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CHAPITRE UNIQUE ■rime, rythmes simples, rythmes composés

Qu'est le rythme? — La cadence (l),la mesure, l'harmonie. Mais une définition est presque superflue ici : nous ne saurions servir l'élève en engageant des discussions froides et abstraites sur une question aussi mystérieuse. La définition de la poésie a-t-elle jamais fait un poète ? la définition de la musique a-t-elle jamais fait un musicien? Or le rythme tient de l'une et de l'autre. Aussi de même que « l'on naît poète », de même l'on naît avec le sens du rythme, ou sans lui.

Ainsi cette partie de notre étude ne donnera pas ce sentiment particulier à qui ne lavait pas déjà. Mais tel le possède peut-être qui l'a laissé sommeiller. C'est ici que nous interviendrons avec efficacité.

Disons d'abord que, pour un diseur, ne pas suivre et ne pas traduire le rythme est aussi grave que ne pas aller en mesure pour un musicien. A la vérité le rythme est insépa-

(1) M. Brémont, dans l'A rt de dire les vers (Fasquelle, éd.), distingue ingénieusement la cadence du rythme d'après l'étymologie de ces mots. « La cadence ^latin cadere),c'esi ce qui tombe; le rythme, c'est ce qui court, ce qui bondit, ce qui vole» (grec, ■^•j^iUi, débita couler). L'idée de chute périodiqueestadmise; quant à celle de bondissement, elle n'est pas dans le sens propre du mot « rythme » dont la définition première est celle de mouvement réglé et mesuré. A la vérité les deux mots se confondent. 11 est plus profitable de chercher les manifestations de l'ordre que sa définition.

Enfin, pour l'interprète ou pour l'orateur, l'harmonie ne doit pas seulement se faire sentir dans la « diction » proprement dite, mais aussi dans le geste et dans l'attitude générale.

parable de Texpression et son étude aurait pu rentrer dans le chapitre « De la Sensibilité ». Nous avons cependant tenu à avertir Félève de son importance, en réservant cette étude qui est à proprement parler la partie supérieure de Tart de la diction.

L'oreille de Télève doit être sensible à l'harmonie ; de même la connaissance de la prosodie est à peu près indispensable : nous renvoyons donc à des traités spéciaux ceux qui désireront interpréter en particulier les poètes du xix^ siècle.

On conçoit aisément que nous ne pouvons donner « un exemple de chaque rythme », celui-ci variant à Tinfini suivant le sentiment exprimé par le poète (1) et Témotion créatrice de celui-ci. Nous avons seulement choisi quelque» exemples types dont le commerce assidu facilitera l'éveil et le développement du sentiment rythmique.

Que l'on ne confonde surtout pas l'expression rythmée avec la déclamation et la mélopée. Vinftexlon doit subsister naturelle et précise quoir/ue amplifiée ci enrichie. Le rythme ne remplace pas les qualités essentielles qui font l'objet des précédents chapitres; il doit s'allier avec elles.

L'accent tonique est l'élément premier du rythme, et il consiste dans l'élévation de la voix sur la dernière syllabe sonore de chaque mot. Telle est la règle, cependant qui voudrait la suivre en diction se tromperait. Tout mot isolé a un accent tonique ; mais, dans l'ensemble d'une phrase ou d'un vers^ quelques accents toniques tombent et sont sacrifiés à d'autres. Ceux qui sont choisis pour subsister, suivant une mesure voulue, deviennent les temps forts de cette mesure, ou, si l'on préfère, les acceji^s rythmiques appelés aussi accents mélodiques. Le diseur doit donc : 1° distinguer ces temps forts ; 2° les marquer comme il convient. La sensibilité seule et l'oreille

(1) Tout écrivaiu — fût-ce un prosateur — est poète s'il sexprime dans l'harmonie et le rylhme, puisque, selon l'éloquente définition de M. J. Richepin : « Le lyrisme est la puissance de créer par le verbe. » Témoins, Chateaubriand, Musset, Flaubert, et surtout Bossuet. Citons du grand oraleur ces lignes célèbres entre toutes :

«Jouissez, prince, de cette victoire; joaiss3z-en éternellement par limmortelle vertu de ce sacrifice. Agréez ces derniers efforts d'une voix qui vous fut connue. Vous mettrez fin à tous ces discours. Au lieu de déplorer la mort dos autres, grand prince, dorénavant je veux apprendre de vous à rendre la mienne sainte : heureux si, averti par ces cheveux blancs du compte que je dois rendre de mon administration, je réserve au troupeau que je dois nourrir de la parole de vie les restes d'une voix qui tombe et d'une ardeur qui s'éteint. » {Oraison funèbre de Coudé.)

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