‹ La diction française par les textesChapitre 68 sur 104 · BOOZ ENDORMI · texte numérisé non relu

BOOZ ENDORMI

Booz s'était couché de fatig*ue, accablé ; 11 avait tout le jour travaillé dans son aire. Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ; Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

Ce vieillard possédait des champs de blés et d'org-e ; Il était, quoique riche, à la justice enclin ; Il n'avait pas de fange en l'eau de son mouhn, Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.

Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril Sa gerbe n'était point avare ni haineuse ;

Quand il voyait passer quelque pauvre g-laneuse : — Laissez tomber exprès des épis, disait-il.

Cet homme marchait pur, loin des sentiers obliques,

Vêtu de probité candide et de lin blanc ;

Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,

Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

Booz était bon maître et fidèle parent ;

Il était généreux, quoiqu'il fût économe ;

Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,

Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première. Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ; Et Ton voit de la flamme aux yeux des jeunes gens. Mais dans l'œil du vieillard on voit de la lumière...

(Victor Hugo, La Légende des Siècles.)

7" Exercice.

l'homme universel.

Arrias a tout lu, a tout vu, il veut le persuader ainsi ; c'est un homme universel, et il se donne pour tel; il aime mieux mentir que de se taire ou de paraître ignorer quelque chose : on parle à la table d'un grand d'une cour du Nord, il prend la parole, et l'ôte à ceux qui allaient dire ce qu'ils en savent; il s'oriente dans cette région lomtaine comme s'il en était originaire ; il discourt des mœurs de cette cour, des femmes du pays, de ses lois et de ses coutumes ; il récite des historiettes qui y sont arrivées, il les trouve plaisantes, et il en rit le premier jusqu'à éclater. Quelqu'un se hasarde de le contredire, et lui prouve nettement q^u'il dit des choses qui ne sont pas vraies ; Arrias ne se trouble point, prend feu au

contraire contre l'interrupteur. « Je n'avance, lui dit-il, je ne raconte rien que je ne sache d'original ; je l'ai appris de Sethon, ambassadeur de France dans cette cour, revenu à Paris depuis quelques jours, que je connais familièrement, que j'ai fort interrogé, et qui ne m'a caché aucune circonstance. » Il reprenait le fil de sa narration avec plus de confiance qu'il ne l'avait commencée, lorsque l'un des convives lui dit : « C'est Sethon à qui vous parlez, lui-même, et qui arrive de son ambassade. » (La BnuYÈRE, Les Caractères.)

I-Giton a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, l'œil fixe et assuré, les épaules larg-es, l'estomac haut, la démarche ferme et délibérée. Il parle avec confiance, il fait répéter celui qui l'entretient et il ne g-oûte que médiocremenX tout ce qu'il lui dit. Il déploie un ample mouchoir, et se mouche avec grand bruit ; il crache fort loin, et il éternue fort haut. Il dort le jour, il dort la nuit, et profondément; il ronfle en compag-nie. Il occupe à table et à la promenade plus de place qu'un autre. Il tient le milieu en se promenant avec ses ég-aux; il s'arrête, et l'on s'arrête ; il continue de marcher, et l'on marche; tous se règ-lent sur lui. Il interrompt, il redresse ceux qui ont la parole; on ne l'interrompt pas, on l'écoute aussi longtemps qu'il veut parler, on est de son avis, on croit les nouvelles qu'il débite. S'il s'assied, ' vous le voyez s'enfoncer dans un fauteuil, croiser les jambes l'une sur l'autre, froncer le sourcil, abaisser son chapeau sur ses yeux pour ne voir personne, ou le relever ensuite, et découvrir son front par fierté ou par audace. Il est enjoué, grand rieur, impatient, présomptueux, coléreux, libertin, politique, mystérieux sur les

affaires du temps : il se croit des talents et de Tesprit. Il est riche (1). [Ibid.)

9*^ Exercice.

Phédon a les yeux creux, le teint échauffé, le coips sec et le visage maigre; il dort peu, et d'un sommeil fort léger; il est abstrait, rêveur, et il a, avec de l'esprit, l'air d'un stupide; il oublie de dire ce qu'il sait, ou de parler d'événements qui lui sont connus, et, s'il le fait quelquefois, il s'en tire mal; il croit peser à ceux à qui il parle; il conte brièvement, mais froidement; il ne se fait pas écouter, il ne fait point rire. Il applaudit, il sourit à ce que les autres lui disent, il est de leur avis ; il court, il vole pour leur rendre de petits services : ilest complaisant, flatteur, empressé; il est mystérieux sur ses affaires» quelquefois menteur; il est superstitieux, scrupuleux» timide. Il marche doucement et légèrement; il semble craindre de fouler la terre; il marche les yeux baissés, et il n'ose les lever sur ceux qui passent. Il n'est jamais du nombre de ceux qui forment un cercle pour discourir : il se met derrière celui qui parle, recueille fuitivement ce qui se dit, et se retire si on le regarde. Il n'occupe point de lieu, il ne tient point de place; il va les épaules serrées, le chapeau abaissé sur ses yeux pour n'être point vu; il se replie et se renferme dans son manteau; il n'y a point de galeries si embarrassées et si remplies de monde où il ne trouve moyen de passer sans effort et de se couler sans être aperçu. Si on le prie de s'asseoir, il s& met à peine sur le bord d'un siège; il parle bas dans la conversation, et il articule mal... Il n'ouvre la bouche

(1) On remarquera dans ce morceau et dans le suivant l'opposition entre lensemble du portrait et le résumé final. Voir au chapitre: Du Mouromoil co qu nous disons du couplet, p. 2lo.

