Cassagnac.)

2^ Exercice.

Et vous croyez, vous qui venez me forcer à individualiser les responsabilités, que vous n'en avez aucune!

Vous ne vous êtes donc point fait dire, dans l'exil où vous vous étiez réfugiés, ce qu'ont pesé pour nous ces heures où nous sentions le sol du pays envahi par la Prusse? Vous ne sentiez donc pas la fumée de nos chaumières brûlées? Vous ne saviez donc pas qu'à chaque quart d'heure on nous annonçait qu'un des nôtres tombait g-lorieusement? Vous ne vous l'êtes pas assez laissé dire? Ah! ne croyez pas qu'il suffira de dire, €omme j)our l'expédition du Mexique, que vous avez si complaisamment évoquée : « C'est le secret de la Providence, qui ne respecte pas toujours vos propres combinaisons. »

Eh bien, ce n'est pas assez. Je vous dis, moi, quel que soit le sang-froid de tous vos gens au cœur léger, il y a une heure où vous avez du entendre une voix qui criait : « Vare, leglones 7'edde ! Varus, rendez-nous nos légions, rendez-nous la gloire de nos pères, rendez-nous nos provinces.» (D'Audiffret-Pasquier.)

3' Exercice.

Voici encore de la discussion âpre et violente, mais comique cette fois. Cependant le comique ne saurait ressortir que par la sincérité.

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