‹ La diction française par les textesChapitre 79 sur 104 · DON CÉSAR DE BAZAN · texte numérisé non relu

DON CÉSAR DE BAZAN

Oh I je comprends qu'on vole, et qu'on tue, et qu'on pille. Que par une nuit noire on force une bastille, D'assaut, la hache au poing, avec cent flibustiers ; Qu'on égorge estaflers, geôliers et guichetiers. Tous taillant et hurlant, en bandits que nous sommes, OEil pour œil, dent pour dent, c'est bien I hommes contre

[hommes !

Mais doucement détruire une femme ! et creuser Sous ses pieds une trappe ! et contre elle abuser,

(1) A ce moment Napoléon serra le général Petit dans ses bras, et baisa le drapeau.

Qui sait? de son humeur peut-être hasardeuse ! Prendre ce pauvre oiseau dans quelque glu hideuse î Oh ! plutôt qu'arriver jusqu'à ce déshonneur, Plutôt qu'être, à ce prix, un riche et haut seigneur, — Et je le dis ici pour Dieu qui voit mon âme, — J'aimerais mieux, plutôt qu'être à ce point infâme, Vil, oc^ieux, pervers, misérable et flétri, Qu'un chien rongeât mon crâne au pied du pilori !

(Victor Hugo, Ruy Blas, acte I, se. ii.)

6*^ Exercice.

OGEANO NOX,

Oh î combien de marins, combien de capitaines Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines. Dans ce morne horizon se sont évanouis ! Combien ont disparu, dure et triste fortune ! Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune. Sous l'aveugle océan à jamais enfouis !

Combien de patrons morts avec leurs équipages I L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages. Et d'un souffle il a tout dispersé sous les flots ! Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée. Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée ; L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots î

...Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues ! Vous roulez à travers les sombres étendues. Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus. Oh ! que de vieux parents, qui n'avaient plus qu'un rêve, Sont morts en attendant tous les jours sur la grève Ceux qui ne sont pas revenus !

...Où sont-ils, les marins sombres dans les nuits noires ? 0 flots, que vous savez de lugubres histoires !

Flots profonds redoutés des mères à genoux I \ous vous les racontez en montant les marées, Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées Que vous avez le soir quand vous venez vers nous !.. (ViGToa Hugo, Les Rayons et les Ombres.)

7« Exercice.

Emporter de chez soi les accents familiers. C'est emporter un peu de terre à ses souliers I Emporter son -accent d'Auverg-ne ou de Bi^etag'ne, C'est emporter un peu sa lande ou sa montag'ne! Lorsque, loin du pays (1), le cœur gTos, on s'enfuit, L'accent ? Mais c'est un peu le pays qui vous suit î C'est un peu, cet accent, invisible bagage, Le parler de chez soi qu'on emporte en voyage! C'est, pour les malheureux à l'exil obligés. Le patois qui déteint sur les mots étrangers ! Avoir l'accent, enfin, c'est chaque fois qu'on cause. Parler de son pays en parlant d'autre chose !.. .

(1) Il sera intéressant de rapprocher de ce beau passage le célèbre sonnet de Joachim Du Bellay. Le sentiment *essenliel est le nième : amour du sol natal ; l'expression ne saurait cependant être la même dans les deux morceaux.

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, Ou comuje cestuy là qui conquist la Toison, Et puis est retourné, plein d'usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son aage !

Quand revoiray-je, hélas ! de mon petit village Fumer la cheminée, et en quelle saison

Revoiray-je le clos de map'auvre maison :

Qui m'est une province, el beaucoup d'avantage?

Plus me plaist le séjour qu'ont basty mes ayeux, Que des palais romains le front audacieux : Plus que le marbre dur, me plaist l'ardoise fine.

Plus mon Loyre gaulois, que le Tybre latin. Plus mon petit Lyre, que le mont Palatin Et plus que l'air marin, la doiiceur angevine.

(Joachim du Bellay.)

Non, je ne rougis pas de mon fidèle accent !

Je veux qu'il soit sonore, et clair, retentissant!

Et m'en aller tout droit, l'humeur toujours pareille,

En portant mon accent fièrement sur l'oreille!

Mon accent ! 11 faudrait l'écouter à genoux î

Il nous fait emporter la Provence avec nous.

Et fait chanter sa voix dans tous mes bavardages

Gomme chante la mer au fond des coquillages!

Ecoutez ! En parlant je plante le décor

Du torride Midi dans les brumes du Nord!

Mon accent porte en soi d'adorables mélanges

D'effluves d'orangers et de parfums d'oranges ;

Il évoque à la fois les feuillages bleus gris

De nos chers oliviers aux vieux troncs rabougris,

Et le petit village où les treilles splendides

Eclaboussent de bleu les blancheurs des bastides !

Cet accent-là, mistral, cigale et tambourin,

A toutes mes chansons donne un môme refrain,

Et quand vous 1 entendez chanter dans ma parole

Tous les mots que je dis dansent la farandole !

(M. Zamacoïs, La Fleur inerveilieuse, acte II, se. \ . Fasquelle, éd.)

Plus il y a de différents sentiments à exprimer, plus il y a de difficulté, voilà qui est évident. Que l'on s'exerce donc à passer rapidement d'un sentin^ent à un autre.

8« Exercice.

Page 1