DE L'IMAGINATIOiN. io9

que pour répondre; il tousse, il se mouche sous son -chapeau ; il crache presque sur soi, et il attend qu'il soit seul pour éternuer, ou, si cela lui arrive, c'est à i'insu de la compagnie ; il n'en coûte à personne ni salut ni compliment. Il est pauvre. {Ibid.)

10' Exercice.

Ne pensez pas que je veuille,- en interprète téméraire des secrets d'État, discourir sur le voyage d'Angleterre; ni que j'imite ces poUtiques spéculatifs, qui arrangent suivant leurs idées les conseils des rois, et composent, sans instruction, les annales de leur siècle. Je ne parlerai de ce voyage glorieux que pour dire que Madame y fut admirée plus que jamais. On ne pariait qu'avec transport delà bonté de cette princesse, qui, malgré les divisions trop ordinaires dans les cours, lui gagna d'abord tous les esprits. On ne pouvait assez louer son incroyable dextérité à traiter les affaires délicates, à guérir ces défiances cachées qui souvent les tiennent en suspens, et à terminer tous les différends d'une manière qui conciHaitles intérêts les plus opposés.^ Mais qui pourrait penser, sans verser des larmes, aux marques d'estime et de tendresse que lui donna le roi son frère? Ce grand roi, plus capable encore d'être touché par le mérite que par le sang, ne se lassait point d'admirer les excellentes qualités de Madame. 0 plaie irrémédiable I ce qui fut en ce voyage le sujet d'une si juste admiration est devenu pour ce prince le sujet d'une douleur qui n'a point de bornes. Princesse, le digne lien des deux plus grands rois du monde, pourquoi leur avez-vous été sitôt ravie? Ces deux grands rois se connaissent; c'est l'effet des soins de Madame : ainsi leurs nobles inclinations concilieront ieurs esprits, et la vertu sera entre eux une immortelle

médiatrice. Mais si leur union ne perd rien de sa fermeté, nous déplorerons éternellement qu'elle ait perdu son agrément le plus doux, et qu'une princesse si chérie de tout Tunivers ait été précipitée dans le tombeau, pendant que la confiance de deux si grands rois Télevait au comble de lag-randeur et de la g-loire. (Bossuet, Oraison funèbre de Henriette d'Angleterre.)

Ce que nous avons dit au sujet des portraits est applicable aux descriptions. Outre la peinture précise, il importe de dégager l'impression que cette description tend à faire naît

11' Exercice.

Jci,ravocat dépeint indirectement la clinique de son client, en décrivant surtout les hôpitaux. Présentant ceux-ci sous un jour défavorable, il fait par opposition Téloge de la clinique.

Tant que vous n'aurez pas prouvé que la clinique de l'accusé est sale et mal tenue, et qu'il s'y commet dos crimes, vous n'aurez rien à dire — et vous n'avez rien ù critiquer.

Cette clinique serait mal tenue? Pas un mot n'a été dit à cet égard, si ce n'est par xMme Cri, une concierge! La clinique serait l'objet de plaintes dans le quartier? Le commissaire de police du IV" arrondissement habite dans la maison. Les plaintes auraient été faciles à déposer.

Voyons, de deux choses l'une : ou la clinique était bien teni^e, ou elle était mal tenue. Si elle était bien tenue, tout est pour le mieux ; si elle était mal tenue, où sont les rapports de police? Que font donc les inspecteurs que nous payons si cher? Où sont les rapports de la préfecture de pohce? Il n'y en a pas un seul. Il n'y a là (fue des propos de concierge," qui ne signifient rien. — Si, il

y a une femme, qui, un jour, est venue trouver le juge d'instruction lui disant : oJe viens comme témoin; je veux dire du bien de Taccusé. » On Ta mise à la porte sans vouloir Fécouter. Voilà comment on accueillait les témoins quand ils venaient déposer on faveur de raccusé !

... Ah! vous parlez de cliniques mal tenues? Que se passe-t-il donc dans les hôpitaux? Vous savez ce que nous payons pour cela; vous n'ignorez pas que le budget de l'Assistance publique est de près de 51 millions. Gomment les choses se passent-elles dans ces hôpitaux qui nous coûtent si cher? J'ai là à ce sujet des documents officiels. A côté de la saleté que vous critiquez chez Boisleux, écoutez ceci : c'est un conseiller municipal qui parle : « Visitant dernièrement les hôpitaux, j'ai trouvé à côté de la salle réservée aux grandes opérations, dans la petite salle où se pratique la stérilisation des instruments de chirurgie, deux bicyclettes parfaitement crottées.

... « Dans une salle basse, sans jour et sans air, se trouve la salle d'opérations... Bien entendu, il n'y a pas d'eau potable dans les étages, et l'assainissement y est des plus primitif. Cette imprévoyance, celte incurie n'ont pas de nom. Si, pourtant : c'est criminel.

... « L'absence de baignoire est la chose du monde la plus commune... Dans un petit hôpital... il y a une seule baignoire; elle sert au jardinier pour serrer ses vêtements elles grainesqu'il désire préserver de l'humidité... Les malades se baignent sur ordonnance du médecin, les vieillards jamais, les orphelines une fois l'an. »

Voilà ce que j'ai à répondre avec des documents officiels aux critiques faites à l'accusé au point de vue de sa clinique et de la situation des malades dans cette chnique.

La clinique de l'accusé est donc suffisante. (M*' Le Barazer, Assises, Seine, 28 mars 1897, Librairie générale de Droit et de Jurisprudence.)

12" Exercice.

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